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Ils l’ont laissée là – Alma Brami

Mercure de France
ISBN : 978-271-522-9327
Parution le 20 août 2009

alma_bramiQuatrième de couverture :
Deborah est prisonnière. Prisonnière de l’institut « spécialisé » où ses parents l’ont placée. Prisonnière des histoires qu’elle s’invente – à moins qu’il ne s’agisse de souvenirs. Prisonnière du monde des adultes qui ne la comprend pas et à qui elle ne peut parler. Au fil des pages, articulées comme une mystérieuse mosaïque, la terrible vérité va se révéler…
Staccato de phrases brèves, notes prises sur le vif de l’âme : après Sans elle, son premier roman, Alma Brami, vingt-quatre ans, continue de tisser des miniatures qui nous pénètrent, nous effraient, nous bouleversent, et finalement nous illuminent.

Mon avis :
La quatrième de couverture était prometteuse : à vue de nez, un roman abordant des sujets durs, voir tabous. Une narration maîtrisée qui aurait dévoilée peu à peu l’abominable réalité, des personnages que l’on aurait pu accompagner, partageant leurs tensions, leurs secrets.
Seulement il n’en est rien. Staccato de phrases brèves ou notes prises sur le vif de l’âme, autant de termes enjôleurs pour désigner une syntaxe réduite au minimum syndical, un découpage brouillon que le lecteur peine à relier. L’alternance entre les pensées de Deborah et la réalité est difficilement distinguable, si bien que l’on finit par se perdre au milieu d’une narration sans passé, sans présent, sans futur. L’exercice est certes délicat mais sans faire des comparaisons extrêmes, (je pense, au hasard, à Ulysse, chef-d’œuvre pour les uns, exercice pédant et ennuyeux pour d’autres, toujours est-il qu’il faut s’accrocher et accepter de se perdre dans la narration) ce roman aurait certainement gagné à être un peu plus structuré.

Les personnages sont cruellement ordinaires. Aucune compassion pour Deborah ne vient nous perturber, elle est fermée au lecteur comme elle l’est aux médecins et à sa famille. La mère a quelque chose de répugnant, d’agaçant, une sorte de grosse bonne femme aux t-shirts de couleurs criardes et sentant le graillon, personnage envers lequel on devrait sans doute éprouver quelque chose, mais quoi ? Quant au père et à la sœur, ils viennent compléter ce tableau de la banalité, du quotidien abrutissant et grisâtre dans lequel on a envie de les laisser tous moisir. La grande difficulté avec des personnages ordinaires, c’est d’arriver à faire passer cette banalité sans qu’elle n’éclabousse tout le récit. Ces personnages n’étant pas des personnes (malheureusement il y sans aucun doute des familles vivant le même genre de situation) le ressenti est tout à fait différent.
Tout comme on ne compatit pas devant la petite Lolita, on reste de marbre devant la tragédie que cette famille traverse, mais pas pour les mêmes raisons. Le roman de Nabokov présente à notre « moi-lecteur » un schéma que ce « moi-lecteur » admet ou refuse, mais non sans réactions. Ce qu’Alma Brami nous présente ne parvient pas à réveiller ce même « moi ».
Réveiller les spectres de l’inceste et de l’enfance brisée ne suffit pas pour faire un bon roman et émouvoir un lectorat, il faut que le contenu suive, ce qui n’est pas le cas de ce livre que l’on a envie de laisser là.

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Des vents contraires – Olivier Adam

ISBN : 978-2879296463

vents_contrairesRésumé (quatrième de couverture) :
Depuis que sa femme a disparu sans jamais faire signe, Paul Andersen vit seul avec ses deux jeunes enfants. Mais une année s’est écoulée, une année où chaque jour était à réinventer, et Paul est épuisé. Il espère faire peau neuve par la grâce d’un retour aux sources et s’installe alors à Saint-Malo, la ville de son enfance. Mais qui est donc Paul Andersen ? Un père qui, pour sauver le monde aux yeux de ses enfants, doit lutter sans cesse avec sa propre inquiétude et contrer, avec une infinie tendresse, les menaces qui pèsent sur leur vie. Dans ce livre lumineux aux paysages balayés par les vents océaniques, Olivier Adam impose avec une évidence tranquille sa puissance romanesque et son sens de la fraternité.

Mon avis :
Vide. Creux. En fait, le mot exact serait un silence. Je ne pense absolument rien de ce roman, à part pour penser au gâchis de papier. Ce roman réalise une performance : réunir en un seul livre tout ce que je reproche à une bonne part de la littérature française actuelle. Du pathos, une gentille petite famille brisée avec de pauvres innocents qui se débattent face au vilain monde banal et cruel, une peinture de la société grisâtre et ordinaire, un héros ballotté ni moche ni beau -qu’il retourne plutôt se brosser les dents- qui couchaille avec Madame Tout Le Monde pour surmonter son chagrin -post-coïtum, animal triste- mais qui a bon coeur dans le fond, contrairement aux gens heureux. Quelques mots grossiers, quelques phrases vaguement crues, histoire de se la jouer Henri Miller sans choquer la trentenaire habillée en Camaïeu ou Monsieur qui part travailler le matin, en scooter, son blouson Célio sur dos. C’est plat, on s’appelle Paul, Manon, Sarah, Justine. Le décor -ah oui, la Bretagne, la sacro-sainte Bretagne, le fantasme ultime du banlieusard dépressif ou du breton qui rêve d’y retourner ouvrir une chambre d’hôte. On a froid, un froid insidieux, l’ennui mortel qui glace les doigts du lecteur. Le livre à deux doigts de tomber des mains. Heureusement, c’est pas le niveau de langue qui nous empêche de sauter quelques pages et de lire la fin en diagonale histoire de savoir si, oui ou non, on sait pourquoi sa femme est partie. On l’apprend, et honnêtement, tout ce qui m’est venu à l’esprit c’est « pas trop tôt ».
Bref, si vous avez une nuit à tuer ou vingt euros à jeter, vous pouvez lire Des Vents contraires. La volonté de rester correcte m’empêchant de vous donnez d’autres conseils. Pas le genre d’ouvrages qui va m’inciter à revenir vers la littérature française contemporaine. Consensuelle, masturbatoire, prévisible, moralisatrice, molle, pas deux sous de poésie, d’écriture. Les chiens écrasés du Parisien mis en roman. Merveilleux….

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Chant Funèbre – W.H Auden

Traduction de Gérard-Georges Lemaire. In Anthologie bilingue de la poésie anglaise, Gallimard, collection Pléiade.

Arrêtez les horloges, coupez le téléphone,
Jetez un os juteux au chien pour qu’il cesse d’aboyer,
Faites taire les pianos et avec un tambour étouffé
Sortez le cercueil, faites entrer les pleureuses.

Que les avions tournent en gémissant au-dessus de nos têtes
Griffonnant dans le ciel ce message : Il Est Mort,
Nouez du crêpe au cou blanc des pigeons,
Donnez des gants de coton noir à l’agent de la circulation…

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et Ouest,
Mon travail, mon repos,
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant;
Je pensais que l’amour durerait pour toujours : j’avais tort.

On ne veut plus d’étoiles désormais; éteignez les toutes ;
Emballez la lune et démontez le soleil,
Videz l’océan et balayez les bois;
Car rien maintenant ne vaut plus la peine.

La seconde version est celle qui (dit-on, je n’ai jamais vu le film en entier) est entendue dans Quatre mariages et un enterrement

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Empêchez le chien d’aboyer pour l’os que je lui donne,
Faites taire les pianos et sans roulement de tambour,
Sortez le cercueil avant la fin du jour.

Que les avions qui hurlent au dehors
Dessinent dans le ciel ces trois mots : Il Est Mort,
Nouez voiles noirs aux colonnes des édifices,
Gantez de noir les mains des agents de police.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon dimanche de sieste,
Mon midi, mon minuit, ma parole, ma chanson,
Je croyais que l’Amour jamais ne finirait : j’avais tort.

Que les étoiles se retirent ; qu’on les balaye ;
Démontez la lune et le soleil,
Videz l’océan et arrachez la forêt ;
Car rien de bon ne peut advenir désormais.

*****

Maintenant la minute de vérité. Je déteste ce poème (tout en trouvant la seconde version beaucoup plus jolie que la première), et d’une manière plus générale, je n’aime pas du tout Auden. Je le trouve tiède et mou. Ce poème m’agace, cette espèce de pseudo-emphase que l’on veut universelle, cette empressement à beugler son chagrin comme les petits vieux qui racontent leurs problèmes dans la file de la boulangerie. Une accumulation de clichés, de lieux communs, de jérémiades agaçantes et terriblement triviales. Oui, la mort est triviale, brutale, quotidienne et implacable et la vie ne fera pas de survivant, mais le chagrin expansif et intarissable s’accorde mal à mes yeux avec l’environnement citadin, avec la Vie Quotidienne, du moins pas en le crachant comme une glaire jaunâtre qui proclame « Il est mort c’est la fin du monde ». Pleure ou ne pleure pas. Soit stoïque ou ne le soit pas. Partage ton chagrin ou garde-le pour toi, au final, peu importe.
A la lecture de ce texte, il y a cette envie irrésistible de dire : « oui il est mort, oui c’est triste, mais non, malheureusement pour toi, pour vous, le monde ne s’arrête jamais de tourner. Il n’y aura pas d’aube, tous les empires tombent à la fin et c’est nu et sans linceul que le roi est porté en terre. » C’est tragique -ceci dit sans aucune ironie- mais c’est aux vivants de continuer à vivre, et à lire ces vers, j’ai l’impression de voir un homme d’âge mûr se rouler par terre en gémissant parce qu’il refuse la Mort. Une mascarade, un enterrement de vaudeville.

Non pas que je sois insensible devant le chagrin d’autrui, encore moins que je ne sache pas ce qu’est la mort de l’Autre, du Proche, du Moins Proche. La mort vécue, la mort attendue, la mort redoutée. Je préférerais ne pas le savoir, mais les choses étant ce qu’elles sont, je le sais. Donc, je parle en connaissance de cause, avec ma sensibilité tout à fait subjective et qui n’est pas exempt d’un certain cynisme, voir d’une certaine brutalité : non, je n’aime pas ce poème. Je préfère, et c’est mon droit le plus stricte, comme vous avez le droit de ne pas être du tout d’accord avec moi, une certaine retenue, une certaine mise en forme, une certaine transposition (les grandes douleurs sont muettes). Peut-être l’absence totale de spiritualité et l’antagonisme entre ma manière de considérer la vie, l’amour, la mort rendent totalement incompatible ce Chant Funèbre et mes préférences littéraires. Je n’en sais rien, c’est probable comme cela pourrait ne pas l’être.

Vous vous demanderez peut-être pourquoi parler, pourquoi citer un texte si je ne l’aime pas ? Parce qu’en matière de littérature, parler de ce que l’on aime, de ce qui nous touche, le faire partager, le transmettre est important, mais dire ce que l’on aime pas, et plus encore pour quelles raisons tel livre, tel poème nous est complètement hermétique est aussi très intéressant, enrichissant. D’une part parce que la négation, le rejet d’une chose suscite immédiatement plus de réactions qu’une appréciation et permet donc d’engendrer des débats, de confronter différents points de vues, d’échanger avec ses lecteurs, mais aussi parce qu’une personne se définit par ce qu’elle aime, mais aussi par ce qu’elle n’aime pas.

[édit : Cet article suscitant visiblement certaines réactions exagérées, je vous invite à relire la petite précision au sujet des commentaires ici. En cas de commentaire insultant, je rappelle que votre IP sera enregistrée et bannie.
J’ai le droit de ne pas aimer Auden. Du tout. Vous avez le droit de ne pas être d’accord avec moi… en restant courtois. Dans le cas contraire, abstenez-vous.]

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Le grand livre – Connie Willis

Prix Hugo 1993
Edition J’ai Lu, 1994
Traduction Jean-Pierre Pugi

grand_livreRésumé (quatrième de couverture) :
Quoi de plus naturel, au XXIème siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Âge.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin; l’archéologue Lupe Montoya; le docteur Ahrens; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et trop inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…

Mon avis :
Le résumé était prometteur : un voyage dans le temps et une ambiance médiévale, c’était alléchant… mais ce livre ne tient pas ses promesses. Le début est accrocheur, la double narration démarre bien. Les descriptions de l’arrivée de Krivin, des premières difficultés rencontrées contribuent à maintenir un certain suspens. Malheureusement, tout tombe à plat. L’action stagne, il ne se passe strictement rien. Aucune indication nouvelle, aucune progression, on décroche.
Une rapide lecture des dernières pages du roman m’a permit de confirmer mon intuition : non, ca n’est pas un démarrage en longueur, il ne se passe strictement RIEN. Dommage.

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Années d’enfance – Jona Oberski

Années d’enfance
Jona Oberski
Gallimard, 1993
ISBN : 2-07-056882-2

Quatrième de couverture :
Il a six ans. Né en Hollande, fils de réfugié allemands, il est juif. En cette année 1943, nul pays d’Europe ne peut lui être une patrie ou un refuge, mais il ne le sait pas encore. Il ignore tout de la guerre, il sait à peine qu’elle bouleverse sa vie. Arrêté avec ses parents et déporté au camp de Westerbork, puis à Bergen-Belsen, il raconte avec ses mots innocents l’horreur quotidienne, les espoirs fous des déportés, bercés par leurs bourreaux de l’illusion d’un départ vers la Palestine, la mort lente de son père, les jeux cruels des enfants au milieu des charniers, l’agonie de sa mère qui bascule dans la folie après sa libération.
Sans révolte apparente – il accepte le camp comme la seule réalité qui lui soit offerte – il nous permet, à travers ses yeux d’enfant, de prendre la mesure de l’insupportable.

Pourquoi je n’ai pas accroché :
La narration est totalement décousue, plate et incompréhensible. Les premières pages sont cohérentes, puis on est très vite perdu entre les différents tableaux du récit. Est-ce un retour en arrière ? Une extrapolation ? Aborder le thème de la déportation de manière pure et enfantine, – puisque le récit est raconté à travers les yeux d’un enfant – est une excellente idée, mais en l’occurrence dans ce cas précis, l’absence total de repère spatial et temporel n’aide pas à entrer dans le texte. L’inclusion d’anecdotes, de souvenirs comme celui de l’arlequin égarent encore un peu plus.

J’ai décroché très vite et n’ai pas dépassé la page 25 (le livre fait 150 pages). En feuilletant rapidement et en lisant en diagonale, j’ai remarqué que par la suite, le récit devenait plus fluide, plus compréhensible au fur et à mesure de l’enchaînement des événements. Je suppose qu’une fois dépassé l’écueil des cinquante premières pages, c’est un livre très émouvant et très intéressant, mais je n’ai pas eu envie de poursuivre ma lecture.

J’avais emprunté cet ouvrage en me rappelant un titre que j’avais lu durant mes années de collège et qui s’intitulait Voyage à Pitchipoï, de Jean-Claude Moscovici, mais à la différence de ce dernier, je n’ai pas accroché avec Années d’enfance.