Le Livraire

Carnet de lecture

Le fond des forêts – David Mitchell

Traduit de l’anglais par Manuel Berri
ISBN : 978-2879296128
Titre original : Black Swan Green

Résumé (quatrième de couverture) :
« Superman 2 passait à la télé. Je l’avais vu au cinéma de Malvern il y avait à peu près trois ans. Le film était assez bien mais pas au point de lui sacrifier un lac gelé rien qu’à moi. Clark Kent renonce à ses pouvoirs tout ça pour avoir des rapports sexuels avec Lois Lane dans des draps de satin. Qui serait assez stupide pour faire un échange pareil ? Quand on peut voler ? Dévier des missiles atomiques vers l’espace ? Remonter le temps en faisant tourner la Terre à l’envers ? »

1982, dans un petit village du Worcestershire. Jason Taylor, treize ans, essaie de réussir son entrée dans l’adolescence. Et ça n’est pas chose facile. À l’école ou chez lui, Jason affronte l’incompréhension et le mépris : ses camarades raillent son bégaiement, ses parents ne cessent de se disputer. Mais Jason mène une vie secrète, dans un monde à lui peuplé de visions étranges et de figures ambiguës. Portrait de famille, chronique de l’Angleterre de Thatcher, roman d’apprentissage à la lisière du fantastique, Le Fond des forêts est avant tout une suite de variations éblouissantes sur l’adolescence et ses multiples facettes. Après Écrits fantômes et Cartographie des nuages, deux romans qui traversaient l’espace et le temps, David Mitchell nous offre un texte plus personnel, d’une puissance poétique exceptionnelle.

David Mitchell est né en 1969 à Southport, dans le Lancashire. Il a vécu plusieurs années au Japon et a enseigné l’anglais à Hiroshima. Il vit à présent en Irlande. Lauréat de nombreux prix littéraires, il a été deux fois finaliste du Booker prize. Avec ce troisième roman traduit en français, il s’affirme comme un des auteurs les plus singuliers de sa génération.

Mon avis :
Se plonger dans Le fond des forêts, c’est comme s’attabler devant une assiette de pancakes fait maison, encore tout chauds et que l’on arrose généreusement de sirop d’érable pour en découper ensuite de larges bouchées et les dévorer avec gourmandise. Rien de gastronomique, rien de compliqué mais cette délicieuse odeur de pâte chaude, celle, presque douçâtre, du sirop d’érable, le bruit des couverts qui tintent contre le porcelaine de l’assiette, l’agréable sensation de satiété qui gagne peu à peu un corps tout juste réveillé tandis que l’attend une journée de liberté.

Le fond des forêts, c’est d’abord la restitution vivante d’une ambiance, d’une atmosphère par le biais du narrateur, Jason. C’est cette conjugaison faussement simpliste de la vie quotidienne et des grands questionnements, de la lutte intérieure qui nous déchire au moment du passage à l’adolescence, période d’autant plus douloureuse pour tous ceux qui ne rentrent pas dans le moule, qui ne se plient pas au totalitarisme d’une cour de collège, d’une bande structurée sachant se faire respecter, des diktats de la mode, de pensée et d’actions, au moins pour sauver les apparences. La vie de Jason est semblable à celle de milliers d’autres adolescents de son âge : son père est cadre dans une enseigne de supermarché, sa mère femme au foyer. Coincé entre une grande sœur brillante qui va entrer à l’université, un cousin, Hugo, plus déluré que lui et qu’il s’efforce de copier, des amis qui eux aussi tâtonnent, Jason s’efforce de se trouver.
Roman d’apprentissage, c’est tout ce chemin que Le fond des forêts relate, ces mille et une étapes marquant cette évolution : découverte de la lecture et de la langue avec une vieille dame excentrique et cultivée, les premiers émois de l’amour et la jolie Dawn Madden, garçon manqué à la langue bien pendue, la mort, la guerre. Adolescent sensible, Jason se sent souvent à l’écart des autres et de leurs goûts, de leurs centres d’intérêts et préfère chercher un refuge dans les bois autour de Black Swan Green, seul au milieu des arbres. Il finira pourtant par réussir à s’imposer de manière aussi forte qu’inattendue.
En arrière-plan, la guerre des Malouines, les réformes économiques de Margaret Thatcher mais aussi Les chariots de feu, les punks, Ted Hughes et tant d’autres éléments qui donnent au roman cette ambiance particulière, vivante, palpable. Le personnage de Jason n’est pas sans rappeler, en moins douloureux, d’autres personnages : Billy du film Billy Elliot, ou encore Shaun de This Is England.

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3 réponses à “Le fond des forêts – David Mitchell

  1. Carotte mardi 10 mars 2009 à 18:08

    Maintenant j’ai faim avec cette histoire de pancakes !!!Oui Carotte un ventre sur pattes

  2. Stwity dimanche 15 mars 2009 à 17:43

    Vous éveillez en moi de l’eau… qui me monte aux babines :)

  3. Pingback: Long week-end – Joyce Maynard « Le Livraire

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