Le Livraire

Carnet de lecture

Marie-Aude Murail – Miss Charity

L’école des Loisirs
ISBN : 978-2211089258

Résumé (quatrième de couverture) :
Charity est une fille. Une petite fille. Elle est comme tous les enfants : débordante de curiosité, assoiffée de contacts humains, de paroles et d’échanges, impatiente de créer et de participer à la vie du monde. Mais voilà, une petite fille de la bonne société anglaise des années 1880, ça doit se taire et ne pas trop se montrer, sauf à l’église, à la rigueur. Les adultes qui l’entourent ne font pas attention à elle, ses petites sœurs sont mortes. Alors Charity se réfugie au troisième étage de sa maison en compagnie de Tabitha, sa bonne. Pour ne pas devenir folle d’ennui, ou folle tout court, elle élève des souris dans la nursery, dresse un lapin, étudie des champignons au microscope, apprend Shakespeare par cœur et dessine inlassablement des corbeaux par temps de neige, avec l’espoir qu’un jour quelque chose va lui arriver…

Mon avis :
Un pavé de plus de 500 pages et un véritable bonheur. Un de ces romans qu’on lit à tout âge avec un réel bonheur, un de ceux qu’on ne lâche pas avant d’en avoir savouré chaque ligne et vécut avec les personnages.
L’histoire commence à l’époque où la jeune Charity a cinq ans. Elle est seule, et comme elle le dit elle-même, elle aurait dû être assise en compagnie de ses deux sœurs ainées, mais ses deux sœurs sont mortes.

J’aurais dû être assise entre mes deux sœurs. Mais Prudence, ma sœur aînée, avait renoncé à vivre trois heures après être née. Quant à Mercy, venue au monde deux ans plus tard, elle n’avait pas voulu tenter l’aventure plus d’une semaine.

Toute la narration est dans cet esprit, cet équilibre entre l’émotion, une pointe d’humour noire, cette justesse des choses, des mots qui vous prennent à la gorge. Charity est seule, désespérément seule. Son père ne lui adresse pour ainsi dire jamais la parole, si tant est qu’on puisse considérer que « en effet » soit une manière de parler à quelqu’un. Quant à sa mère, véritable parangon puritain, elle n’a que deux manières de considérer le monde : ce qui est convenable pour une fille et ce qui ne l’est pas. Mis à part les thés de bienfaisance, la messe, la broderie, le chant et le piano, peu de choses trouvent grâce à ses yeux, et surtout pas Shakespeare ou les sorties au Museum.

Charity grandit, en compagnie  de ses animaux apprivoisés et de Tabitha, sa bonne venue d’Écosse qui lui raconte des histoires épouvantables et qui devient folle petit à petit. Vient s’ajouter Mlle Blanche Legros, une gouvernante chargée de lui enseigner le français et qui lui fait découvrir ce qui va changer sa vie : l’aquarelle. Charity fait preuve de talent et commence à peindre ce qu’elle voit autour d’elle. Tandis qu’autour d’elle le monde change progressivement, évolue, que ses cousines font leur entrée dans le monde, puis se marient, rien, à part quelques événements malheureux – que je ne dévoilerai pas ici – , ne vient modifier le cours de sa vie, quand, après trois échecs, et encouragée par ses amis, elle publie à compte d’auteur son premier livre pour enfants, rempli de ses illustrations. Et comme le lui prédisait ses amis, et pour le plus grand désespoir de sa mère, le livre s’avère être un succès…

Le livre tout entier est un enchantement où rien n’est jamais certain, où l’on attend page après page le dénouement de ces tensions que Marie-Aude Murail noue les unes après les autres. L’histoire de Charity est douce-amère, comme la vie, emplie de grandes joies et de grandes tristesses, de doutes, de craintes, de pertes et de retrouvailles. Pas de grande fin tapageuse, seulement un achèvement paisible plutôt qu’heureux au sens où l’entendent habituellement les livres pour la jeunesse, et contre la mode actuelle des fins plus ou moins ouvertes. Le livre se clôt sur ses quelques lignes, au fil desquelles la Charity devenue adulte reparle de la Charity enfant, et de cette rencontre improbable, qui, avec la découverte du dessin, devait modifier pour toujours le cours de son existence.

Peut-être était-il écrit quelque part que je resterais la petite fille aux souris ? Je repense souvent à elle, qui vivait au troisième étage avec Tabitha pour seule compagnie. Je la revois qui traverse la sombre salle à manger, escortée de deux petits fantômes. Et puis je repense à vous, Madame Petitpas, à vous qui avez sauvé cette enfant de la folie, parce que, avec vos yeux comme deux grains de café, vos moustaches effrontées et la chaleur de votre corps, vous étiez tout simplement la vie, la Vie.

Sur fond d’Angleterre victorienne, cette Angleterre qui commence à changer tout doucement, de manière imperceptible mais durable, Miss Charity raconte l’histoire romancée – et arrangée – de Beatrix Potter. On y croise des personnages célèbres tel que Georges Shaw ou Oscar Wilde (qui étaient d’ailleurs tout deux irlandais…) et on voit Charity devenir ce que Shaw s’amuse à nommer « la femme moderne », s’émanciper peu à peu, gagner sa vie et son indépendance, comme le fera une vingtaine d’années plus tard une certaine Virginia Woolf.
Si la présentation de la narration m’a tout d’abord déconcertée, puisqu’elle se présente comme une pièce de théâtre, ou bien comme les romans de la comtesse de Ségur, pour ceux qui connaissent, je reconnais que ce procédé colle parfaitement à l’histoire. Sans, les dialogues, les traits d’humour, toute la finesse qui émane du texte aurait été beaucoup moins visible, moins sensible, plus lourde et moins captivante. Miss Charity est agréable à lire à dix, quinze, vingt, vingt-cinq ou quarante ans. Les illustrations qui accompagnent le texte ajoutent au plaisir de la lecture, et certaines sont des reproductions quasi-exactes des personnages crées par Beatrix, je pense notamment à la souris de la page 16, qui est une des souris du livre Deux vilaines souris, le passage où elles font pleins de bêtises dans la maison de poupée. Comparez-le avec les aquarelles originales de Beatrix Potter, vous serez frappé par ces ressemblances ; les lapins sont aussi de très fidèles reproductions de Pierre Lapin, et il y en a sûrement d’autres, mais aucune ne m’a autant frappé que l’illustration déjà citée et pour cause, c’était un de mes livre de chevet quand j’étais une toute petite fille.

Sûrement mon plus beau coup de cœur jeunesse depuis La Voleuse de livres, le premier coup de cœur littéraire de 2009, et la première fois depuis La Croisée des Mondes – Le Miroir d’ambre que je suis émue aux larmes en finissant un livre.

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11 réponses à “Marie-Aude Murail – Miss Charity

  1. landminiou dimanche 23 août 2009 à 10:07

    j’ai lu ce livre au moins cinq fois et j’ai dix ans…je l’ai beaucoup aimer…ce que je voulais dire c’est qu’il ne fraut pas se décourager avant d’avoir essayer de lire un pavé comme celui-ci.
    je remercie l’auteur pour tous ses livres qu’elle a écrit (je n’ai pas tout lu) et j’ai trouvé que tout les livres son extras et que je pourrais les lires de centaines de fois!!!

  2. landminiou dimanche 23 août 2009 à 10:08

    j' »invite tous ceux qui visite ce site a écrire leurs commentaires!!!

  3. Le Livraire dimanche 23 août 2009 à 13:28

    Landminiou, vous avez bien raison de ne pas vous laisser décourager par l’épaisseur d’un livre. Tous ne nous plaisent pas, mais quel enchantement de se laisser embarquer par une histoire captivante.

    Merci pour votre commentaire.

    =)

  4. Rakoto dimanche 18 octobre 2009 à 18:01

    Bonjour,
    je viens de finir « Miss Charity »…c’est …une Merveille !
    J’ai été un peu étonnée au départ par l’épaisseur du livre, l’époque à laquelle il se situait, l’écriture des dialogues sous une forme presque théatrale (comme vous le faites remarquer dans votre billet)…tout cela rendait ce livre tellement différent de ce qu’écrit habituellement Marie-Aude Murail, que j’étais un peu déconcertée…Et puis j’ai été conquise par ce livre, charmée par la force de caractère de la petite Charity qui ne laisse pas son imagination créative et sa spontanéité étouffée par la rigueur et la monotonie de son milieu familial ; j’ai été emportée par le souffle de cette histoire devenue soudain dramatique, et je ne l’ai plus lâché jusqu’à la fin, qui m’a beaucoup émue aussi, avec cette Madame Petitpas qui ouvre et clot le livre, petite souris qui a pris une telle importance dans la vie de la petite Charity de 5 ans …
    Je suis documentaliste dans un collège, et demain nous allons présenter Miss Charity à une classe de 4ème, puis leur proposer de le lire (j’en ai acheté 15 exemplaires pour le CDI), en vue de la rencontre avec Marie-Aude Murail prévue le 20 novembre au salon du livre de Creil…
    Je crains un peu que les élèves ne soient affolés par l’épaisseur du roman…nous allons donc, avec leur professeur de français qui a lu le livre aussi, essayer de les convaincre que c’est un livre qui se lit merveilleusement bien… J’ai hâte d’avoir leurs réactions lorsqu’ils l’auront lu… Le défi est lancé…

  5. ines jeudi 4 février 2010 à 21:07

    personnellement je n ai pas finie de lire mais il est vraiment super !

  6. deborah mardi 16 mars 2010 à 17:10

    j’ai emprunté miss charity à la bibliotheque et depuis j’en suis tombée amoureuse je l’ai lu 2 fois mais j’ai du rendre le livre mais ce qui est sur c’est que ce n’est pas la derniere fois que j’emprinterai ce livre .

  7. Moka dimanche 21 mars 2010 à 12:51

    J’ai lu ce livre et je l’ai tout simplement adoré !!! Charity est un personnage auquel on s’attache dès les premières lignes, de plus, j’ai bien aimé que ce livre soit inspiré par Beatrix Poter, et une question me vient alors : Miss Charity est-elle oui ou non Beatrix Poter ?

  8. Le Livraire dimanche 21 mars 2010 à 20:37

    @ Moka : Il y a quelques différences entre la vie de Miss Charity et celles de Beatrix Potter, mais les ressemblances sont telles que l’on peut dire qu’il s’agit d’une biographie romancée et mise à la portée des jeunes lectrices (et lecteurs, même s’ils se font plus rares!)

    @ Deborah : Si cette lecture vous plaît tant, pourquoi ne pas demander ce livre comme cadeau pour un Noël ou un anniversaire ?

  9. Agathou lundi 29 mars 2010 à 12:19

    J’ai adoré ce livre, et j’ai aussi tout de suite reconnue le personnage de Béatrix Potter ! Son  » Pierre lapin  » avait peuplé mes rêves d’enfances , et le voila qu’il revient pour me faire réver ! Je remercie Marie-Aude Murail pour ce magnifique livre, que j’ai d’ailleur terminé en 2 jours.
    Si vous avez des livres qui vous ont plus à me conseiller, n’hésiter pas, je suis une grande lectrice et ils seront les bienvenue ! ( j’ai bientot 13 ans)

  10. ma-fana de lecture mardi 13 avril 2010 à 17:34

    Je n’ai lu ce livre qu’une fois (pour l’instant) sur conseil de ma mère et je l’ai adoré ! Je n’avais jamais lu aucun autre livre de Marie-Aude Murail et je ne connais pas son style, mais j’ai été captivée du début à la fin et je passai des heures à en continuer la lecture. Je l’ai choisi comme lecture en liberté pour un devoir de français, et j’espère bien convaincre quelques élèves de ma classe à le lire. L’épaisseur de Miss Charity peut décourager mais je le conseille à tous : c’est une oeuvre grandiose qui mérite d’être lue.

  11. La nymphette mardi 17 août 2010 à 12:13

    Hé bien, quel enthousiasme. Jusque là, je n’avais pas été vraiment tentée par ce titre, non parce qu’il fait partie de la littérature enfantine mais pour le côté Angleterre Victorienne, qui apparemment n’existe que dans ma tête. Je vais donc arréter de me faire de fausses idées et courir l’emprunter à la bibliothèque!

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