M’occupant assez régulièrement du rayon de littérature allemande (ou pour être plus juste, de la littérature germanophone contemporaine), je me suis rendue compte que je m’y connais assez mal dans ce domaine ; mis à part quelques classiques, au hasard Goethe ou encore quelques noms très connus comme Süskind.
Mes sept années d’allemand m’auront permis de découvrir Dürrenmatt, d’avoir une indigestion de Brecht et de rabâcher Die Lorelei et Erlenkönig, mais pas d’acquérir une culture littéraire, ne serait-ce que d’un point de vue théorique.

Mieux vaut tard que jamais et j’ai décidé de combler mes lacunes. Cette liste est complètement subjective, je n’y ai mis que les auteurs qui me tentent, a priori. Je n’accrocherais probablement pas avec tous les auteurs et cette liste se verra très certainement modifiée d’ici l’an prochain (je me fixe jusqu’au 31 octobre 2010 pour ce tour d’horizon).

- Stephan Zweig
- Joseph Roth
- Rainer Maria Rilke
- Günter Grass
- Ilse Aichinger
- Christine Lavant
- Thomas Bernhard
- Gerhard Meier
- Herman Hesse,
Le loup des steppes
- Walter Benjamin,
Sur le haschich (enfin, si je le trouve…)
- Ingeborg Bachmann

(à suivre…)

Traduit de l’anglais par Pierre Ménard
ISBN : 978-2207260128
Titre original : The Uncommon Reader

Présentation de l’éditeur :
Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture ? Si, tout d’un coup, plus rien n’arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu’elle en vienne à négliger ses engagements royaux ? C’est à cette drôle de fiction que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d’autres défilent sous l’œil implacable d’Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s’inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d’aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l’implacable protocole de la maison Windsor. C’est en maître de l’humour décalé qu’Alain Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.

Mon avis :
Court roman, La Reine des lectrices se lit d’une traite, porté par une narration impeccablement calibrée où chaque mot se fait l’écho du précédent et où le résultat est un humour typiquement anglais, fin et caustique. Le personnage principal ce n’est pas la reine d’Angleterre, ni même ce protocole stricte et ses gardiens qui se trouvent généreusement égratignés, non plus que les livres. Le véritable personnage central, l’héroïne ici, c’est la Littérature, cette maîtresse glaciale qui allume en nous un feu dévorant, une passion inextinguible et que l’on ne cherche plus qu’à assouvir, à n’importe quel prix. La trame, c’est-à-dire Sa Majesté qui découvre accidentellement la littérature, rencontre qui, à un cheveu près, a failli avorter, puis cette relation qui se noue, de plus en plus importante, au mépris des avis de son entourage, au mépris de tous ses devoirs, cette relation qui la transforme et de manière ô combien profonde -vous vous en rendrez compte seulement dans les dernières lignes- est semblable à celle de beaucoup d’histoires d’amour, de passions dévastatrices.
Véritable nid de suggestions de lectures -de Virginia Woolf à Andy McNab en passant par Ivy Compton-Burnett, Vikhram Seth, Ian McEwan, Ted Hughes ou encore Marcel Proust…- La Reine des lectrices n’est peut-être pas le livre du siècle d’un point de vue  strictement littéraire, mais c’est certainement un petit-chef d’oeuvre d’humour, et il possède une qualité essentielle : il donne envie de lire, de découvrir. Sa lecture très facile et agréable ne fait que renforcer ses atouts. Peut-être s’avérera t-il d’un précieux secours pour tous ceux qui rêvent de faire partager les innombrables plaisirs du texte à ceux qui ne voient en la lecture qu’un pensum appartenant au monde scolaire.

Pour la petite anecdote, la titre original The Uncommon Reader est très vraisemblablement une allusion à un essai de Virginia Woolf intitulé The Common Reader (Le Commun des lecteurs en français), essai constitué d’articles sur la littérature.

A moins qu’on décide d’écrire un roman d’anticipation, de science-fiction, l’écriture est un regard sur le passé. Au moins en littérature, tous les souvenirs précedant l’instant présent ne font-ils pas l’objet d’une réflexion ? Ne s’agit-il pas de mettre au jour un hier qui ruisselle dans l’aujourd’hui ? Pour savoir pourquoi je suis ici et maintenant, pour savoir ce que j’ai l’intention de faire ici et maintenant. Aujourd’hui va devenir hier pour couler dans demain. C’est ainsi que la littérature échappe au tarissement. C’est à l’histoire de classer et c’est à la société de définir. Plus on classe, plus se dissimule sous une apparence ordonnée une vérité qui vit au-delà de toute définition. La littérature surgit de la face cachée des classifications et des exégèses. De tout ce qui n’a pas été résolu. Elle permet, me dis-je, de libérer les choses des classements et des définitions et de les faire apparaître autrement, de manière à venir en aide aux pauvres gens qu’elles dissimulaient, à ceux qui vacillent. Il s’agirait donc de réintroduire un désordre. Même si cela revient à classer d’une autre façon. Devrais-je à présent retourner mes propos pour voir leur face cachée ?

Extrait de La Chambre solitaire, Kyong-suk Shin, traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot

Editions Autrement, 2001
ISBN-13: 978-2746700581
Traduit par Marie-Anne de Kisch

Résumé :
84, Charing Cross Road est le recueil des lettres que s’échangèrent Helene Hanff, scénariste sans le sou mais passionnée de littérature et le personnel de la librairie Marks & Co. (dont l’adresse a donné son nom à recueil). La correspondance s’étale sur une vingtaine d’années, d’octobre 1949 à octobre 1969.

C’est à la suite d’une petite annonce passée dans un journal (le Saturday Review of Litterature pour être précise) qu’Helene, à la recherche de certains livres épuisés, leur adresse une première lettre.
Les premiers échanges sont relativement conventionnels, mais très vite, la spontanéité et la gentillesse d’Helene ont raison de cette raideur professionnelle : le ton devient très vite amical, et de plus en plus intime, jusqu’à cette sorte de complicité tendre, presque d’amour qu’on entre eux les gens partageant la même passion (et la littérature est une maîtresse exigeante). Apprenant qu’au Royaume-Unis, les tickets de rationnements ont toujours court, Helene décide de faire parvenir de la nourriture au personnel de la librairie, mais aussi à leurs familles.

Des liens se tissent peu à peu entre elle et Franck Doel, mais aussi avec Nora, la femme de Franck, Cecily et d’autres employés de la librairie qui prennent eux aussi parfois la plume pour lui répondre. Le ton est très libre, vif, plein d’humour, de charme et de littérature. Car c’est avant tout des livres dont il est question. Editions rares et introuvables, erreur de commande…

Mon avis :
Magnifique et profondément humain. Un véritable petit bijou de la “littérature” épistolaire, si l’on peut dire, puisqu’il ne s’agit pas d’une correspondance fictive mais réelle (bien que toutes les lettres n’aient pas été publiées). 84, Charing Cross Road est un livre très émouvant à lire, véritable reflet des relations privilégiées qui peuvent se nouer entre amoureux des livres et de la littérature. Si les auteurs et les ouvrages auxquels il est fait référence sont principalement anglo-saxon, le ton très vivant et passionné des lettres ne peuvent laisser aucun amoureux des livres et de la littérature totalement insensible. Les notes de la traductrice apporte des précisions sur les auteurs et les titres auxquels il est fait référence, il n’y a donc aucune inquiétude à avoir si après Shakespeare, vous êtes perdus.

Aucune mièvrerie, aucune sensibilité inutile ni de happy end : Helene hanff est morte dans la misère, à l’âge de 80 ans. Il y a évidemment d’autres raisons qui me poussent à employer ces mots, mais je n’en dis pas plus.

84, Charing Cross Road a été adapté en film en 1987 avec Anne Bancroft et Anthony Hopkins dans les rôles d’Helene et de Franck.

Yeats est né le 13 juin 1865 à Sandymouht (à côté de Dublin) dans une famille protestante. Il est l’aîné de six enfants. Son père, John Butler Yeats, est peintre et décide d’aller étudier la peinture aux Beaux-Arts de Londres. Toute la famille déménage dans un appartement qu’occupera plus tard Sylvia Plath. En 1872, la mère et les enfants retournent vivre à Sligo, brièvement puisqu’ils re-déménageront en Angleterre deux ans plus tard.
Il commence ses études en 1881 à Dublin, études qui ne furent pas particulièrement brillantes semble-t’il. Par la suite, il étudiera les Beaux-Arts, comme son père (mais à Dublin). C’est aux alentours de cette époque qu’il se passionne pour l’étude du folklore irlandais et les sciences occultes.

La famille  retourne une nouvelle fois à Londres en 1887, et Yeats rejoint à cette occasion la loge de la société de Théosophie. Il fait également la connaissance de Samuel Liddell qui l’introduit au sein de l’ordre de la Golden Dawn. (Il fera la connaissance de Aleister Crowley mais seront plus ennemis qu’amis). C’est vers cette époque alors qu’il prépare l’édition des poèmes de William Blake, qu’il compile des contes folkloriques et des légendes, que Yeats va faire plusieurs rencontres déterminantes, parmi lesquelles Maud Gonne, dont il tombe éperduemment amoureux. Il publie son premier recueil de poèmes The wandering of Oisin & Others Poems (Errances d’Oisin) en 1889.

Sous son influence et celle de ses amis, les années 1890 voient apparaître un véritable regain d’intérêt pour le folklore et les mythes celtes. En 1890, il demande Maud Gonne en mariage une première fois (demande qu’elle refuse, elle ne l’épousera jamais, malgré les demandes répétées de Yeats). Il quitte la société de théosophie.

Il effectue deux voyages à Paris, en 1894 et 1896, au cours desquels il fera la connaissance de Verlaine, de Villiers-de-l’île-Adam et de Synge (qui n’est pas encore connu en tant qu’auteur de théatre à ce moment là). Il demande Maud Gonne en mariage pour la deuxième fois.  Il entame une courte liaison avec Olivia Shakespeare, fait la connaissance des soeurs Lissadell : Constance et Eva, qui allaient toutes les deux s’illustrer dans la lutte pour l’indépendance de l’Irlande.  Yeats rejoint l’Irish Republican Brotherhood (I.R.B)

Il publie The Wind among the Reeds (Le vent parmi les roseaux) en 1899, et demande Maud Gonne en mariage une troisième fois. Il récidivera l’année en 1900, et quitte l’I.R.B.

1902 : sa pièce de théatre, Cathleen-Ni-Houlihan est jouée, avec Maud Gonne dans le rôle principal.

En 1903 cette dernière épouse John MacBride, que Yeats considérait comme “une brute et un ivrogne”. (Leur mariage sera un échec et ils divorceront en 1905)

L’Abbey Theatre ouvre ses portes à la fin de l’année 1904, Yeats en est à la fois le co- directeur et le directeur de production. Plusieurs problèmes se poseront, notamment les tâches administratives et la difficulté d’écrire pour un public diversifié.
Il prend Ezra Pound, auteur qu’il admire particulièrement, comme secrétaire particulier en 1913. Ils se brouilleront trois ans plus tard, après que Pound ait publié des poèmes de Yeats en les modifiant à sa façons. Eclate l’insurrection irlandaise pendant la période de Pâques, en 1916. Cette révolte est un échec et la répression sanglante. Constance Lissadell, qui est devenue la comtesse Markiewicz est condamnée à la prison et John McBride est condamnée à mort.

L’année suivante, Yeats demande une dernière fois à Maud Gonne de l’épouser. Devant son refus, il demande en mariage la fille de cette dernière, Iseut Gonne, qui refuse également. Suite à ce refus, il épousera quelques temps après  Georgie Hyde-Lees, âgée de 25 ans. Sa fille Anne naîtra en 1919 et son fils Michael en 1921.

Il sera nommé sénateur d’Irlande, puis obtiendra le prix Nobel en 1923. Vers cette époque, son état de santé commence à décliner et le contraint à séjourner dans le sud. Il séjourne à Algesiras, puis en Italie et surtout en Sicile. Il est brièvement intéressé par le mouvement des Chemises Bleues de Eoain O’Duffy avant de s’en détourner. Il séjourne à Menton, puis au Cap-Martin où il meurt, le 28 janvier 1939. Il est enterré à Roquebrune. En 1948, son corps est transféré au cimetière de Drumcliffe, dans le comté de Sligo, au pied du Ben Bulben. Sa tombe porte cet épitaphe :

Cast a cold eye
On life, on death.
Horseman, pass by !

Arléa, 2008
Traduction : Béatrice Vierne
ISBN : 978-2869598034

Résumé :
Le titre est déjà un résumé à lui tout seul. Les éditions Arléa proposent une traduction du recueil d’un certain nombre de petites phrases (des aphorismes quoi !) énoncées ou écrites par Oscar Wilde. La présentation de ce recueil est faite par Stephen Fry, un humouriste britannique, fervent admirateur de Wilde. Les citations sont classées par catégories : Les femmes, La conduite, La conversation, Les émotions, etc…

Mon  avis :
Que dire à part que c’est exactement le genre de livre à avoir dans sa bibliothèque, aux côtés du Dictionnaire du Diable, d’Ambrose Bierce ? Un extrait vaut mieux qu’un long discours.

“Je consens tout à fait à ce que les femmes laides soient puritaines. C’est la seule excuse qu’elles ont pour être laides.”
Une femme sans importance

“Sous le nom d’Histoire, vous donnez à vos enfants le calendrier criminel de l’Europe.”
Lors d’une conférence aux Etats-Unis

“Notre vraie vie est si souvent celle que nous ne menons pas.”
Dans la conversation

Résumé (présentation de l’éditeur ) :

Chuck Klosterman est obsédé par les amoureuses parfaites qui, bien évidemment, n’existent pas ; par la tête de troll de Tom Cruise et celle de chien battu de John Cusack… Et quand enfin il oublie ces séducteurs, il établit un parallèle entre le jeu des Sims et les paroles de David Byrne, ou encore soliloque sur L’Empire contre-attaque, le seul film qui ” définisse l’esthétique sociale d’une génération à venir “. Toujours incisif, hilarant et décalé, Chuck Klosterman, perpétuelle victime de la pop-culture pourtant jamais dupe, continue, après Je, la mort et le rock’n'roll, à disséquer sa vie, comme si elle était un épisode du Real World.

Pourquoi je n’ai pas accroché :

La quatrième de couverture était séduisante et les pages que j’avais parcourues rapidement avant de l’emprunter me semblaient amusantes, pleines d’esprit et de références sur lesquelles appuyer une narration aux références modernes et pourtant largement applicable. Las, ce n’est qu’une suite de références décousues qui s’accumulent, un annuaire à peine détaillé, superficiel. La trame du roman ( ?) n’était pas réellement novatrice en soi, mais avec un peu plus de substances, ca aurait pu fonctionner.

J’ai finalement abandonné la lecture au bout d’une centaine de pages, après avoir rapidement parcouru la suite, afin d’être certaine qu’il ne s’agissait pas simplement d’une entrée en matière un peu longue. Non.

Soulignons néanmoins la présence d’une couverture sympathique et attrayante et une mise en page agréable à l’oeil.

Encore un blog de littérature et de bouquins ? Mais pourquoi faire ?

Mais parce que justement, j’en ai marre de lire toujours les mêmes critiques pseudos intellectuelles sur les mêmes livres dont tout le monde parle. Franchement, parler d’Amélie Nothomb ou de Frédéric Beigbeder ne m’intéresse pas, les médias et fast-food du livre le font beaucoup mieux que moi.

Alors, que dire ? Premièrement, que, très égoïstement, je compte parler de la littérature qui m’interpelle et des livres qui m’intéressent, de ceux que j’adopterais si j’en avais la possibilité. A la limite, je mettrais peut-être un bémol quand tout le monde encense un livre que je trouve imbuvable, mais c’est tout.

Ensuite, parler des livres, oui certes, mais je ne suis pas –et heureusement- critique littéraire. Ecrire pour «  faire penser », non merci, jamais entre les repas, vous ne trouverez pas ici de grands articles écrits de manière universitaire, pas plus que de grandes théories bien balancées et calibrées à la virgule près, vous savez, celles qu’on lit en diagonale avec un lexique de terme littéraire sous la patte et avec cette sensation tenace d’être un crétin dont l’avis compte autant qu’un mille-pattes au fond de la Chine. Si c’est pour parler d’un auteur en faisant comprendre au lecteur que, de toutes façons, il est trop bête pour le lire et pour –suprême injure- le comprendre, autant se taire.

Pour le reste, le contenu s’adaptera au gré de mes envies.