Le Livraire

Carnet de lecture

J’avais peur de Virginia Woolf – Richard Kennedy

Editions Anatolia
ISBN : 978 – 235406 – 0107
Traduit de l’anglais par Béatrice Vierne

peur_woolfPrésentation de l’éditeur :
Imaginez un peu que votre premier emploi soit celui de grouillot de Virginia Woolf. Nous sommes en 1926, à Londres, et Richard Kennedy, naïf adolescent de seize ans, doué pour le dessin, est mis en apprentissage dans la maison d’édition Hogarth Press, dont les patrons sont les redoutables mais fascinants Leonard et Virginia Woolf. Commencent alors de savoureuses mésaventures : Richard s’essaie à l’amour avec les femmes dissolues de la capitale (à seize ans!), s’efforce d’installer dans l’imprimerie une étagère qui ne tombera pas sur l’irascible Leonard (elle choit lamentablement) et se hasarde à prendre une décision importante concernant l’impression d’un des livres de Mrs Woolf (décision mal pensée, qui déclenchera une crise de nerfs chez son méthodique patron). Tout au long de cette joyeuse rétrospective, Kennedy nous offre un rare aperçu de l’univers de Bloomsbury, vu depuis l’entrée de service. Ce charmant récit sur le passage à l’âge adulte saisit au vol un moment béni de l’histoire de la littérature anglaise, certes, mais mieux encore, il capture cet instant magique dans la vie de tout adolescent, celui où il apprend soudain qu’un vaste monde est là, qui l’attend, et qu’en dépit des bévues qu’il pourra commettre, ce monde est accueillant et plein de promesses.

Mon avis :
Véritable ovnis littéraire, ce livre est un témoignage unique, sans fard et révélateur sur Virginia et Leonard Woolf. L’introduction, très bien écrite et présentant ce récit de manière intrigante et intelligente, en le complétant plus qu’en dissertant inutilement dessus, nous décrit un jeune Richard d’une naïveté sans bornes ; cette naïveté qui le distingue et donne à ses souvenirs toute sa saveur. Le regard qu’il pose sur ses patrons et son entourage est entier, franc et n’est pas influencé par la réputation et la célébrité de ces derniers. Bien que relatés une quarantaine d’années après, ses souvenirs sont d’une extrême vivacité, agréables à lire. Pleins d’humour, de tendresse et d’une franchise propre à l’adolescence que beaucoup de gens perdent malheureusement par la suite.

Cette naïveté, cependant, est son meilleur atout. Il possède l’honnêteté inexpérimentée des adolescents, qui était encore l’apanage de Denton Welch au jour de sa mort et que Rousseau garda tout au long de sa vie. Cette inexpérience, c’est aussi de la sensibilité : comme il n’a pas de carapace sociale, comme il ne possède pas à revendre cet esprit superficiel qui permet de détourner la vérité et de la passer à la moulinette, il est à cette époque ce que Wyndham Lewis a appelé le « nigaud révolutionnaire » : quelqu’un qui pose les questions que les gens plus avertis redoutent de poser et qui obtient, de ce fait, des réponses qu’ils n’auront jamais.

Cet extrait de l’introduction résume parfaitement l’état d’esprit du narrateur, sa manière de penser et de commenter ce qu’il vit, ce qu’il voit. Une des anecdotes que j’ai trouvé particulièrement savoureuse est celle où, interrogé sur ce qu’il pense de l’œuvre de sa patronne, Richard répond qu’à son avis, elle a moins de talent que Tolstoï pour créer ses personnages. Je vous laisse imaginer le reste. Illustré par de nombreux croquis de l’auteur, c’est un livre très divertissant et rapide à lire, un peu trop même, on reste sur sa faim, regrettant de ne pas en lire plus sur ces deux ans passés à la Hogwart Press. Il n’y a pas besoin d’avoir lu des ouvrages de Woolf pour apprécier cet ouvrage, mais ceux qui ont lu des biographies de Woolf ou du groupe de Bloomsbury seront plus à même d’apprécier la mordante naïveté des propos tenus par Kennedy, tant ils contrastent avec le « discours officiel » couramment tenus à leurs propos.

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