Steinn Steinar (1908-1958) fut un des premiers écrivains islandais à vivre de sa plume. Une infirmité au bras le rendait inapte à tout travail manuel. Poète autodidacte, il est un précurseur de l’emploi du vers libre et sa poésie, tout d’abord radicale, évolua progressivement vers une sorte de lyrisme abstrait.

L’extrait suivant est la première partie de son texte, Le temps et l’eau.

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I – Le temps comme l’eau,
et l’eau froide et profonde
comme la conscience que j’ai de moi.

Et le temps comme une image
peinte par l’eau
et par moi pour moitié.

Et le temps et l’eau
courent à l’épuisement
dans la conscience que j’ai de moi.

Poésie islandaise contemporaine, sous la direction de Gérard Lemarquis et Jean-Louis Depierris, Autres Temps, 2001

De nationalité finlandaise, Edith Södergran naît le 4 avril 1892 à Saint-Pétersbourg. Son père, Matts, est ingénieur et sa mère, Helena, est issue d’une famille fortunée. Elle grandit à Raivola, en Carélie (province située à l’est de la Finlande).

De 1902 à 1908, elle suit des études à l’école allemande de Saint-Pétersbourg où elle côtoie de jeunes russes, allemands et suédois. Edith parle le russe, l’anglais, le français et l’allemand, elle lit Pouchkine, Molière et Goethe, mais ne suit aucun cours de suédois. Dans le journal intime qu’elle tient de 1902 à 1907, on retrouve plusieurs poèmes rédigés en russe, en français et en allemand, ainsi que quelques-uns écrits dans un suédois assez hasardeux, et parfois incorrecte.

Le 1er janvier 1909, quelques mois après la mort de son père, emporté par la tuberculose, Edith apprend qu’elle est, elle aussi, atteinte par cette maladie. Deux années durant, elle fait de fréquents séjours à Nummela, dans le même sanatorium que son père. Il semble qu’elle supporte difficilement ce lieu, d’où elle s’enfuit souvent. Paradoxalement, c’est là qu’elle découvre la littérature suédoise.
En 1911, elle part pour la Suisse, accompagnée de sa mère. D’abord à Arosa, puis à Davos-Dorf. En 1916, elle publie ses premiers poèmes, poèmes qui ne reçoivent qu’un accueil très mitigé.
En 1917, quand la révolution russe éclate, Edith et sa mère n’hésitent pas à se rendre à Saint-Pétersbourg (Pétrograd), qui n’est qu’à 60 kilomètres de Raivola. La guerre civile et la perte de valeur des obligations russes finissent de ruiner les Södergran.
En 1918, Edith fait publier La Lyre de Septembre, dont le modernisme et la liberté de ton sont très mal accueillis par la critique. Elle fera encore publier, en 1919 et en 1920 des poèmes et d’aphorismes qui seront recueillis sous le titre L’Ombre de l’avenir. Une fois encore, la réception est mauvaise.

De plus en plus pauvre et isolée malgré l’amitié et le soutien de Hagar Olsson, qu’elle considère comme sa soeur, Edith Södergran cesse d’écrire et se tourne vers l’anthroposophie, puis se convertit au catholicisme. Elle participe à Ultra, revue bilingue en suédois et en finnois. En 1922, elle retrouve peu à peu l’inspiration, mais elle est de plus en plus malade et traverse un hiver très difficile. Elle meurt le soir de la Saint-Jean, le 24 juin 1923, à Raivola. C’est après sa mort que le plus connu de ses poèmes, Le pays qui n’est pas, fut retrouvé.

Son oeuvre est particulière, elle est finlandaise mais s’exprime en suédois. Un père suédois, une mère finlandaise, ce double héritage culturel se retrouve et s’affronte parfois. Elle a connu deux guerres : la première guerre mondiale, mais aussi la guerre civile de 1917 qui aboutit à l’indépendance de la FInlande le 6 décembre 1917, alors que la Russie est elle-même en proie à la guerre civile.
Les relations entre ses parents semblent avoir été tendues et influencés la jeune Edith qui, sans manifester de réelles prises de positions féministes, reproche souvent aux hommes leur domination sur les femmes. Cette méfiance envers les hommes se retrouve à plusieurs reprises dans son oeuvre (et dans une certaine mesure, dans sa vie personnelle, bien que je sois d’avis de considérer cet argument avec prudence, et en gardant à l’esprit qu’elle était atteinte d’une maladie incurable à l’époque, et donc condamnée à moyenne échéance.) Elle n’est pas sans m’évoquer Katherine Mansfield, à la fois à cause de son histoire personnelle et intellectuelle et à cause du ton de son oeuvre. Avis tout à fait personnel, je vous laisse seuls juges.

Bibliographie

Poème ( 1916 )
La Lyre de Septembre ( 1918 )
L’Autel de Roses ( 1919 )
L’Ombre de l’Avenir ( 1920 )
Le Pays qui n’existe pas ( 1925 )

Bibliographie en français

Edith Södergran, Poèmes complets, P. J. Oswald, 1973, traduction Régis Boyer
Poésies de Finlande, Runoja / Finsk Lyrics, présentation de Lucie Albertini, Le temps parallèle, 1989 , traduit du suédois par Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Le Pays qui n’existe pas, La Différence, 1992, traduit du suédois par Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini

Pour en savoir plus

Le site Järvellä sur la poésie nordique et leur page consacrée à Edith Södergran
Wikipédia

(Source de l’image)

Poste dédié à la personne qui m’a fait découvrir Edith Södergran. Merci à Toi.
    Ne t’approche pas trop de tes rêves :
    Ce sont fumée qui peut se disperser -
    Ils sont dangereux et peuvent demeurer.

    As-tu regardé tes rêves dans les yeux :
    ils sont malades et ne comprennent rien -
    Ils n’ont que leurs propres pensées.

    Ne t’approche pas trop de tes rêves :
    Ce sont mensonges, ils devraient s’en aller -
    Ce sont folie qui veut rester.

tiré du livre : Poèmes complets, Edith Södergran, éd. Pierre Jean Oswald, trad. Régis Boyer, 1973
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