Flammarion
ISBN : 978-2-08-122167-3

Quatrième de couverture :
“A seize ans, j’ai découvert les livres de Nietzsche.
J’ai lu La Généalogie de la morale au moment de mon anniversaire. Ces lectures m’ont plongé dans une douce, amère et terrible folie. Leur effet a duré un peu plus d’un an. Pendant quatorze mois, j’ai vu le monde, j’ai parlé, j’ai agi, j’ai respiré même à travers Nietzsche. Rien d’autre n’existait, j’étais habité par sa pensée, possédé par elle. Le livre que vous tenez entre les mains est une reconstitution, aussi fidèle que la mémoire le permet, de cette possession.

Mon avis :
Si le roman d’Alexandre Lacroix peut, au premier abord, passer pour un énième récit d’adolescence de plus, cette illusion explose dans les premières pages du livre tant l’angle d’approche est particulier. Si globalement la trame est similaire à celle de la majorité des récits du genre, c’est-à-dire les amitiés, les études, le fossé avec la famille, les découvertes sexuelles et les relations amoureuses naissantes, cette trame est éclairée d’une façon toute à fait inhabituelle, puisqu’il ne s’agit pas d’une simple énumération chronologique mais bel et bien des conséquences de la rencontre d’un adolescent idéaliste avec la philosophie de Nietzsche. Loin de s’en tenir à une interprétation théorique, Alexandre en expérimente littéralement les déclarations.
Avec son meilleur ami Franck, ils vont ainsi commettre des actes qui nous semblent complètement hors de propos, à la fois choquant et fascinant : tuer un chat, interrompre une messe, agresser des gens. On reste partagé entre la désapprobation et une certaine curiosité devant leurs tentatives successives pour vivre en accord avec leurs principes.  Choquant parce que ce sont des actes interdits, répréhensible pénalement et allant à l’encontre de la liberté et de l’intégrité des autres. Fascinant, non dans une optique d’admiration, mais parce que ces actes titillent cette curiosité de savoir que nous franchissons une limite, d’éprouver la viabilité de simples paroles, et en les prennant au premier degré, de pouvoir ensuite s’en détacher et les considérer avec un regard évolué et averti.
Des extraits de l’œuvre de Nietzsche ponctuent le récit, précisant l’origine de certains actes. Un certain nombre de paramètre vont faire évoluer le narrateur, jusqu’à la scène de l’examen, qui est extrêmement savoureuse, autant parce qu’elle permet d’avoir une explication possible, quoique apparemment scolaire des théories nietzschéennes –parmi des centaines- que parce qu’elle est réalité en totale contradictions avec les idées de l’Alexandre âgé de vingt-deux ans.  (ceci étant, je ne suis absolument pas familière de Nietzsche, malgré quelques rapides incursions et lectures en diagonale. Je trouvais qu’on le citait un peu trop à n’importe quels propos. L’éventualité que je me plante sur ce que j’avance juste avant n’est pas à exclure.)
Avant de clore son récit, le narrateur devenu adulte, marié et père de famille revient sur l’adolescent qu’il fût, avec un regard lucide et amusé sur la période troublée et violente que fût son adolescente, conscient que, par rapport à ses idéaux d’alors, il a certainement « déchu », mais, en tant qu’adulte, il considère cela comme une évolution sincère et réaliste.

Voilà ce que je suis devenu : père de famille, soucieux, appliqué, préoccupé, surmené. Par rapport aux promesses que je m’étais faites dans ma jeunesse – ne jamais sombrer dans la normalité, ne pas rentrer dans le rang, cracher sur le troupeau – j’ai déchu, c’est sûr.
[…]
L’adulte que je suis devenu déplairait probablement à l’adolescent que j’étais. […] Mais moi, inversement, je l’aime bien. J’éprouve une affection sincère pour ce jeune homme, et tous les autres de son âge qui ruent dans les brancards, qui refusent de s’avouer vaincus, comme le leur enjoint si complaisamment la société, et qui mettent la pagaille à la moindre occasion. Même s’il entre là-dedans une part de naïveté, de méchanceté crasse, d’ingratitude, voire un manque d’intelligence, je sais que les jeunes nietzschéens sont au plus près, non pas de la pensée de Nietzsche, mais du scandale de l’existence.

Quand j’étais nietzschéen est un roman d’apprentissage, pour reprendre les termes du quatrième de couverture, non dépourvu d’intelligence ou d’humour, mais qui serait peut-être mieux dans les mains des « adultes » pour qu’ils n’oublient pas les adolescents qu’ils furent plutôt que dans celles de tous les adolescents qui pourraient en faire une lecture sans recul. Quoique l’âge soit heureusement relatif.

Note : Un ami m’a donné une petite astuce pour ne plus jamais se tromper quand on écrit Nietzsche.
Il suffit de penser à niet, comme en russe, puis d’ajouter les lettres dans le sens inverse de l’alphabet : Z, S puis C. Ne pas oublier le -e, et le tour est joué.

Traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut
Gallimard
ISBN : 9782070782437
Titre original : The God of Animals

La particularité de ce roman, c’est avant tout une ambiance particulière : celle d’un ranch perdu dans le Colorado et dont les affaires sont loin d’être florissantes, à des lieux du mythe autour du monde du cheval, des cow-boys  et des ranch. Le quotidien d’Alice, treize ans, n’a rien de merveilleux ou de mirobolant : sa mère, atteinte d’un mal que sa fille nomme tristesse, garde le lit depuis sa naissance. De la sœur aînée, véritable prodige, on ne sait que peu de choses : elle s’est enfuie avec un cow-boy quelques mois auparavant. Tandis que son père s’acharne à faire marcher les affaires, Alice traîne sa solitude et ses questions.
Forcé de trouver de nouveaux moyens pour gagner de l’argent, le père transforme une partie du ranch en pension, ce qui amène une nouvelle clientèle composée de jeunes femmes riches et séduisantes, baptisées les Poissons-Chats.

S’inventant une amitié avec une de ses camarades de classe retrouvée morte, Alice noue une étrange relation avec un de ses professeurs, seul adulte avec qui elle peut véritablement parler, et par là même, poser ces questions qui la perturbent tant, tenter de comprendre un monde au sein duquel elle a du mal à trouver sa place. Elle n’est pas la cavalière émérite qu’était sa sœur, solitaire au collège, elle n’a pas de véritable amie, pas même Sheila, seule et unique élève de son père.
Ce n’est pas tant la voix d’Alice qui rend singulière la narration du [Le] dieu des animaux, mais davantage l’équilibre fragile entre l’homme et la Nature. Cette dernière étant omniprésente, quasiment un personnage à part entière, représentée à la fois par l’environnement immédiat -le désert-, par la météo capricieuse et extrême, par les éléments déchainés -la rivière dans laquelle se noie Polly Cain, les inondations- , par la présence de la maladie, de la mort. Enfin et surtout, cette nature se manifeste par le biais des chevaux qui constituent le centre névralgique du récit. La vie et l’action du roman tournent toutes entières autour des chevaux, que ce soit dans le récit du quotidien (les soins, les shows, le dressage…), en toile de fond de l’histoire familiale. Je ne suis pas et je n’ai jamais été une amoureuse des chevaux et le monde hippique me laisse relativement froide ; pourtant, les descriptions des dressages, des compétitions, de tout cet univers s’intègrent brillamment au récit, nous emportant à des milliers de kilomètres et on se surprend à guetter en compagnie d’Alice quelque chose de nouveau qui viendrait arranger la situation, à se demander dans quelle direction aller.
Il n’y a pas de fin fracassante, mais un achèvement réaliste et humain, une page qui se tourne, sans miracle mais sans pathos, sans éclat mais avec cet effet de surprise que la vie nous réserve parfois.

Ce livre a été lu et chroniqué dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio.

Traduit de l’anglais par Manuel Berri
ISBN : 978-2879296128
Titre original : Black Swan Green

Résumé (quatrième de couverture) :
“Superman 2 passait à la télé. Je l’avais vu au cinéma de Malvern il y avait à peu près trois ans. Le film était assez bien mais pas au point de lui sacrifier un lac gelé rien qu’à moi. Clark Kent renonce à ses pouvoirs tout ça pour avoir des rapports sexuels avec Lois Lane dans des draps de satin. Qui serait assez stupide pour faire un échange pareil ? Quand on peut voler ? Dévier des missiles atomiques vers l’espace ? Remonter le temps en faisant tourner la Terre à l’envers ?”

1982, dans un petit village du Worcestershire. Jason Taylor, treize ans, essaie de réussir son entrée dans l’adolescence. Et ça n’est pas chose facile. À l’école ou chez lui, Jason affronte l’incompréhension et le mépris : ses camarades raillent son bégaiement, ses parents ne cessent de se disputer. Mais Jason mène une vie secrète, dans un monde à lui peuplé de visions étranges et de figures ambiguës. Portrait de famille, chronique de l’Angleterre de Thatcher, roman d’apprentissage à la lisière du fantastique, Le Fond des forêts est avant tout une suite de variations éblouissantes sur l’adolescence et ses multiples facettes. Après Écrits fantômes et Cartographie des nuages, deux romans qui traversaient l’espace et le temps, David Mitchell nous offre un texte plus personnel, d’une puissance poétique exceptionnelle.

David Mitchell est né en 1969 à Southport, dans le Lancashire. Il a vécu plusieurs années au Japon et a enseigné l’anglais à Hiroshima. Il vit à présent en Irlande. Lauréat de nombreux prix littéraires, il a été deux fois finaliste du Booker prize. Avec ce troisième roman traduit en français, il s’affirme comme un des auteurs les plus singuliers de sa génération.

Mon avis :
Se plonger dans Le fond des forêts, c’est comme s’attabler devant une assiette de pancakes fait maison, encore tout chauds et que l’on arrose généreusement de sirop d’érable pour en découper ensuite de larges bouchées et les dévorer avec gourmandise. Rien de gastronomique, rien de compliqué mais cette délicieuse odeur de pâte chaude, celle, presque douçâtre, du sirop d’érable, le bruit des couverts qui tintent contre le porcelaine de l’assiette, l’agréable sensation de satiété qui gagne peu à peu un corps tout juste réveillé tandis que l’attend une journée de liberté.

Le fond des forêts, c’est d’abord la restitution vivante d’une ambiance, d’une atmosphère par le biais du narrateur, Jason. C’est cette conjugaison faussement simpliste de la vie quotidienne et des grands questionnements, de la lutte intérieure qui nous déchire au moment du passage à l’adolescence, période d’autant plus douloureuse pour tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule, qui ne se plient pas au totalitarisme d’une cour de collège, d’une bande structurée sachant se faire respecter, des diktats de la mode, de pensée et d’actions, au moins pour sauver les apparences. La vie de Jason est semblable à celle de milliers d’autres adolescents de son âge : son père est cadre dans une enseigne de supermarché, sa mère femme au foyer. Coincé entre une grande sœur brillante qui va entrer à l’université, un cousin, Hugo, plus déluré que lui et qu’il s’efforce de copier, des amis qui eux aussi tâtonnent, Jason s’efforce de se trouver.
Roman d’apprentissage, c’est tout ce chemin que Le fond des forêts relate, ces mille et une étapes marquant cette évolution : découverte de la lecture et de la langue avec une vieille dame excentrique et cultivée, les premiers émois de l’amour et la jolie Dawn Madden, garçon manqué à la langue bien pendue, la mort, la guerre. Adolescent sensible, Jason se sent souvent à l’écart des autres et de leurs goûts, de leurs centres d’intérêts et préfère chercher un refuge dans les bois autour de Black Swan Green, seul au milieu des arbres. Il finira pourtant par réussir à s’imposer de manière aussi forte qu’inattendue.
En arrière-plan, la guerre des Malouines, les réformes économiques de Margaret Thatcher mais aussi Les chariots de feu, les punks, Ted Hughes et tant d’autres éléments qui donnent au roman cette ambiance particulière, vivante, palpable. Le personnage de Jason n’est pas sans rappeler, en moins douloureux, d’autres personnages : Billy du film Billy Elliot, ou encore Shaun de This Is England.

Traduit de l’anglais par Jacques Tournier
Préface d’Arnaud Catherine
Stock – La Cosmopolite
ISBN : 978-2234061781
Titre original : The Member of The Wedding
Première publication en 1946


Frankie AddamsRésumé (quatrième de couverture) :
Frankie Addams est une adolescente mal dans sa peau : son corps lui échappe, trop gauche et maladroit. Profondément solitaire, elle rôde dans la vie et dans la ville, le cœur inquiet, à la recherche d’une oreille attentive. Garçon manqué, frêle et négligée, elle n’a pas d’amis ; mis à part son jeune cousin John Henry, et sa cuisinière noire, Bérénice, qui est comme une mère pour elle.
Quand elle apprend que son frère se marie et quitte la ville, c’en est trop : elle aussi quittera la ville, elle partira avec eux, pour toujours. Elle ne sera plus enfermée dans cette cuisine aux odeurs aigres, plongée dans cette chaleur suffocante, à attendre que le temps veuille bien s’écouler. Voulant faire part de cet événement à la terre entière, crier sa puissance et son bonheur, elle va parcourir les rues de sa ville natale, se confondant avec F. Jasmine, celle qu’elle deviendra en s’enfuyant avec son frère et sa fiancée. Mais le jour du mariage, Frankie n’ira nulle part. De retour chez elle, bouleversée, elle décidera de s’enfuir : dans la nuit noire, elle se glissera au dehors, échouant finalement à La Lune Bleue, un des endroits où elle avait vanté sa « nouvelle vie », et sera retrouvée par la police.
Carson McCullers nous immerge ici dans les sensations déroutantes et aiguës de l’adolescence, et réussit un tour de force en nous replongeant dans cet état à la fois si douloureux et si excitant. Pour que la Frankie Addams qui sommeille en chacun de nous ne s’endorme jamais vraiment et continue de regarder le monde avec des yeux attentifs et singuliers.

Mon avis :
Carson McCullers fait partie de ces écrivains que je m’étais promis de lire, un jour. Mais ces bonnes résolutions, tous ces un jour ne pèsent pas grand chose quand on est constamment confrontée au supplice de Tantale des étagères débordantes de livres, cernée par les conseils de lecture et les injonctions culturelles : il faut absolument que tu lises cela. Alors, consciencieusement, on note, on retient, on entasse sur des étagères, dans des casiers, dans nos mémoires des léviathans de livre dont on ne viendra pas à bout en une seule vie. Première rencontre avec Carson McCullers il y a quelques années, la grande soeur d’un petit garçon que je gardais qui devait lire Reflets dans un oeil d’or pour le lycée, aucune réaction particulière, ni en positif, ni en négatif. Juste une vague décision de le lire un jour.
La réédition de Frankie Addams par les éditions Stock -à qui je dois notamment la lecture du Journal d’Adolescence de Virginia Woolf- et la vue quotidienne de cette couverture a aiguillonné ma curiosité, l’occasion, enfin, de prendre le temps de découvrir Carson McCullers, et quelle découverte !
Je ne sais absolument pas ce que valent ses autres romans, d’un point de vue littéraire autant que narratif, ni si je les aimerais, pour peu que je les lises un jour. En revanche, Frankie Addams est, à mes yeux, un véritable petit chef-d’œuvre, une de ces découvertes improbables qui nous prennent à la gorge et ne nous lâche plus. L’histoire en elle-même est très simple, presque classique. La révolte de l’adolescent face au monde quotidien qui lui semble soudain trop petit, trop étroit, étouffant et dans lequel il se sent à la fois perdu, étriqué et incompris est un thème récurrent à l’origine de nombreux films et de livres, mais la façon dont il est abordé est beaucoup plus périlleuse qu’il n’y paraît. De ce point de vue là, Carson McCullers aborde avec beaucoup de justesse, de sensibilité et avec un réalisme presque dérangeant les transformations physiques -ou plutôt ici leurs absences- et mentales. L’évasion de Frankie commence par une distorsion mentale de son environnement quotidien, avec le changement de prénom, mais aussi cette obsession constante du voyage de noce de son frère, qui, elle en est certaine, l’emmènera avec lui.
Le comportement de Frankie oscille entre la petite fille qu’elle n’est plus, elle en a conscience, et la jeune fille qu’elle va devenir et dont elle a également conscience. Cette frontière trouble entre l’adolescence franchement engagée et la fin extrême de l’enfance (que l’on nomme maintenant pré-adolescence) est perturbante, pour la toute jeune fille, mais aussi pour son entourage : la cuisinière noire, Bérénice, qui tente  à sa manière, de la mettre en garde contre les hommes, contre la vie. Il y a le petit cousin  âgé de six ans qui ne comprend pas pourquoi Frankie refuse désormais de jouer avec lui sous la treille et le père, figure presque absente du roman, mais avec qui les tensions sont devenues palpables et pour cause, Frankie est désormais trop âgée pour dormir avec lui comme il le lui fait explicitement remarquer, mais Frankie est, paradoxalement, encore trop jeune pour en comprendre les raisons, comme elle est trop jeune pour savoir ce que l’attitude du soldat qu’elle rencontre dans le bar a d’anormale, bien qu’elle sache parfaitement que quelque chose cloche. Frankie n’a pas de mère, morte en la mettant au monde.

Au fur et à mesure que la date du mariage se rapproche, le comportement de Frankie devient de plus en plus perturbé, jusqu’au jour fatidique. On sait dés le début qu’elle ne partira pas avec eux, et sa réaction aura des conséquences qu’elle était loin d’imaginer. La fin est brutale à sa manière, et surtout inattendue. Oui, tout a changé. Avec la fin du roman, c’est la véritable adolescence de Frankie qui commence, mais de quelle manière…

ISBN : 978-2809700626
Traduit du coréen par Jeong-eun Jin et Jacques Battilliot

Présentation de l’éditeur
Dans ce roman d’une beauté poignante, Shin Kyong-suk met au jour un passé resté douloureusement enfoui dans sa mémoire. C’est l’été, elle a seize ans et quitte sa campagne pour Séoul. Le seul moyen pour elle d’accéder au lycée est de devenir ouvrière dans une usine et d’être choisie parmi les plus méritantes pour suivre des cours du soir. De seize à dix-neuf ans, elle va connaître les privations, le travail éreintant, la solitude pareille à une pluie froide, puisant chaque jour en elle-même une force renouvelée pour vivre jusqu’au lendemain. Et c’est là, dans cette étroite chambre parmi les trente-sept de la maison labyrinthique qui abrite les employés d’usine, que va jaillir en elle le désir, la promesse incroyable de devenir écrivain. Pour conserver quelque chose de pur au, fond de moi.

Kyong-suk Shin est née en 1963 en Corée du Sud et commence à publier en 1985.  Très populaire dans son pays, La Chambre solitaire est son premier roman traduit en français.

Mon avis :
Récit à la voix double, dans lequel Kyong-suk Shin se raconte, partagée entre l’adolescente qu’elle était alors, et l’écrivain qu’elle est devenue. A mi-chemin entre la fiction et l’autobiographie, c’est le quotidien de la Corée des années 70, du travail éreintant à l’usine, de la petite chambre qu’elle partage avec son frère et sa cousine, du lycée, de l’étrange amitié qu’elle noue avec Hijae et du destin tragique de cette dernière.
La Corée est un pays beaucoup moins connu que la Chine ou le Japon, que ce soit sur le plan culinaire, culturel, linguistique ou même politique. La Chambre solitaire est un roman très intéressant et agréable de ce point de vue là, en plus de l’introspection fine et pleine de sensibilité que nous livre l’auteur. Mot après mot, ce sont toutes les difficultés, les luttes, les attentes, les souvenirs des lieux et des personnages qui ressurgissent avec le récit de ces années passées et la douleur que cela provoque.
Kyong-suk Shin signe un roman très dense, prenant, avec quelques longueurs par moment. Le contexte politique et social occupe une place importante dans le récit ce qui rend parfois la lecture un peu fastidieuse, même si les notes des traducteurs aident à restituer le contexte.

Extrait :

J’ai l’impression que ce texte est finalement devenu quelque chose entre chronique de faits réels et fiction. Mais peut-on appeler cela de la littérature ? Je réfléchis à l’écriture. Je me demande ce qu’est l’écriture.

Lire un autre extrait ici.

Traduit de l’anglais par Céline Leroy
Titre original : Feathered
ISBN : 978-2267019995

Résumé (quatrième de couverture) :
Véritable rituel, les vacances de printemps marquent le passage à l’âge adulte pour les élèves de terminale aux Etats-Unis. Quittant pour la première fois le nid familial, ils partent une semaine entre amis dans un cadre exotique. Face à l’insistance de leur amie Terri, Anne et Michelle renoncent à la croisière dans les Caraïbes qu’elles avaient prévue et optent pour les plages mexicaines. En dépit des mises en garde maternelles, Anne et Michelle acceptent d’aller visiter les ruines de Chichén Itzâ en compagnie d’un inconnu. Cette expérience les entraînera bien au-delà de la simple découverte culturelle, pour leur plus grand malheur… Laura Kasischke, dévoilant avec son talent habituel les égarements et les inquiétudes des jeunes gens, construit un roman aussi troublant que profond.

Mon avis :
S’il fallait ne garder que quelques mots pour qualifier ce roman de Kasischke, je choisirais sans hésitation le terme chamanique. L’aspect initiatique des vacances de printemps, simulacre de cérémonie de passage à l’âge adulte dans une société qui est de plus en plus déstructurée et dans laquelle il n’existe plus guère de statut définissable. La mort et la renaissance, qu’elles soient fictives ou réelles, mimées ou vécues pour aboutir à une transformation de l’être, ce qui est valable à la fois pour Michelle et pour Anne, bien que de manière différente pour chacune des deux. Il est délicat d’expliquer les autres aspects qui me poussent à utiliser le terme de chamanique sans dévoiler l’intrigue du roman, disons simplement qu’il y a un côté perte et retour de l’âme / voyage dans le monde d’en bas / figures tutélaires trop présent pour que je le laisse au niveau de l’anecdote, mais ceci est une façon un peu particulière de considérer les choses et surtout, très personnelle, j’en conviens.

Le roman en lui-même est assez troublant et ambigu. Après quelques recherches sur les précédents ouvrages de Kasischke, j’ai découvert que c’était une caractéristique de son écriture que de laisser au lecteur une liberté d’extrapolation. Dans La Couronne verte, elle mène le lecteur vers des pistes trop évidentes pour mieux l’entraîner ailleurs, et même si on se doute du piège grossier dans lequel on est en train de tomber, le procédé fonctionne et n’est pas sans rappeler les morales des contes de fées « Il ne faut jamais se fier aux apparences ».

La narration est divisée en deux, d’un côté le point de vue de Michelle, de l’autre celui d’Anne et l’auteur tire merveilleusement parti de l’utilisation de ce procédé pour donner à l’histoire une profondeur psychologique pratiquement à l’insu du lecteur. Les aspirations, les doutes et les préoccupations de l’adolescence sont elles aussi parfaitement explorées, avec ce naturel bluffant qui ne tombe ni dans l’excès de complication ni dans la simplification, toute aussi caricaturale qu’une extrême sophistication des traits de caractères et des personnalités. Les descriptions sont luxuriantes, foisonnantes, à l’image de cette jungle qui abrite les ruines de Chichén Itz.

Traduction de Marie-Ange Dutartre
Préface de Geneviève Brisac
ISBN : 978-2234060647

Présentation de l’éditeur
” Je m’efforcerai d’être un serviteur honnête, soucieux de rassembler la matière susceptible d’être utile, par la suite, à une main plus experte “, note la jeune Virginia Woolf, apprenti écrivain passionné déjà dévoué corps et âme à la genèse d’une œuvre qui comptera parmi les chefs d’œuvres du XXe siècle. Son Journal d’adolescence s’ouvre en 1897, alors qu’elle a quinze ans. L’écriture, d’emblée, s’y révèle salutaire pour la jeune fille au talent précoce. Refuge contre la douleur lorsqu’elle perd ses parents; garde-fou contre la folie qui rôde. Mais ce Journal est avant tout un cahier où Woolf s’applique à faire des phrases comme on fait des gammes, en se moquant d’elle-même. Et des autres, tant elle excelle à épingler d’un trait caustique visiteurs et auteurs lus. Car l’adolescente lit sans se rassasier: Aristote et Hawthorne, James et Hardy. Passant son esprit au tamis de la bibliothèque familiale, elle exerce son jugement critique et affine sa singularité propre. Puis, au fil des années, l’apprentissage livresque se double de séjours à l’étranger. Les cahiers deviennent alors journaux de voyage, en Grèce, en Turquie, en Espagne. Loin d’y céder à la tentation d’un exotisme de convention, l’écrivain en devenir s’interroge sur la manière d’embrasser le vivant sans le figer, se plaçant déjà à rebours des canons en vigueur, des mécanismes romanesques faciles. Au seuil de son entreprise littéraire, la grande Virginia Woolf touche déjà du doigt son génie à venir.

Mon avis :
Republié en français par les éditions Stock, ce journal d’adolescence est une pièce importante pour la compréhension globale de l’œuvre de Virginia Woolf. Lorsqu’elle commence le journal de 1897, sa mère, Julia Stephen vient de mourir et elle est à peine remise de sa première crise de dépression. Quelques mois plus tard, sa demi-soeur, Stella, suit sa mère dans la tombe. Au cours des années couvertes par ce journal, Virginia verra encore mourir son père, puis un de ses frères. Sur ses deuils et ses drames personnels (dépression, tentative de suicide), pas un mot. Le contraste entre le contenu de ses journaux et sa vie est par ailleurs saisissant, le cloisonnement est presque extrême, bien qu’il soit facile de céder à la facilité et de dire que ceci explique cela, tout comme “la conscience de son génie” tel que l’exprime l’éditeur sur la quatrième de couverture.

A-t-on conscience de son génie ? La question est discutable, largement débattable et débattu par ailleurs. Davantage qu’une simple question de conscience ou de non conscience d’un talent, j’aurai tendance à préférer l’hypothèse de la certitude d’une matière brute dans laquelle il était possible de puiser, qu’il était possible de travailler, d’affiner, de modeler pour en faire émerger une oeuvre littéraire, un cheminement d’émotions, une cartographie de souvenirs et de sentiments mêlés.

Le volume Journal d’adolescence est découpé en plusieurs parties, correspondant aux différentes années.

  • 1897 : Sans doute l’année la plus complète au niveau de la temporalité, ce journal est davantage un résumé des activités de chaque jour, assortis de brèves réflexions reflétant l’humeur de la jeune Virginia, de brefs commentaires sur les livres lus -livres dont Virginia avoue parfois avoir sauté des pages. Aucun mot sur la mort de sa mort, et pratiquement pas sur celle de Stella, à peine ces mots, simple et terrible constation : “Elle m’a quittée & je ne l’ai plus jamais revue”.
  • 1899 : Les Warboys. Le journal de cette année là est composé de bref essais, dont la nouvelle de la mare, récit assez glauque d’une promenade en barque qui se solde par la mort des quatre jeunes gens et dans laquelle Virginia se met elle-même en scène.
  • 1903 : Une réflexion sur les succès mondains, la difficulté de briller en société.
  • 1904 – mai 1905 : Rédigé juste après la mort de son père, survenue en février 1904, ce journal marque un tournant dans l’écriture (après celui de 1899), plus affirmée, moins adolescente. Virginia s’affirme et devient plus autonome. Journaux de voyages.
  • 1905 – Cornouailles.
  • 1906 : Giggleswick. Début de Virginia Woolf comme critique littéraire et débuts des “soirées du jeudi” et du groupe de Bloomsbury.
  • 1906 – Blo’Norton.
  • 1906 – Grèce.
  • 1906 – La New Forest. Mort de Thoby.
  • 1907 – Goldens Green. Mariage de Vanessa et de Clive Bell.
  • 1908 – Wells & Manorbier
  • 1908 – Italie. Journal de voyage.
  • 1909 – Florence.

Un arbre généalogique, la préface de l’édition anglaise et celle de Geneviève Brisac pour l’édition française complètent ce volume.

Une présentation du Journal d’Adolescence sur le site du Centre National du Livre : ici

Editions Anatolia
ISBN : 978 – 235406 – 0107
Traduit de l’anglais par Béatrice Vierne

Présentation de l’éditeur :
Imaginez un peu que votre premier emploi soit celui de grouillot de VIrginia Woolf. Nous sommes en 1926, à Londres, et Richard Kennedy, naïf adolescent de seize ans, doué pour le dessin, est mis en apprentissage dans la maison d’édition Hogarth Press, dont les patrons sont les redoutables mais fascinants Leonard et Virginia Woolf. Commencent alors de savoureuses mésaventures : Richard s’essaie à l’amour avec les femmes dissolues de la capitale (à seize ans!), s’efforce d’installer dans l’imprimerie une étagère qui ne tombera pas sur l’irascible Leonard (elle choit lamentablement) et se hasarde à prendre une décision importante concernant l’impression d’un des livres de Mrs Woolf (décision mal pensée, qui déclenchera une crise de nerfs chez son méthodique patron). Tout au long de cette joyeuse rétrospective, Kennedy nous offre un rare aperçu de l’univers de Bloomsbury, vu depuis l’entrée de service. Ce charmant récit sur le passage à l’âge adulte saisit au vol un moment béni de l’histoire de la littérature anglaise, certes, mais mieux encore, il capture cet instant magique dans la vie de tout adolescent, celui où il apprend soudain qu’un vaste monde est là, qui l’attend, et qu’en dépit des bévues qu’il pourra commettre, ce monde est accueillant et plein de promesses.

Mon avis :
Véritable ovnis littéraire, ce livre est un témoignage unique, sans fard et révélateur sur Virginia et Leonard Woolf. L’introduction, très bien écrite et présentant ce récit de manière intrigante et intelligente, en le complétant plus qu’en dissertant inutilement dessus, nous décrit un jeune Richard d’une naïveté sans bornes ; cette naïveté qui le distingue et donne à ses souvenirs toute sa saveur. Le regard qu’il pose sur ses patrons et son entourage est entier, franc et n’est pas influencé par la réputation et la célébrité de ces derniers. Bien que relatés une quarantaine d’années après, ses souvenirs sont d’une extrême vivacité, agréables à lire. Pleins d’humour, de tendresse et d’une franchise propre à l’adolescence que beaucoup de gens perdent malheureusement par la suite.

Cette naïveté, cependant, est son meilleur atout. Il possède l’honnêteté inexpérimentée des adolescents, qui était encore l’apanage de Denton Welch au jour de sa mort et que Rousseau garda tout au long de sa vie. Cette inexpérience, c’est aussi de la sensibilité : comme il n’a pas de carapace sociale, comme il ne possède pas à revendre cet esprit superficiel qui permet de détourner la vérité et de la passer à la moulinette, il est à cette époque ce que Wyndham Lewis a appelé le « nigaud révolutionnaire » : quelqu’un qui pose les questions que les gens plus avertis redoutent de poser et qui obtient, de ce fait, des réponses qu’ils n’auront jamais.

Cet extrait de l’introduction résume parfaitement l’état d’esprit du narrateur, sa manière de penser et de commenter ce qu’il vit, ce qu’il voit. Une des anecdotes que j’ai trouvé particulièrement savoureuse est celle où, interrogé sur ce qu’il pense de l’œuvre de sa patronne, Richard répond qu’à son avis, elle a moins de talent que Tolstoï pour créer ses personnages. Je vous laisse imaginer le reste. Illustré par de nombreux croquis de l’auteur, c’est un livre très divertissant et rapide à lire, un peu trop même, on reste sur sa faim, regrettant de ne pas en lire plus sur ces deux ans passés à la Hogwart Press. Il n’y a pas besoin d’avoir lu des ouvrages de Woolf pour apprécier cet ouvrage, mais ceux qui ont lu des biographies de Woolf ou du groupe de Bloomsbury seront plus à même d’apprécier la mordante naïveté des propos tenus par Kennedy, tant ils contrastent avec le “discours officiel” couramment tenus à leurs propos.

ISBN : 978-2-84260-273-4
Traduit de l’anglais (Irlande du Nord) par Séverine Magois
Editions Théatrales

Résumé (quatrième de couverture) :
La jeune Lori est de retour parmi les siens, à Belfast, après un premier trimestre dans une faculté londonienne où elle a tenté de mettre fin à ses jours.
Ses parents et ses deux sœurs ne savent ni ne comprennent ce qui s’est passé au juste. Dans ce drame noué à l’ombre du conflit irlandais, le père et la mère, démunis, essaient de démêler l’écheveau de cet échec. Les trois sœurs s’efforcent quant à elles de définir ce qu’elles sont devenues les unes pour les autres au sortir de l’enfance. Lucy Caldwell aborde avec délicatesse la question du suicide des adolescents et nous offre des personnages particulièrement attachants.
Elle ausculte les relations familiales avec subtilité à travers une écriture faussement ordinaire, précise et rythmée, souvent teintée d’humour.

Les personnages :

La famille Murdoch
David, proche de la cinquantaine
Phyllis, proche de la cinquantaine
Lori, dix-neuf ans
Clover, quinze ans
Poppy, onze ans

Cadre
Belfast, de nos jours

Mon avis :
Mes dernières lectures de pièces de théatre remontent à plusieurs années, quand j’étais encore au lycée. Une étude de la pièce de Dürenmatt, La visite de la vieille dame, en français et dans sa version originale en allemand (Der Besuch der Alten Dame pour les curieux). Depuis, plus rien, jusqu’à Feuilles, sous-titré Leaves, pour des raisons de traduction comme le précise une petite note : la traduction en français est incomplète et ne rend pas la polysémie du titre anglais. Leaves signifie feuilles, mais également partir.

D’autres indications figurent, notamment concernant l’emploi des différents tirets utilisés
( / pour indiquer qu’un personnage prend la parole avant qu’un autre ait fini de parler ; - pour indiquer que la tension produite par la réplique doit être maintenue ) Ces indications ne sont pas utiles que pour les personnes désirant jouer cette pièce, elles sont utiles pour une lecture vivante de la pièce, rendant palpable les tensions et les difficultés qu’éprouvent les protagonnistes à communiquer.

Les didascalies sont très précises en ce qui concerne le décor et sa description, on visualise parfaitement les pièces, à la fois comme si c’était la réalité ou un film mais on parvient aussi à l’imaginer en train d’être jouer sur scène. Ce dernier point peut paraître paradoxale, mais souvent en lisant du théatre, il est facile de se représenter l’action exactement comme on le ferait pour un roman, et dans certains cas, en le voyant effectivement la pièce jouée sur scène, on est déçu, l’action semble plus artificielle, moins aisée, moins naturelle que prévu.

La quatrième de couverture décrit très bien le style de Lucy Caldwell (née en 1981 à Belfast, Leaves est sa première pièce longue) : faussement simpliste. Une simplicité qui n’est qu’apparente et utilise des phrases quotidiennes pour amener des questions plus métaphysiques de manière ordinaire, naturelle, pas comme un livre de philosophie le ferait mais tout à fait comme le ferait une personne au cours d’une conversation sur la vie, avec toutes les questions, les doutes et les angoisses que ces questionnements recèlent tout au long de la vie et à l’adolescence de manière plus particulière. Les disputes entre les trois soeurs que l’on sent poindre puis éclater sur la page, de manière larvée sans que l’on comprenne vraiment comment elles en sont arrivées là, les silences lourds et maladroits entre Lori et sa mère, Lori et son père, les repas à la table familiale, tout ces petits riens, ces tensions familiales que l’on touche tous -sauf quelques rares cas- du doigt un jour ou l’autre, forment, avec les grandes questions existentielles, le point central de Leaves.

La question du suicide est traitée de manière délicate, presque sans avoir l’air d’y toucher et justement mise en avant par cette délicatesse, cette humanité, cette incompréhension qui voisine avec le besoin désespéré de comprendre le geste de Lori et la difficulté de l’intégrer à l’histoire familiale, sans en faire un tabou ni l’effacer de la mémoire.

Pour ceux à qui la question du conflit nord-irlandais ferait peur, vous n’avez aucune inquiétude à craindre, c’est un calque, un cadre lointain dont la connaissance permet certes de comprendre toutes les subtilités de certaines répliques, mais si vous n’y connaissez rien, vous ne serez pas non plus totalement amputé.

Leaves m’a, en tout cas, redonné envie de lire du théatre.

Scripto – Gallimard ( 2008 )
ISBN : 978-2070614431

Résumé ( présentation de l’éditeur ) :
Québec, 13 mai 1915, Dans l’infirmerie ou camp de détention de Spirit Lake. Peter Gaganoyitch agonise sur un lit de camp. Il n’a que quatorze ans. Comment en est-il arrivé là ? Trois mois plus tôt, il débarquait au Canada, avec Iwan, son frère, et sa grand-mère adorée fuyant la guerre et l’Autriche-Hongrie. Ils pensaient atteindre un nouveau paradis… Comment un jeune garçon, interné au milieu d’un no man’s land de glace, utilise miraculeusement ses qualités humaines, son imagination. Et comprend que le bonheur se choisit chaque matin, au saut du lit, comme un vêtement. Un magnifique roman, une magistrale leçon de vie

Mon avis :
J’attendais beaucoup de ce roman, qui s’annonçait très prometteur, et j’ai été assez déçue. La narration est divisée en deux : d’une part le récit de ce qui se passe à l’infirmerie, ce que Peter vit au jour le jour, la sensation de la mort imminente. De l’autre, tout ce qui s’est passé avant : la déclaration de la guerre, l’arrivée au Canada et l’internement au camp de Spirit Lake. Je n’ai pas vraiment accroché avec les éléments fantastiques de l’histoire, qui s’intègrent maladroitement à l’histoire, trop brouillons. Je reconnais que le livre est bien écrit, mais le style de l’auteur ne m’a pas spécialement plu, question de goût, je n’ai pas aimé.

En revanche, ce livre a le mérite de présenter une facette méconnue de l’histoire du Canada : l’internement des immigrants d’origines austro-hongroise ou ukrainienne, considérés comme des ennemis par le Canada, qui est à ce moment là une colonie de l’Angleterre. Le camp de Spirit Lake a vraiment existé. “Il ouvrit ses portes le 13 janvier 1915 et compta jusqu’à mille trois cent douze prisonniers. [...] Ce camp de travail ferma ses portes le 28 janvier 1917. On y dénombra officiellement vingt-deux décès.”

A lire aussi :

- Une critique de Spirit Lake par Francesca.
- Un article sur le camp de Spirit Lake et l’Abitibi.

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