Le Livraire

Carnet de lecture

Vestige du culte solaire célébré sur les pierres plates de Brocéliande – Louis Aragon

L’or et non pas le roi grise les coeurs avares
Mes vers de rameaux verts ni de neige ne sont
Mais de Dieu mon Sauveur dit le Roi de Navarre

Tout résonne aujourd’hui d’une étrange façon
Mon sauveur soit mon peuple et sur la croix des rimes
Que reprenne pour lui cette tierce chanson

Sur le sépulcre un rossignol fait l’intérim
Et le centurion veut en vain l’étouffer
Le trille de la gloire est plus haut que le crime

Est-ce la nuit du Christ est-ce la nuit d’Orphée
Qu’importe qu’on lui donne un nom de référence
Celui qui ressuscite est un enfant des fées

Que la nuit se déchire et qu’il naisse à souffrance
C’est toujours le soleil nous en sommes certains
Et ses Pâques seront les Pâques de la France

Soleil ballon captif qu’on lâche le matin
Il faudra bien qu’un jour à la fin tu t’évades
Voici se réveiller les volcans mal éteints

Voici blanchir les monts ainsi que des salades
Resteras-tu toujours le toutou de quelqu’un
Content de ta ficelle et d’aller en balade

Étoilé comme un condamné de droit commun
Le ciel troué de bleu fier de ses tatouages
Te fait faire le beau coucher bondir comme un

Caniche au cerceau blanc de ses bras de nuages
Icares en sueurs Josués sans poumons
Quels rétameurs de pots quels cochers de louage

Quels faux exorciseur complices du démon
Quels charlatans t’ont dit de rebrousser ta course
Pour te faire sauter à la corde des monts

Dois-je claquer des doigts comme le montreur d’ours
Allons Phébus allons Mesdames et Messieurs
Puisez encore un coup des sous dans votre bourse

Il se nourrit de mots et traverse les cieux
Cet animal savant n’a pas de remontoir
Vérifiez le char les rênes les essieux

Tout est couleurs du sang qui coule aux abattoirs
Il grimpe sagement le ciel son escalier
Et redescend toujours à midi sans histoire

Un dogue peut casser sa laisse ou son collier
Déborder les ruisseaux ou sauter la cheddite
Mais le soleil poursuit son chemin régulier

Et revient dans la mer baigner à l’heure dite
Quand il sera bien las de ses rayons peignés
Qui le font ressembler à quelque hermaphrodite

Et las de voir toujours régner les araignées
Et de la haute école et des coups de cravaches
De saigner le matin pour le soir resaigner

Il faudra bien qu’un jour cependant il se fâche
Tombe de son perchoir et flambe les carreaux
Grille les pissenlits sous les pas lents des vaches

Qu’attends-tu pour brûler ta cage et tes barreaux
Ô monstre dédoré dors-tu qu’il fait si sombre
C’est pour toi cependant que tombent les héros

Pendu par les cheveux aux barbelés de l’ombre
Ne tarde plus bel absolu bel Absalon
Il reste encore un peu de feu sous les décombres

Du fin fond de l’enfer Soleil nous t’appelons

Louis Aragon

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