Le Livraire

Carnet de lecture

Végétarisme

Adieux veaux, vaches, cochons, couvées… Bonjour céréales, légumes secs, fruits et végétaux frais et herbes folles… La nature obsédante déroule ses vertes prairies et ses champs ensoleillés sous les yeux ébahis d’une partie de l’humanité gavée de graisses animales.

Des mouvements alter-assiettes proposent de modifier nos comportements alimentaires en bannissant culture et élevage intensifs au profit d’une naturalité nutritive. Ces mouvements condamnent pêle-mêle la terreur pesticide, l’hippophagie honteuse, le gavage des canards et oies, la dévastation des océans, l’horreur des abattoirs, le désastre agro-industriel, l’assassinat de la biodiversité, l’alimentation hyper-calorique… Ils opposent la douceur de la cueillette sauvage à la violence de la chasse industrielle.
«Quelle charmante, plaisante et innocente vision, que le spectacle d’une table ainsi servie et quelle différence avec une préparation de viande animale fumante, abattue et morte ! En aucune façon, l’homme n’a la constitution d’un carnivore. Chasse et voracité ne lui sont pas naturelles. L’homme n’a ni les dents acérées ni les griffes pour tuer sa proie. Au contraire, ses mains sont faites pour cueillir des fruits, des baies et des légumes, et ses dents sont appropriées pour les mâcher», indiquait déjà le naturaliste anglais John Ray au XVIIe siècle (in Alliance végétarienne, cahier n°5, 1999).

Il n’était pas le seul à dénoncer la brutalité omnivore de l’homme, mais il faudra pourtant de longs siècles avant de convaincre l’humanité de changer de régime. Dès lors marginal, le végétarisme trace son chemin dans l’esprit des terriers conscients de leur cruauté carnivore et engagés petit à petit dans une repentance végétale. Les activistes antiviande n’hésitent pas à affirmer que la majorité de la population mondiale deviendra végétarienne à l’horizon de 2050 ! Il faudra sans doute une grande capacité de conviction et beaucoup d’énergie pour que « l’effervescence végétale », selon la formule de Michel Maffesoli, trouve un écho planétaire.

Au niveau de la santé, il est possible de se passer de protéines animales et de ne se nourrir que de protéines végétales, c’est incontestable, mais c’est oublier un peu vite le plaisir gourmet à manger un tournedos, un boeuf bourguignon, une blanquette de veau, un poulet rôti, des rillettes d’oie, du foie gras, un hamburger, des saucisses grillées quand l’été le soleil darde ses rayons chaleureux, période bénie des barbecues, du vin rosé, des femmes en robes légère, des hommes en short mou et des rires d’enfants…
Sans forcément tomber dans les ripailles d’un autre âge, l’homme est un omnivore assumé, un vachivore sensuel et pas un herbivore pâli par les excès de tisanes. S’il est difficile de comptabiliser strictement les mangeurs de végétaux, l’European Vegetarian Union et l’International Vegetarian Union avancent quelques chiffres : ils seraient 8 % en Allemagne, 7 % au Royaume-Uni, 6 % en Irlande, 4,8 % en Italie, 4 % en Suisse, 3 % en Autriche, 2 % en France, en Espagne et aux États-Unis. Évidemment arguent les pourfendeurs de la carne attitude, ce sont dans les pays d’Asie que l’on recense le plus de végétariens (ils sont 20 % en Inde), mais l’américanisation des moeurs, tendance lourde pour l’Asie, pourrait peut-être changer la donne. Un effet de balançoire somme toute logique : pendant que l’Occident mâchera son riz, l’Orient rongera son os…

Face à cette supposée vague végétarienne, un problème fondamental se pose : on en demande de plus en plus à la Terre. Elle doit certes nous nourrir, mais elle doit aussi nous fournir du papier, du carton, des textiles, du plastique (en amidon de maïs)… et aussi de l’énergie. En vue de la disparition programmée du pétrole, on recherche des solutions alternatives, dont les agrocarburants – que leurs détracteurs appellent les « nécrocarburants » tant ils sont un désastre pour la planète, sans être une alternative écologique et en concurrençant les filières alimentaires : ce qui fait tourner un moteur ne remplit pas une assiette.

Reste qu’aux rythmes d’exploitation des sols et de croissance des populations, la Terre se rétrécit dangereusement. Selon la FAO (Food and Agriculture Organization), en 1960, avec une population mondiale de 3,2 milliards, la surface moyenne de terre arable par habitant était de 0,32 hectare ; en 1997 avec 6 milliards d’hommes, le chiffre est tombé à 0,21 hectare ; en 2030 avec une prévision de 8,3 milliards d’humains, il restera 0,16 hectare de terre arable par personne. Peu, trop peu. Il serait temps de coloniser une autre planète pour planter nos blé dur, colza, tournesol, maïs, soja… Non, affirme la FAO, la Terre peut nourrir 9 milliard d’êtres humains.

En 1798, l’économiste britannique Thomas RobertMalthus dénonçait la folie des hommes à se reproduire trop du fait d’une limite agricole. À l’époque, la Terre comptait 950 millions d’habitants, dont une très grande majorité ne mangeait pas à sa faim. Aujourd’hui, nous sommes presque sept fois plus, et processionnellement le nombre de personnes qui meurent de faim est moindre.

Extrait du livre 100 tendances d’aujourd’hui pour demain, Dominique Cuvillier, Chêne

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