Le Livraire

Carnet de lecture

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Enigme – Ted Hughes

Énigme

Qui suis-je ?

De même que tu es mon père
Je suis ton épousée

De même que tes paroles s’aiguisaient
Mon silence s’amplifia

Alors que tu accordais ton rire
Ma bouche étirait en son mutisme

Alors que tu choisis ta direction
Je fus déchiquetée et trainée

Alors que tu te défendais
C’est moi qui recueillis tous les coups, je fus frappée et repoussée

Alors que tu esquivais
Je reçus tout de plein fouet

Alors que tu attaquais
J’étais sous tes pieds

Alors que tu sauvais ta personne
J’étais perdue

Quand tu arrivas démuni
Je rassemblai tout ce que tu avais et renonçais à toi

Maintenant que tu affrontes ta mort
Je t’offre la vie

Aussi sûrement que tu es mon père
Je te confierai

Mon premier-né
En un monde transformé, immuable
De vent et de soleil, de roc et d’eau
Pour pleurer.

* * *

A Riddle

Who Am I ?

Just as you are my father
I am your bride.

As your speech sharpened
My silence widened.

As your laughter fitted itself
My dumbness streched its mouth wider

As you chose your direction
I was torn up and dragged

As you defended yourself
I collected your blows, I was knocked backward

As you dodged
I received in full

As you attacked
I was beneath your feet

As you saved yourself
I was lost

When you arrived empty
I gathered up all you had and forsook you

Now as you face your death
I offer you your life

Just as surely as you are my father
I shall deliver you

My firstborn
Into a changed, unchangeable world
Of wind and of sun, of rock and water
To cry.

Ted Hughes – Cave Birds, La Différence, 1991, traduit de l’anglais par Janine Mitaud

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Le diable déguisé en belette – Sylvia Townsend Warner

Joëlle Losfeld
Traduit de l’anglais par Anne Rabinovitch

Titre original : The Corner that Held Them
ISBN :
978-2-909-906-690

Le diable déguisé en belette

Le diable déguisé en belette (écrit en 1948) est un livre épuisé depuis un moment et qui, mis à part en bibliothèque, est complètement introuvable. C’est grâce à la gentillesse d’une personne m’ayant prêté son exemplaire que j’ai pu avoir la chance de le lire, souhaitant lire d’autres romans de Sylvia Townsend Warner après ma lecture très enthousiaste de Laura Willowes.

S’ouvrant par l’assassinat d’un amant et le meurtre d’une vieille servante dans la région du Norfolk, à la fin du XIIème siècle, ce roman est une œuvre prodigieuse. L’histoire proprement dite commence deux siècle plus tard, lorsque le Seigneur cocufié, Brian de Retteville, fait construire le couvent d’Oby en mémoire de sa femme Alianor, lieu où se déroule la majeure partie de l’action.
Dés le départ, les difficultés surgissent, l’environnement est hostile, l’argent manque, la nourriture est rare et les bras ne se bousculent pas pour aider les nonnes. Plus tard, ce sera l’épidémie de peste, longue et meurtrière, et, poussée par l’épidémie, profitant d’une opportunité du destin -ou du diable- un dénommé Ralph se présente sous le visage d’un prêtre à Oby. Il n’en est cependant pas un, mais ses rudiments de latin et surtout la place vacante, lui permettent de donner le change.
Dieu est à la fois le grand prétexte et le grand absent de l’histoire. S’il est craint et continuellement évoqué, la foi pure, le mysticisme est radicalement oublié de tous. Les évêques sont là pour faire appliquer les dogmes et régler les querelles financières, les nonnes se chamaillent, se font la guerre pour des prétextes stériles, obnubilées par les questions matérielles, par l’égo, et les bruits du siècle quand elles sont censées vivre hors de ce monde auxquelles elles ont renoncées -mais rarement par choix. La plupart sont données à l’Église par leurs familles, envoyées par des couvents comptant des pensionnaires en surnombre, ou laissées pour compte dans une époque impitoyable. Le père Ralph n’est ni meilleurs ni pire qu’elles.  Au dehors, le monde est un vaste chaos de guerre, de pillage, de meurtre, de massacre.
Presque imperceptiblement, l’époque évolue. Le roman court sur une période allant de 1349 à 1382, et les religieuses se succèdent. Sœur Ursula et son fils bâtard élevé au couvent qui partira en volant le cheval et les épices, Sœur Susanna, écrasée par l’aiguille de la chapelle, la vieille Figg, veuve, pensionnaire au couvent et à l’occasion, compagne de lit du père Ralph, Sœur Adela, belle et stupide qui fera une chose terrible, Sœur Lovisa au visage ravagé par la scrofule qui finira en disgrâce malgré son intelligence.

C’est une fresque historique à l’ironie mordante, à la plume acérée et attentive que peint ici Sylvia Townsend Warner à travers une galerie de personnages aussi monstrueux que fascinant. C’est le quotidien âpre et les relents odieux des affaires humaines fixés par une écriture d’une extraordinaire et cruelle précision. Sans cesse, l’esprit des gens pourchasse ce Diable qu’ils semblent voir partout, le débusquant dans le rire d’une novice, dans une sucrerie ou dans ces nouveaux accords de musiques. Ce Diable qui, malgré ce que le titre laisse entendre, est aussi le grand absent du livre, contrairement à la folie et à la vacuité des hommes qui ruine impitoyablement la moindre entreprise.

Musicienne et écrivain, Sylvia Townsend Warner (1893-1978) fut membre du parti communiste à la fin des années 30, et journaliste dans l’Espagne républicaine. Ses premiers poèmes furent admirés par Yeats et certains la comparèrent à Thomas Hardy; elle-même fut influencée par T.F. Powys et par David Garnett. Son premier roman, [Laura Willowes] fut publié en 1926.

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Laura Willowes – Sylvia Townsend Warner (extraits)

— Voilà. Lorsque je pense aux sorcières, j’ai l’impression de voir dans toute l’Angleterre et dans toute l’Europe des femmes qui vivent et vieillissent, aussi nombreuses que des myrtilles et aussi ignorées. Je les vois, femmes ou sœurs d’hommes respectables, membres de la paroisse, forgerons, petits agriculteurs et puritains. Dans des endroits comme le Bedfordshire, le genre de régions que l’on traverse en train. Vous voyez. Eh bien voilà, c’est là qu’elles étaient, là qu’elles sont toujours : elles élèvent leurs enfants, elles s’occupent de leur maison, elles étendent les torchons mouillés sur les groseillers ; et pour toute distraction, elles ont leurs bavardages stupides, elles écoutent les hommes parler entre eux, à la façon dont les hommes parlent et les femmes écoutent. C’est très différent de la façon dont les femmes parlent et les hommes écoutent, si seulement ils écoutent. Et à mesure que le temps passe, elles s’enfoncent plus profondément dans la grisaille alors que s’il est une chose que les femmes détestent, c’est qu’on les trouve ternes. Et le dimanche, elles enfilent des robes simples et sobres et se couvrent la tête et le cou de coiffes blanches et empesées – c’est ce que faisaient les puritaines – et elles se rendent à la chapelle à travers champs pour écouter le sermon. Le péché, la grâce, Dieu et – (Laura s’arrêta juste à temps), et Saint Paul. Il s’agit toujours d’affaires d’hommes comme la politique et les mathématiques. Pour les femmes, rien, sinon la soumission et la nécessite de tresser leurs cheveux. Et sur le chemin du retour, elles écoutent encore d’autres discours. Des discours sur le sermon, ou sur la guerre, ou sur les combats de coqs ; et lorsqu’elles arrivent chez elles, il faut mettre les pommes de terre à cuire pour le dîner. Il peut paraître mesquin de s’en plaindre, mais croyez-moi, ce genre de choses s’abat sur vous comme une fine poussière, et petit à petit, cette poussière, c’est la vieillesse qui s’installe. Qui s’installe ! Vous ne mourrez jamais, vous ? C’est incontestablement bien pire, mais il y a dans cette façon de s’intaller, jour après jour, une sorte d’immortalité affreusement morne. Et ces femmes pensent à leur jeunesse, et elles voient de nouvelles jeunes femmes, exactement semblables à ce qu’elles étaient, et pourtant aussi étonnantes que si rien de pareil n’avait existé auparavant, comme les arbres au printemps. Mais elles, elles sont comme les arbres vers la fin de l’été, lourdes et poussiéreuses, et personne ne s’étonne de leurs feuilles, ni ne les remarque jusqu’à ce qu’elles tombent. Si elles pouvaient rester passives et ignorées, cela n’aurait pas d’importance. Mais il faut qu’elles soient encore actives, et tout de mêmes ignorées. Faire, faire, faire jusqu’à ce que la simple habitude les houspille comme une maîtresse de maison et les secoue – alors qu’elles pourraient être tranquillement assises sur le pas de leur porte – pour qu’elles s’activent encore !

[…]

— Est-il vrai qu’il est possible de tisonner le feu avec un bâton de dynamite sans le moindre risque ? Autrefois, j’emmenais mes nièces à des conférences scientifiques, et je crois que c’est là que j’ai entendu cette histoire. En tout cas, si ce n’est vrai de la dynamite, c’est vrai des femmes. Elles savent qu’elles sont de la dynamite et elles attendent avec impatience le choc qui va donner un sens à leur vie. Certaines se réfugient dans la religion, et je suppose qu’elles y trouvent leur compte. Mais pour les autres, pour tant d’autres, que peut-il y avoir sinon la sorcellerie ? C’est ce qui leur donne leur réalité. Même si les autres les trouvent toujours tout à fait normales et sans danger et continuent à jouer avec le feu, elles savent au fond d’elles-mêmes à quel point elles sont dangereuses, imprévisibles et extraordinaires. Même si elles n’utilisent jamais la sorcellerie, elles savent qu’elle est là – à portée de main ! Les femmes respectables de la campagne cachent leurs vêtements funèbres dans un coin de la commode, et lorsqu’elles ont besoin d’un peu de réconfort, elles vont les regarder, et elles se disent que, quoi qu’il arrive, une fois encore elles auront l’honneur d’être habillées avec soin. La sorcière, elle, conserve son manteau de ténèbres, sa robe brodée de signes et de planètes ; c’est bien plus intéressant à contempler. Et songez, Satan, au compliment que vous lui faites en pourchassant son âme, en la guettant, en la suivant dans tous ses méandres, rusé, patient, et secret, comme un noble gentilhomme chassant le tigre. Son âme – alors que personne n’accorde le moindre regard à son corps ! Ils la connaissent si bien, ils sont si sûrs d’elle. Ils disent : « Chère Lolly ! Qu’allons-nous lui offrir cette année pour son anniversaire ? Peut-être une bouillotte ? Et si on lui donnait un beau foulard en dentelle noire ? Ou une nouvelle boîte à ouvrage ? L’ancienne est bien usée. » Alors que vous dites : « Viens ici, mon oiseau ! Je te donnerai la dangereuse nuit noire pour y étendre tes ailes, et des baies vénéneuses pour que tu les manges, et un nid d’os et d’épines, dangereusement perché, là où nul ne peut l’atteindre. » Voilà pourquoi nous devenons sorcières : pour montrer notre mépris pour l’idée que la vie est une affaire raisonnable, pour satisfaire notre soif d’aventure. Ce n’est pas de la malice, ni de la méchanceté – enfin, peut-être est-ce de la méchanceté ; car la plupart des femmes aiment ça – mais certainement pas de la malice : nous ne devenons pas sorcières pour tourmenter le bétail ni pour faire vomir des épingles à d’horribles enfants, ni pour – comment dit-on ? – « briser la vie conjugale ». Bien sûr, en ayant ce pouvoir, on peut se laisser tenter par ce genre de choses, soit pour se défendre, soit tout simplement par jeu. Mais la magie noire est une misérable sorcellerie de cuisine, sans aucune valeur, et la magie blanche ne vaut pas mieux. On ne devient pas sorcière pour courir à droite et à gauche en faisant tout le mal possible, pas plus que pour faire le bien, comme un voyageur de commerce sur un manche à balai. C’est au contraire pour échapper à tout cela – pour mener sa propre vie, et non plus une existence parcimonieusement accordée par les autres, pour ne plus se contenter du trop-plein charitable de leurs pensées, tant de tranches de vie rassise par jour, tout comme le régime des asiles de pauvres qui est scientifiquement calculé pour maintenir la vie.

Sylvia Townsend Warner, Laura Willowes, Joelle Losfeld, 2007, pages 202 à 206

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Plus jamais d’invités ! – Vita Sackville-West

Traduit de l’anglais par Micha Venaille
Autrement
ISBN : 978 – 2 – 746 – 710 – 160
Titre original : Easter Party

Présentation de l’éditeur :
Rose et Walter forment un couple d’âge mûr jouissant de tout le confort et de toute la respectabilité de la très bonne société anglaise. Leur union, cependant, n’a jamais été consommée. Rose se consume d’amour pour un mari froid qui lui préfère… son chien. À l’instigation de Rose, sa femme, Walter Mortibois invite son frère, sa belle-sœur, son fils, ainsi qu’une lady Juliet quelque peu excentrique, à passer le week-end dans leur demeure d’Anstey. Walter préfèrerait rester en compagnie de Svend, son berger allemand adoré, plutôt que de fréquenter ce microcosme d’invités légèrement ridicules, qu’il domine de sa stature d’avocat riche et estimé. D’ailleurs, il ne souhaite pas davantage partager l’intimité de sa femme, malgré les efforts désespérés de Rose, dévouée et obstinément amoureuse…
C’est cette relation, ainsi que les petits travers et préoccupations égoïstes des invités, que met implacablement en scène, et cependant avec légèreté, la plume mordante de Vita Sackville-West. Mais tout n’est pas perdu, deux tragédies vont (enfin) leur permettre de se rapprocher, vont miner les défenses de Walter et lui donner, au fond, une leçon d’humanité.

Mon avis :
De Vita Sackville-West, je connaissais la relation qu’elle entretint avec Virginia Woolf et l’influence qu’elle eût sur elle. Cette dernière s’inspira de son amie pour écrire Orlando. Publié au Royaume-Unis en 1953, Plus jamais d’invités a été traduit en français en 2007 par les éditions Autrement, mais il semblerait que la première traduction en français ait été réalisée par les éditions Salvy.
Le bilan de cette première lecture de l’œuvre de Sackville-West est plutôt mitigé. Je n’ai pas réussi à déterminer si c’est le contexte de l’action, l’époque ou l’écriture (la traduction ?) même qui en est la cause -probablement un mélange des trois- mais j’en garde une sensation de froideur et de superficialité lénifiante, on reste à la surface des sentiments mais sans toutefois les pénétrer tout à fait.
Il manque indéniablement quelque chose : les dialogues sont nombreux, bien construits, les différents ressorts des deux drames qui aboutiront à la réconciliation de Rose et Walter sont travaillés, fins… mais ca ne prend pas. Peu importe le fait que cette réconciliation finale au bout d’une vingtaine d’années de vie commune paraisse peu plausible, un roman n’est pas une étude sociologique ou une démonstration mathématique, du moment que les ficelles qui nouent l’intrigue ne soient ni trop grossières ni trop soudaines, en tant que lecteur, on peut admettre beaucoup. Ce qui pèche, c’est davantage un manque de foi, une absence de tension, d’empathie pour les protagonistes. Que les masques se fissurent et que les apparences tombent, on n’en a cure. Le roman se lit machinalement, et l’on attend en vain une minuscule étincelle qui justifie la savante construction.
Cependant, il faut reconnaître cette parfaite adéquation entre cette écriture, presque théâtrale dans sa précision, dans son déroulement et avec le milieu de la haute bourgeoisie anglaise des années 50 au sein de laquelle se passe le roman.

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Meurtres entre soeurs – Willa Marsh

Autrement (9/9/2009)
ISBN : 978-2-7467-1320-8
Traduit de l’anglais par Danielle Wargny
Titre original : Sisters Under the Skin

Quatrième de couverture :
« – Ecoute-moi bien ! Essaie de te souvenir de l’état dans lequel nous étions lorsque nous avons essayé de la tuer.
D’accord, nous étions gamines, mais suffisamment ulcérées pour souhaiter sa mort. Réfléchis. Rappelle-toi… – Tu as raison. Je la jalousais. Mo et Pa étaient en adoration devant elle. Elle leur appartenait à tous les deux comme ça n’avait jamais été le cas pour nous. Je me sentais tellement envieuse. Envieuse lorsqu’elle grimpait dans leur lit et se coulait entre eux, le plus naturellement du monde. J’adorais Pa, mais je n’aurais pas osé faire ça.
J’avais l’impression qu’ils l’aimaient davantage, simplement parce que c’était leur enfant à tous les deux. » Olivia et Emily, demi-sœurs, vivent une enfance heureuse dans l’Angleterre des années 1950. Jusqu’au jour où Mo et Pa font un troisième enfant : Rosie, la petite princesse, leur préférée. Qui se révèle particulièrement odieuse. Grâce à de faux scandales, Rosie parvient à empoisonner l’existence de toute la famille, poussant Olivia et Emily dans leurs derniers retranchements.
Comment s’en débarrasser ? Coups bas, manipulations en tous genres, vengeances : ici, on ne se fait pas de cadeaux… Impossible de s’ennuyer à la lecture de ce roman savoureux, au goût acide, qui nous entraîne dans les méandres d’une intrigue tortueuse en compagnie d’héroïnes aussi cyniques que déjantées. Un festival d’humour noir!

Mon avis :
Publié très discrètement au début du mois de septembre en France Meurtres entre sœurs est pourtant un excellent roman qui mérite largement le détour.
Les éditions Autrement ne font pas beaucoup parler d’elles mais à chaque fois que j’ai l’occasion de lire une de leurs publications -pour l’instant uniquement dans le domaine de la littérature étrangère- je suis enchantée par l’originalité, la pertinence et la finesse de ces ouvrages, contrairement à d’autres éditeurs -que je ne citerais pas-, plus connus et souvent plus appréciés, qui se diluent peu à peu, se reposant trop sur des acquis. Nous verrons comment cet avis évoluera avec le temps, mais pour l’instant…

Bien que sa parution en français soit récente, ce roman a été publié pour la première fois en 1996. L’histoire est d’une simplicité pratiquement déconcertante : juste après la Seconde Guerre Mondiale, un veuf et une veuve, chacun ayant eu une fille, se remarie. Les deux fillettes, d’abord en bisbille apprennent à se connaître et à s’apprécier, jusqu’au jour où Rosie voit le jour. Rosie, l’enfant chérie du couple, la demi-soeur d’Emily et d’Olivia. Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, elle induit en erreur, peut-être même est-ce le but. Car Rosie, sous ses jolies boucles blondes et ses grands sourires va s’avérer être une véritable ordure, un as de la manipulation qui sait comme personne interpréter le vieil adage « Diviser pour mieux régner ».
Toute la cruauté, la saveur de l’intrigue repose sur le style éblouissant de Willa Marsh, qui n’est pas sans évoquer celui de John Cheever, cette description des comportements et des motivations des humains, et l’étrange paradoxe qui les accompagnes bien des fois. On reste sans voix devant l’humour noir et les réparties grinçantes de certaines scènes. La narration, bien que simple, n’en est pas moins impeccablement maîtrisée, le livre s’ouvrant sur la scène finale, avec un léger décallage, les innocents ne sont pas ceux qu’on croit, et il n’y a pas de deus ex machina pour réparer les dégats. Je n’en dirais pas plus sur la fin pour vous laisser tout le plaisir de la découverte, du suspens et de la colère.

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