Le Livraire

Carnet de lecture

Le braconnier – Sylvia Plath

C’était un bastion de violence —
Me bâillonnant de mes cheveux,
Le vent dépenaillait ma voix, la mer
M’éblouissait, les vies des morts
Se déroulant dans sa lumière en huile.

Je subissais la malveillance des ajoncs,
Leurs piquants noirs,
Le chrême onctueux de leurs fleurs de cierge,
Leur force efficace et leur beauté vraie
Mais forcenées comme un supplice.

Un seul lieu d’accès.
Odorants, bouillants,
Les sentiers étroits rampaient vers la combe.
Et les collets s’effaçaient presque —
Zéros béants sur rien,

Tendus, autour de quel ventre en gésine.
L’absence de cris
Faisait un trou dans l’air brûlant, un vide,
Taillis reclus.

Ce fut comme un effort, une hâte immobile,
Des mains serrés autour d’un bol de thé,
Un cercle obtus, brutal, sur le blanc de la porcelaine.
C’est lui qu’elles attendaient, ces morts fragiles,
L’attendaient en fiancées, l’excitaient.

Et nous étions, lui, moi, liés aussi —
Fils de fer tirés entre nous,
Piquets trop enfoncés pour pouvoir s’arracher,
Esprit comme un anneau
Coulissant soudain sur un long corps souple
Et la contraction m’étranglant d’un coup.

Sylvia Plath,  Arbres d’hiver, traduction de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau, Poésie Gallimard, 1999

Une réponse à “Le braconnier – Sylvia Plath

  1. jean paul galibert vendredi 22 avril 2011 à 11:48

    j’aime vos ciels
    une certaine
    qualité
    du silence

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