Le Livraire

Carnet de lecture

Thomas Le Rimeur – Ellen Kushner

Traduit par Béatrice Vierne
Edition Folio SF

kushnerRésumé (quatrième de couverture) :
Pour s’être risqué au baiser offert, Thomas le fameux Rimeur se retrouva prisonnier de la Reine des Elfes.
Grand vivant s’il en fut, et joyeux compagnon, Thomas vécut près d’elle sept années, dans les voluptueux plaisirs du royaume de Faërie, avant de retourner dans son monde premier, celui du labeur, de la peine, et de la fuite du temps.
Hanté, tourmenté par les souvenirs des splendeurs perdues, il lui fallut, malgré tout, retrouver la femme qu’il aimait, reconstruire sa harpe. Et vivre avec les cadeaux ambigus de la Reine des Elfes, le don de prophétie et la malédiction de la parole vraie.
Salué dès sa parution comme un chef-d’œuvre, mêlant action, poésie et mystère, Thomas le Rimeur a été couronné par le World Fantasy Award et le Mythopoetic Award.

Mon avis :
Inspiré par la ballade de Thomas le Rimeur, ce roman est l’exemple même d’une réécriture réussie avec brio. Le récit se divise en quatre parties, portées chacune par une voix différente : celle de Gavin, vieil homme généreux bourru et pragmatique, celle de Meg, femme avisée au cœur d’or et à l’œil perçant, celle de Thomas, jeune homme talentueux mais parfois frondeur et maladroit, et enfin, celle d’Elspeth, l’épouse de Thomas, qui l’a attendu pendant sa longue absence, et qui a vécu à ses côtés.

L’écriture est magnifique, tantôt simple, tantôt lyrique. Les descriptions sont fines, vivantes. C’est un des très rares romans de Fantasy que j’ai pu lire où se côtoient un sens certain de la poésie, du verbe, du rythme et en même temps une sensualité rare, riche de sens, presque palpable. Les personnages ne sont pas uniquement des lointaines figures hiératiques désincarnés, mais des hommes et des femmes qui aiment, qui regardent. Bien souvent, quand il est question de Féerie, les récits ont tendance à devenir soit verbeux, soit lyrique mais sans consistance, sans chair, ce qui n’est pas le cas ici.

Enfin je salue le travail de la traductrice pour sa magnifique retranscription de la ballade, entre autres.

A propos de la légende de Thomas le Rimeur
Avant d’être un livre de fantasy, Thomas le Rimeur est une ballade du XIIIème siècle racontant l’histoire d’un barde extrêmement doué qui, parce qu’il a embrassé (ou eu une relation sexuelle, sur ce point les versions varient) la reine d’Elfhame, part avec elle en Féerie. Sur le point de repartir dans le monde des humains, le double de don de prophétie et de dire toujours la vérité lui est accordé, dons ambigus s’il en est. A son retour, Thomas découvre que sept années se sont écoulées depuis son départ, et il ne parvient jamais vraiment à se réadapter à la vie dans le monde des hommes. Il finit par retourner en Féerie.

C’est également le nom d’un poète écossais qui vécut au XIIIème siècle et dont on dit qu’il possédait le don de prophétie. L’origine de la ballade éponyme et l’existence de ce poète (dont le vrai nom est Thomas d’Erceldoune) est probablement liée.

Extraits du livre :

Puis elle se glissa entre mes bras dans un bruissement de soie frissonnante. Je fus enveloppé de vert et d’or, tandis que le rouge de ses lèvres m’emportait jusque dans le cœur d’une flamme. Nous nous allongeâmes dans la laîche fanée et là où ce végétal piquait ma peau nue je ne sentais que les caresses de la terre ;

Page 100

Le long de mes jambes, le fleuve que nous venions de traverser avait laissé le sang des batailles se confondant avec celui des accouchements et des pucelages, celui des doigts entaillés pour les serments d’enfants et celui des blessures plus profondes qu’infligent les luttes fratricides ; le sang des voyageurs assassinés pour leur or et celui coulant d’écorchures à peines remarquées l’été dans les champs…

Page 104-105

Extrait de la Ballade de Thomas le Rimeur

‘O see not ye yon narrow road,
So beset wi thorns and briers?
That is the path of rightousness,
Tho after it but few enquiries.

‘Ande see ye not that braid braid road,
That lies across yon lillie leven?
That is the path of wickedness,
Tho some call it the road to heaven.

‘And see ye not that bonnie road,
which winds about the fairnie brae?
That is the road to fair Elfland,
Where you and I this night maun gae.

*****

Ne vois-tu pas l’étroit chemin
Barré d’épines et de genêts ?
C’est le chemin de la vertu
Que si peu cherchent à trouver.

Et vois-tu cette route si large,
Et douce et toute parsemée de fleurs ?
C’est la grande route du mal
Mais d’aucuns disent qu’elle mène au Paradis.

Et vois-tu ce joli sentier
Monter la colline herbeuse ?
C’est là le chemin de la Fäerie
Où toi et moi pouvons aller.

Traduction extraite du livre Les Fées d’Alan Lee, parut chez Albin Michel. Cet extrait est également citée par André-François Ruaud dans son ouvrage Cartographie du merveilleux. La version originale (en anglais) est tiré du site Tam-Lin.

Autre récit ayant Thomas le Rimeur pour personnage :
La nouvelle de Benoît Geers, Thomas, jeune poète dynamique, (Emblème Hors-Série n°2, Les Fées, Editions de l’Oxymore) imagine ce que serait devenu Thomas à notre époque.

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2 réponses à “Thomas Le Rimeur – Ellen Kushner

  1. Silqeléni Eulenspiegel mardi 30 septembre 2008 à 15:40

    Ah, celui-là, ça fait un moment que je veux le lire ! La ballade a une version tchèque aussi, si je retrouve ça (c’est traduit), je te l’envoie :)

  2. Silqeléni samedi 4 octobre 2008 à 19:02

    Voilà, c’est posté :)

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