Le Livraire

Carnet de lecture

Les Vagues – Virginia Woolf

Traduction de Marguerite Yourcenar

Avant de commencer, je précise qu’il existe une autre traduction, effectuée par Cécile Wajsbrot et qui est sensiblement différente de celle de Yourcenar. Alors que celle de Yourcenar est assez poétique, celle de Wajsbrot est faite de phrases concises, comme de petits coups de rasoirs, pour autant que je m’en souvienne. J’ai eu l’occasion de jeter un œil sur cette traduction pendant ma première année de fac, pour un cours de traduction, le thème d’étude étant, vous l’aurez deviné, Les Vagues.

Ma rencontre avec l’œuvre de Virginia Woolf s’est faite par le biais d’un film, The Hours de Stephen Daldry, qui m’a donné illico envie de lire Mrs Dalloway. Mais comme la vie a toujours plus d’un tour dans son sac, il s’est trouvé qu’un des cours de DEUG de lettres modernes comportait l’étude des Vagues. Étude entre le texte original et deux traductions, et ce cours, bien que formolisé et abrutissant a joué une grande part dans ma manie -détestable- de pinailler devant certaines traductions (Bonnefoy VS Yeats), comme mes cours de linguistique d’ailleurs, mais je m’égare.

Les Vagues, donc. Comment en parler ? Comment le résumer ? Puisqu’en définitive, il est très délicat d’en faire le récit au sens où on l’entend habituellement.

Faisons simple et coupon court à toutes les conneries qu’on entend habituellement sur la complexité de l’écriture de Virginia Woolf. Son écriture n’est pas compliquée, elle ne décrit pas, elle construit. Dans les romans, on voit souvent le personnage ou le narrateur décrire ses pensées, ce qu’il voit. Pas ici, on assiste plutôt à la construction, à la définition de ses états d’âmes, de ses réflexions. Les choses ne sont pas figées, elles sont en train de se produire au moment même où on lit. Ce qui induit des phrases presque similaires. Presque. La construction et d’autres subtilités font apprécier le goût du texte, du fond de la pensée exactement de la même manière qu’un aliment que l’on déguste du bout de la langue.

Six personnages, trois filles et trois garçons.

Jinny.
Rhoda.
Elisabeth.
Bernard.
Louis.
Neville.

Chacun nous livrant sa perspective des choses, sa vision des évènements. Les différentes scènes qui composent le livre sont ainsi vues sous plusieurs angles, selon la sensibilité du personnage.

On peut ajouter à ces six personnages « pensant », la figure central d’un personnage muet, puisqu’on n’a jamais ses points de vue, mais qui occupe néanmoins une place centrale, la figure de Perceval, rencontré au pensionnat et mort prématurément aux Indes, qui hante la mémoire de ses amis.

Il n’y a pas de description physique totale des personnages, seulement de rares détails disséminés : on sait par exemple que Suzanne a les mains rougies ou que Jinny est certainement séduisante, mais cela s’arrête là. Les portraits sont beaucoup plus intérieur, et les archétypes qu’ils représentent plus ou moins marqués mais néanmoins reconnaissable. (Bien que je trouve les personnalités des garçons un peu plus uniforme que celles des trois filles, qui elles sont vraiment marquées).

Le livre se décompose en différents tableaux, en tranche de vie. L’enfance et ses drames quotidiens et cruels, l’entrée au pensionnat, les études, la sortie du pensionnat, la jeunesse et les fiançailles, le départ de Perceval pour les Indes, la maturité, puis la vieillesse, et la mort.
Chaque tableau est entrecoupé par la description de la mer. C’est toujours le même paysage, à différents moments de la journée, de l’aube jusqu’à la nuit.

Sur ces thèmes bien définis, on retrouve plusieurs thèmes filés durant tout le récit : la mort, l’amitié, le questionnement sur l’apparence des choses et des êtres, sur la pérennité, sur l’existence (en tant que substance et en tant que concept).

À noter que les derniers mots du récit constituent l’épitaphe de Virginia Woolf.

2 réponses à “Les Vagues – Virginia Woolf

  1. smithereens lundi 14 avril 2008 à 15:48

    J’ai toujours eu peur de m’attaquer a ces fameuses vagues, mais ce post m’a vraiment donné envie de m’y mettre. Merci pour ces quelques clés!

  2. livraire lundi 14 avril 2008 à 18:14

    Merci beaucoup d’avoir pris la peine de rédiger ce petit commentaire. Si mon article t’a donné envie de lire Les Vagues, j’en suis très heureuse, c’est la principale raison pour laquelle je rédige ce blog.

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