Le Livraire

Carnet de lecture

Mare Nostrum – Bluma Finkelstein

Editions En Forêt / Verlag Im Wald
Collection Sources
ISBN : 978-3-929208-96-2

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Dans le cadre des opérations Masse Critique de Babelio, on est amené à sélectionner un certain nombre d’ouvrage qui nous intéressent et que l’on serait prêt à lire, puis à chroniquer (je préfère le terme de chronique à celui de critique pour un certain nombre de raisons que j’expliquerai en détail un autre jour).

Lisant pas mal de poésie, et aimant sortir des sentiers battus dans ce domaine ( pour les sentiers battus, il suffit de prendre ses cahiers d’école primaire ou de demander à un lecteur lambda de citer cinq noms de poètes, quand il y arrive. ) je me suis dit que ca serait une idée intéressante et enrichissante de pouvoir lire Mare Nostrum. Ne nous leurrons pas, ca n’est pas le genre d’ouvrage que l’on verra exposé en librairie -à moins d’en trouver une spécialisée dans le domaine- ni dont on entendra parler.

Le titre et la présentation de l’éditeur était pour le moins intrigante, voir même alléchante : un recueil de poésie bilingue français – allemand (le bonheur de pouvoir jeter un œil sur la version originale du texte ! ) autour de la méditerranée (Mare Nostrum en latin) depuis l’Antiquité. Le défi était de taille.

L’ouvrage en lui même est de facture agréable. Une couverture sobre, représentant une carte de la méditerranée telle qu’on se la figurait au XVIème siècle. Le papier relativement épais et doux au toucher. Cela peut paraître insignifiant, mais quand on parle d’une toute petite maison d’édition (les éditions En Forêt ne publient pratiquement que de la poésie), ce genre de détail purement technique est une gageure, en raison des coûts que cela suppose.

Le contenu est malheureusement assez inégal. Je n’ai pas été touchée par l’écriture de Bluma Finkelstein. Trop saccadée, trop exastique (le nombre de points d’exclamation et d’interrogation est assez impressionnant par rapport à la taille de l’ouvrage). Les références historiques et religieuses sont tout à fait compréhensible vu le sujet du recueil, mais la brièveté des poèmes et leur succession ne permet pas à toutes ces références de s’intégrer, d’imprégner le lecteur. En lisant, on ne voit pas un voyage dans le temps, ou même des images -quelques puissent être la nature de ces images, leurs protagonistes et la façon dont ces images sont traitées – mais des plans décousus, mal cadrés, manquant d’harmonie ou de réelle dysphorie entre eux.

Quelque chose manque donc, la grâce peut-être. Ce petit rien tellement difficile à décrire et qui emporte irrésistiblement le lecteur vers d’autres royaumes, lointains ou intérieurs. Quelques belles phrases cependant, mais qui ne résonnent pas dans la cacophonie de ce recueil.

La chanson de Roland résonne dans la vallée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Nous sommes du bon côté de la raison : l’ennemi a toujours tort.
[…]
Tous à la solde de la Dame Noire, nous gagnons notre tombe à la loterie de la peur.

***

Das Rolandslied ertönt im Tal, bis der Tod eintritt. Wir sind auf des richtigen Seite der Vernunft: der Feind hat immer Unrecht.
[…]
Wir alle stehen im Sold des Schwartzen Dame und gewinnen unser Grab bei der Lotterie der Angst.

En lisant d’autres critiques, j’ai remarqué que je n’étais pas la seule à ne pas avoir été « touchée » par Mare Nostrum, alors que, comme d’autres, il semblait que j’en attendais beaucoup. Est-ce affaire de maturité ? Une question de goût littéraire purement indiscutable ou bien que nous ne sommes pas familiarisé avec ce style d’écriture, et que nous attendions de ce livre un lyrisme ou des émotions que nous attachons d’ordinaire à la poésie alors qu’il aurait peut-être demandé soit un œil neuf, soit un œil plus habitué à la poésie contemporaine ? Toutes les hypothèses restent ouvertes.
Enfin, j’aurai aimé voir figurer au début de l’ouvrage, une petite note explicative présentant le recueil, la démarche de l’auteur, une introduction permettant au lecteur croisant Mare Nostrum sur son chemin de le situer, de l’appréhender, ce qui le rendrait, peut-être, plus compréhensible, plus abordable.

Illustration :
Le monde entier dans une feuille de trèfle / Die ganze Welt in ein Kleberblatt,
Heinrich Bünting, 1582
(source)

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