Le Livraire

Carnet de lecture

Inishowen – Joseph O’Connor

Edition Phébus Libretto
ISBN 2-85940-916-5

Traduction : Pierrick MASQUART et Gérard MEUDAL

J’ai dû lire ce bouquin au moins cinq ou six fois depuis que je l’ai découvert, il y a 5 ans. Je suis tombée dessus par hasard, sur un rayonnage de la bibliothèque municipale.
C’était le titre qui m’avait attiré. J’avais 18 ans, et je cherchais un livre sympa à emporter avec moi en Bretagne. En un mois, j’ai dû le lire deux fois, littéralement absorbée par la consistance humaine du livre.

À ma gauche, Milton Longfelllow Amery, chirurgien esthétique. La quarantaine bien tassée, le mec bien conservé, splendide icône WASP, blindé de thunes, maniaquement (bouh le barbarisme) cartésien.
Signe particulier : Époux d’Ellen Donnolly Amery, la trompe avec des gamines de 20 ans.

À ma droite, Martin Aitken, policier irlandais. Habite Dublin. Un peu abîmé par la vie relève de l’euphémisme dans son cas.
Signe particulier : Son fils est mort quelques années avant le début du récit.

Au milieu, Ellen Donnolly Amery. Trouvée quelques jours après sa naissance sur un chemin d’Inishowen. Adoptée par un couple d’américains. Professeur de littérature, notamment irlandaise. Du genre fantasque, têtue et étrangement tranchante. Elle a l’habitude de disparaître sans rien dire à personne.
Signe particulier : Atteinte d’un cancer du pancréas, condamnée à brève échéance.


Quatrième de couverture :

Tristan et Iseut à la mode irlandaise d’aujourd’hui. Elle habite New York, vient d’apprendre qu’elle a un cancer et décide de retourner dans l’île Verte où elle est née. Lui est flic à Dublin, un peu abîmé par la vie et par le whiskey, fatigué surtout de se battre contre la mafia locale qui a résolu, il le sait, de lui faire la peau. Ces deux êtres poussés à bout vont se retrouver tout au nord de l’Irlande, au petit port d’Inishowen : un lieu de beauté et de paix… où le sang coule aussi bien qu’ailleurs.

Je ne suis pas du tout d’accord avec cette définition de « Tristan et Iseut » (déjà si on voulait la faire à l’irlandaise, on dirait Grainne et Diarmuid, mais bon) je ne vois rien de romantique dans cette histoire. Elle est bouleversante dans sa réalité, dans sa banalité. Les personnages sont, dans le fond, tout ce qu’il y a de plus ordinaire (à part le compte en banque de Milton Amery) mais rien ne les distingue. Ils ont chacun leurs excuses, leurs qualités, leurs défauts, leurs échecs, leurs moments de gloire. Le regard est désabusé, palpable.

Tous les personnages du livre ont cet aspect curieux de profonde compréhension des choses, une certaine sagesse, et une bonne dose d’immaturité, de puérilité, de stupidité, d’égarement.

L’écriture est exactement comme les personnages, mêlant l’humour -souvent noir, très noir- avec des moments de pure beauté, dit de manière très simple, comme allant de soi. C’est assez spontané pour qu’on se dise que c’est un truc qu’on aurait pu dire. Dans un roman, spécialement contemporain, c’est suffisamment rare pour être signalé. J’ai horreur de ce qu’on qualifie de « littérature » aujourd’hui et qui, la plupart du temps prend les lecteurs pour des demeurés, avec des phrases SUJET + VERBE + (parfois) COMPLÉMENT. Et je passe sur le foisonnement de mots d’argots, de mots sexuels et/ou crus à chaque page.
On a le choix entre ça ou une littérature maniérée que les critiques qualifient de « ciselée » et qui dans 95% des cas n’apporte rien au récit. (c’est mon avis, ça n’engage que moi, mais je vous le donne quand même)

Pas ici.

J’aime aussi beaucoup la manière dont est traité le conflit irlandais (le roman se passe en décembre 1994). On vois une très nette différence entre ceux qui le vive (Martin Aitken) et les autres, irlandais par le sang, mais qui ne vivent pas au pays (Ellen). Je pense au passage de la frontière, lorsqu’ils se rendent à Inishowen (p.392-400). Ce n’est pas d’un côté les gentils catholiques opprimés et les méchants côlons protestants (et là je pense à un film de Loach, devinez lequel…), juste des êtres humains qui par le jeu de l’histoire, habitent un pays divisé.

Bref, c’est une Irlande actuelle, et réelle. Oui, on parle de Yeats, de Wilde, de Joyce, mais le premier qui me déballe son attirance pour le folklore irlandais et la beauté des paysages de ce pays sauvage, je lui offre ce livre entre deux tranches de pain. Dans la même thématique de « désillusionnement » (on peut dire aussi de nettoyage de la paille dans les yeux), on peut retrouver On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain.

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Une réponse à “Inishowen – Joseph O’Connor

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