Le Livraire

Carnet de lecture

« Petits enfants sorcières »

Petite sorcière de l’école qui encraule les lignes de son cahier de synchyses, et millepertuis et que j’aimais – qui trouve que le chat a plus d’amour dans le regard que cet inexistant fiancé, qui répétait tant et tant rituels et formulettes afin que reviennent les âges heureux. Petite sorcière qui espérait tant l’être.
Petits enfants sorcières à qui l’on cache vos filiations divines à la lune, aux sources, aux herbes, mais qui retrouvent l’héritage secret en traçant les pentacles de vos marelles, en redisant les comptines rebelles. Petite fille de mai, épousée des haies et des rondes renouées. Le balai n’est pas l’outil d’une condition, mais le coursier des nuées, le sceptre tempestaire, la quenouille des Normes et du Temps.
Vieille Mère du Sureau, Baba Yaga, chères orgresses qui dévorez ceux qui vous auraient congelées. Sorcières des mares caliciales, des marais d’où l’on ne revient pas, de la chênaie moussue du Wistman’s wood, des pierres levées aux landes de Cojoux, des tourbières de Galway, de Salem, du Broken, Reine sombre de l’île de Man, sorcières lubriques des gouttières, un peu distraites des salons de thé, des Volksmärchen de Musaeus, rigolardes d’Ingoldsby, Tsaoutavieillo, Makralles des emmacralages ardennais, Striggs bergamasques, Barbara Steels des séances de minuit, sorcière de Gripari, sylvestres couronnées du Norfolk et d’Huntingdon, aux cheveux peints aux henné des herboristeries de Glastonbury, de Puck’s Fair, rose sorcière de Cinémonde, des sarabandes de Beselare, dames savantes qui derrière vos paupières savez : succubes de par-ci, succube de part-là, des boutures de capucine, glapissantes devineresses des orgueilleux Mac Beth, fiancée du pirate, Bohémienne, enfant trop aimante brisée sous une pierre de Redon, touchantes révoltées de Michelet, Malvenue seignolienne, sanglantes innocentes de Jean Rollin, gardiennes et enchanteresses de ce qui est encore. Brûlées pour avoir rêvé à la légèreté des oiseaux. Herbes sorcières qui fleuriront nos songes quand nous ne serons plus…

Extrait des Contes de Sorcières et d’Ogresses, Pierre Dubois, Hoëbeke, 1999

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