Le Livraire

Carnet de lecture

L’histoire de Chicago May – Nuala O’Faolain

Prix Fémina du roman étranger 2006
Sabine Wespieser


Résumé :
Edenmore, Irlande (comté de Tipperary pour les curieux), 1890. Une jeune fille pauvre, May Duignan s’enfuit de chez elle pour partir en Amérique après avoir volé les économies de sa famille. Elle deviendra une criminelle célèbre sous le nom de « Chicago May ».
Tour à tour prostituée, escroqueuse, braqueuse, danseuse de revue, May voyagera à travers le monde, de Philadelphie au Caire, de Chicago à Londres en passant par Paris. Elle sera arrêtée, jugée et fera de la prison à plusieurs reprises, avant de retourner aux États-Unis. Sur la fin de sa vie, encouragée par Vollmer, elle rédigera ses mémoires. Nuala O’Faolain s’inspire de ce matériau pour (ré)-écrire sur sa vie.

***

D’abord, il faut savoir que ce livre est assez particulier, il n’est ni un roman, ni une biographie, mais un récit indéfinissable à la lisière des deux.
L’histoire de May n’est pas relatée comme dans une biographie classique, c’est-à-dire en se contentant de suivre une chronologie linéaire et de s’y tenir, mais se mêle aux hypothèses de l’auteur et à des bribes d’histoire sociale (de l’Irlande, des femmes…). Ce choix est, à mon avis, justifié d’une part par le peu de documents et de témoignages fiables disponibles sur Chicago May, d’autre part, parce que nous, lecteurs du XXIe siècle avons une vision tout à fait différente des choses, et des lacunes sur certains points (je ne pense pas que beaucoup de lecteurs français ait un aperçu clair de l’histoire de l’Irlande par exemple) qui nous empêcherait de comprendre pleinement certains faits.

Un autre point important pour ceux qui auraient envie de lire ce livre, c’est la raison pour laquelle Nuala O’Faolain s’est lancée à la poursuite de cette femme :

« Je savais que, avant mon époque, il existait très peu d’autobiographies écrites par des Irlandaises, et encore moins si elles n’étaient pas saintes ni patriotes ni littéraires. […] Si je devais refaire le récit de sa vie, j’aurais plusieurs avantages naturels. J’étais irlandaise, comme elle. J’étais une femme, et une femme qui, comme elle, n’avait jamais été mère. « 

Étant donné la manière dont les choses sont présentées, il me semble naturel de voir par moment la vie de May et la vie de l’auteur-narrateur mélangées, avec des interventions dans le récit. Ce n’est pas une biographie, ce serait plus proche de la fiction biographique, ou de la réécriture. Cela donne une dimension plus humaine et plus palpable que si cette écriture ne s’était reposée que sur des documents écrits. Il est vrai que cela peut surprendre, et que, vers la fin, il y en a un poil trop. Le principe n’est pas sans me rappeler Blonde de Joyce Carol Oates, bien que ce dernier soit davantage une biographie fictive de Marilyn Monroe.

Il y a un autre point important, c’est la relation avec l’Irlande, on en revient au final toujours à ce pays, à son histoire et à sa culture, parce que May y est liée, d’une manière inextricable. Je trouve assez fantastique qu’en parlant de l’incarcération de May à la prison d’Aylesbury, de sa découverte de la lecture, l’auteur arrive à nous parler de Yeats. Pendant ma lecture, j’attendais en riant à moitié de voir si, oui ou non, le nom de Yeats allait être mentionné, et si oui, à quel moment.

S’il fallait mettre un bémol, je dirais que par moment, le récit est un peu confus, notamment la période avec Eddy Guérin dont on perd un peu fil.

Le livre comporte aussi des photos en noirs et blancs, et des reproductions de lettres, de télégrammes.

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