Le Livraire

Carnet de lecture

La piste mongole – Christian Garcin

ISBN : 978-286-432-5710

garcinRésumé (quatrième de couverture) :
Où l’on part à la recherche d’Eugenio Tramonti, le protagoniste du Vol du pigeon voyageur et de La Jubilation des hasards, disparu quelque part en Mongolie. Pour le retrouver il faudra traverser des états de réalité peu ordinaires et accepter de se laisser guider par quelques personnages emblématiques : un Chinois qui présente la particularité de maîtriser ses rêves ; une chamane mongole qui s’absente parfois quelques jours pour voyager dans d’autres mondes dont elle ne se souvient pas ; une Sibérienne qui fréquente assidûment les choses invisibles ; un jeune garçon, apprenti chaman, qui vient interférer dans les rêves du Chinois ; une vieille femme aux identités mouvantes ; une divinité lacustre aux faux airs de renard ; des juments, un aigle et un loup ; sans compter quelques narrateurs, anonymes ou pas, disséminés entre Oulan Bator et Pékin, le lac Baïkal et les hauts sommets de l’ouest de la Mongolie. Les mondes se chevauchent, les histoires se répondent les unes aux autres, les fenêtres de l’imaginaire sont grandes ouvertes, les narrateurs se superposent, et le principe de réalité tremble sur ses bases, à la fois labile, humoristique et fuyant. Et ce faisant c’est une autre réalité qui se trouve posée là – ou tout un réseau de réalités qui s’entrecroisent, car l’instabilité est féconde, et la littérature s’accommode bien de ce flou des frontières.

Mon avis :
La piste mongole est un récit très particulier et unique en son genre, d’abord par l’histoire qui est racontée, largement au-dessus de l’abus du je autobiographique et des thèmes récurrents dans la littérature française contemporaine. Le chamanisme, les états de conscience modifiés (qui contrairement à une idée reçue ne sont pas toujours dûs à la prise de psychotropes), le monde des rêves, les réalités parallèles ne sont pas légion dans la littérature (à l’exclusion de la littérature dite de mauvais genre).
La narration et le style font partie intégrante de la singularité de ce livre, plus proche de l’épopée que du roman français contemporain.

Les personnages sont nombreux, à chaque fois unique, et par leur fonction et par leurs caractéristiques. On touche au pléonasme en disant que ces personnages sont réellement des personnages et non de pâles copies de M. Tout-le-monde nous détaillant sa vie par le menu, mais c’est le cas. S’y retrouver dans ce foisonnement n’est pas toujours une chose facile, d’autant que, comme dans les épopées (je pense aux Eddas, parce que c’est l’épopée que je connais le mieux.) les personnages sont nommés de plusieurs manières différentes : Chen Wanglin, Chen-Le-maigre, Chen-face-de-rat, etc.
Les points de vues narratifs changent, tantôt un narrateur externe, tantôt un narrateur interne. Des récits écrits par des personnages sont également inclus dans le livre, produisant une mise en abîme qui rend le récit complexe. Toutefois, elles ne sont pas inutiles et accentuent la sensation de lecture à plusieurs niveaux, une sensation déjà très fortement marquée par les changements de focalisation narrative déjà évoquées, mais aussi par la superposition des réalités (consciente, monde d’en-bas, transes…). La construction du récit et le contenu du récit sont donc parfaitement calculés et contribuent mutuellement à donner à La piste mongole une richesse de ton et une profondeur assez exceptionnelle.
Le vocabulaire employé passe de termes familiers (comme dans les Eddas, les personnages peuvent se montrer grossiers, bien que cette particularité se trouve souvent gommée.)  à des termes assez peu connus. Par exemple, le terme sagane, est un mot de vieux français désignant une sorcière.

Un livre très intéressant à lire, et vraiment dépaysant, mais qui nécessite du temps libre et de pouvoir s’y plonger pleinement sous peine de se perdre rapidement. Pour ma part, j’ai apprécié les multiples descriptions de voyages dans les réalités parallèles, les transes, mais plus particulièrement le passage du démembrement qui est d’un réalisme saisissant. Si vous êtes familier avec le chamanisme, et/ou si ce sujet vous intéresse, vous n’aurez aucun problème pour comprendre ce livre. Dans le cas contraire, il vous sera peut-être plus difficile d’accrocher à l’histoire et de vous y plonger pleinement, pas nécessairement en raison d’une incompréhension, mais parce qu’il est possible que vous ayez envie de faire des recherches plus approfondies sur la question. Un livre riche et -bien- écrit, mais dont je crains qu’il ne rencontre qu’un public très limité, justement en raison de sa complexité.

Share

Publicités

Une réponse à “La piste mongole – Christian Garcin

  1. evelyne revidat lundi 26 octobre 2009 à 10:09

    En pleine lecture de ce roman riche et dense. Sensation d’étouffement parfois mais grande lisibillité et
    vaste d’espace.
    Il nous inocule le besoin de partir loin et même au-delà du visible et du connu.
    Merci p our votre commentaire.
    eve

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :