Le Livraire

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Et qu’advienne le chaos – Hadrien Klent

Attila
ISBN : 978-2-917084-18-2

etquadviennelechaosQuatrième de couverture :
Une découverte scientifique aussi révolutionnaire que la théorie de la relativité.
Un chercheur misanthrope qui voudrait être le dernier des hommes. Un psychanalyste qui lèche les choses pour vérifier qu’elles existent. Un tueur à gages qui pratique le relativisme culturel. Une Mexicaine prise au piège de ses yeux. Un dentiste qui raffole des mâchoires de Staline. Un magicien qui s’évapore. Et un couple improvisé qui, dans ce chaos naissant, va tenter de sauver l’humanité. Dans une tension cinématographique, Et qu’advienne le chaos multiplie les rythmes et les histoires.

Mon avis :
Derrière une quatrième de couverture qui peut s’avérer déconcertante, se cache un roman entraînant, à mi-chemin entre la science-fiction et le policier (si tant est qu’il faille absolument classer les livres).

L’histoire est écrite avec un style précis et nerveux où chaque détail a son importance, agissant  comme des didascalies, alternant une multitude de volets aux époques, personnages et lieux distincts.
Si l’intrigue en elle-même peut être réduite à une équation très simple : un homme veut éliminer tous les autres, qui va l’en empêcher ? tout le brio de ce roman repose sur cette surprenante théorie scientifique brillamment développée au fil des pages (la théorie des calques) et sur le subtil traitement des personnages et de leurs sentiments. Loin de cette mode qui consiste à utiliser une fin ouverte et à laisser le lecteur imaginer la fin qu’il désire, Hadrien Klent va jusqu’au bout de ses théories et dénoue toutes les tensions qui sont venues s’ajouter les unes aux autres (même s’il est vrai qu’on aimerait en savoir un peu plus sur le devenir de certains personnages).

On peut éventuellement lui reprocher l’utilisation d’un fameux couple qui, hop miraculeusement se forme et veut sauver le monde, mais en même temps à mes yeux, le propre d’un roman n’est pas de nous présenter quelque chose qui soit la copie conforme du quotidien, et en tant que lecteur, on peut accepter de partir d’une réalité  R pour arriver à une réalité de  fiction, c’est-à-dire quelque chose comme R+1. L’important n’étant pas vraiment la formation ex-nihilo de ce couple, mais plutôt le fait qu’il agisse avec cohésion par rapport à l’histoire, ce qui est le cas.

En parallèle avec cette mort annoncée de l’humanité, la pièce de Shakespeare Timon d’Athènes résonne comme un écho. Régulièrement citée en exergue des différentes parties du roman et au cours de certains dialogues, la pièce raconte le destin de Timon, riche athénien qui organise de fastueux banquets pour ses amis jusqu’au jour où, ruiné, il les voit se détourner de lui. Il se retire alors à l’écart du monde et devient profondément misanthrope.

Roman à l’intrigue prenante et à l’écriture vive, Et qu’advienne le chaos est un livre étonnant.

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Les derniers jours de Stefan Zweig – Laurent Seksik

Flammarion
ISBN : 978-2-08-123189-4

les_derniers_jours_de_stefan_zweigQuatrième de couverture :
Le 22 février 1942, exilé à Pétropolis, Stefan Zweig met fin à ses jours avec sa femme, Lotte.
Le geste désespéré du grand humaniste n’a cessé, depuis, de fasciner et d’émouvoir. Mêlant le réel et la fiction, ce roman restitue les six derniers mois d’une vie, de la nostalgie des fastes de Vienne à l’appel des ténèbres. Après la fuite d’Autriche, après l’Angleterre et les États-Unis, le couple croit fouler au Brésil une terre d’avenir. Mais l’épouvante de la guerre emportera les deux êtres dans la tourmente – Lotte, éprise jusqu’au sacrifice ultime, et Zweig, inconsolable témoin, vagabond de l’absolu.

Mon avis :
Ma lecture enthousiaste du livre de Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier, m’a incitée à poursuivre mes explorations dans le domaine des biographies romancées. Si je connais relativement bien Sylvia Plath et Ted Hughes, je n’entends rien à Stefan Zweig que je ne connais que de nom. Sa vie ne m’est pas étrangère, mais n’ayant jamais lu aucun de ses romans, je n’ai qu’une vision superficielle et extérieure de son œuvre. Ayant décidée de combler un jour ou l’autre cette pitoyable lacune, la parution du livre de Laurent Seksik ne pouvait pas mieux tomber, offrant une entrée en la matière originale et plus générale que le choix -parfois un peu arbitraire- d’un roman choisi parmi d’autres.

Le bilan de cette lecture est malheureusement assez mitigé ; s’il ne fait absolument aucun doute que ce roman est superbement écrit et documenté et que l’auteur a réalisé un travail admirable, je n’ai pas du tout accroché. Tout au long de ma lecture, j’ai attendu de ressentir cette fièvre obsessionnelle qui se développe invariablement lorsqu’un sujet m’accroche et ne me lâche plus et dont les symptômes sont reconnaissables : multiples recherches internet, sélection draconienne d’ouvrages, questions incessantes à toute personne susceptible de m’en dire plus et omniprésence du sujet dans la moindre conversation.
Cet avis est tout à fait subjectif et ne remet pas en cause la qualité du roman, puisque ce n’est pas un manque au niveau de la forme, mais au niveau du fond : cette plongée dans les derniers mois de la vie de Zweig et de sa seconde épouse n’a rien éveillé en moi.
Par un effet que je qualifie volontiers de pervers, le fait de ne ressentir aucun intérêt à la lecture de ce roman ne m’incite pas du tout à aller lire les ouvrages de Zweig. Pourquoi effet pervers ? Parce qu’intellectuellement, je considère que se baser sur la vie d’un écrivain pour analyser son œuvre, comme le faisait Sainte-Beuve, est loin de toujours donner un éclairage supplémentaire à l’œuvre, mais peut conduire à des contresens plus ou moins importants  et à donner une idée fausse de son œuvre. A fortiori quand il s’agit d’une biographie romancée, donc un ouvrage qui reste apparenté à de la fiction.

Ceci étant, si les lectures éventuelles de Zweig sont, pour moi, remises à une date ultérieure, il est très probable que d’autres au contraire soient enchantés par cette lecture et désirent par la suite (re)découvrir les ouvrages de l’écrivain autrichien.

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Les femmes du braconnier – Claude Pujade-Renaud

Actes Sud
ISBN : 978-2-7427-8849-1

Les femmes du braconnier Quatrième de couverture :
C’est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d’une force et d’une séduction puissantes.
Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l’ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le « braconnier  » Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu’il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d’un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l’histoire s’achève avec le suicide de l’infortunée Sylvia.

Attentive à la rémanence des faits et des comportements, Claude Pujade-Renaud porte sur ce triangle amoureux un tout autre regard. Réinventant les voix multiples des témoins – parents et amis, médecins, proches ou simples voisins -, elle nous invite à traverser les apparences, à découvrir les déchirements si mimétiques des deux jeunes femmes, à déchiffrer la fascination réciproque et morbide qu’elles entretiennent, partageant à Londres ou à Court Green la tumultueuse existence du poète.
L’ombre portée des œuvres, mais aussi les séquelles de leur propre histoire familiale – deuils, exils, Holocauste, dont elles portent les stigmates -, donnent aux destins en miroir des « femmes du braconnier » un relief aux strates nombreuses, dont Claude Pujade-Renaud excelle à lire et révéler la géologie intime.

Mon avis :
Qui se souvient de Ted Hughes ? En France du moins, il est pour ainsi dire inconnu. Né en 1930 dans le Yorkshire, il fût le poète officiel de la reine d’Angleterre, de 1984 à sa mort en 1998. Si son nom est resté dans les mémoires, c’est surtout pour avoir été le mari de Sylvia Plath, qui se suicida peu après leur séparation, en février 1963.
Cette mort, ajoutée à celle de sa maîtresse, qui se suicidera elle aussi, emportant dans la tombe leur fille de quatre ans, provoquant scandales, critiques exacerbées et de nombreuses questions restées sans réponses. Quelques temps avant sa mort, Ted Hughes publiera Birthday Letters, dans lequel il revient sur sa relation avec Sylvia.
Sylvia Plath fut-elle réellement une victime écrasée par un mari jaloux qui craignait son génie ? Ou bien se sentit-elle si écrasée par le génie de son mari qu’elle préféra mettre fin à ses jours plutôt que de rester dans l’ombre ?  Qui était réellement cet homme, pour que deux des trois femmes ayant partagé sa vie (en laissant de côté les conquêtes) mettent fin à leurs jours ? Un monstre ou bien un homme solide attirant des femmes brisées cherchant désespérément de l’aide ? D’ailleurs, les faits sont-ils si simple et l’âme humaine si limpide qu’il faille absolument y voir deux camps : les victimes et les bourreaux ? Il n’existe pas de réponse à ces questions.

Claude Pujade-Renaud ne prétend pas apporter de réponses à ces questions, se contentant – et c’est déjà énorme – de raconter les faits, ressuscitant les différents protagonistes et faisant intervenir d’autres témoins, fictifs ou réels mais dont les voix n’ont pas forcément laissé de traces : ici un voisin, un ami ou même un animal. D’une écriture mimétique qui rend à merveille les atmosphères, les sentiments, les personnalités, elle nous donne envie d’aller plus loin qu’une simple lecture : celle lire ou de relire les poèmes dont il est question, de se documenter, d’essayer, vainement, de comprendre pourquoi tout a fini en cendres et en fumées. Ainsi, le fils de Ted et Sylvia, David, agé d’un peine plus d’un an au moment de la mort de sa mère, s’est finalement suicidé en mars 2009. Cette répétition du suicide, de l’exil, de la dépression dans ces histoires personnelles ne sont pas sans évoquer le concept de hamingja. Dans la mythologie nordique, la hamingja est, en quelque sorte, le destin et la chance d’une famille, non pas au sens passif de « destinée », mais plutôt dans le sens d’évolution spirituelle d’une famille.

Ni une biographie croisée, ni un  véritable ouvrage de fiction, ce livre est parfaitement abordable, que l’on ait déjà une bonne connaissance de la vie et de l’œuvre de Plath et Hughes ou que l’on y soit totalement étranger. Le style est assez bref, ce qui peut surprendre dans un premier temps. J’avoue avoir eu un peu de mal à accrocher dans les premières pages, mais la justesse et la précision de la narration ont finalement eu raison de mes réticences.

Bibliographie (en français) non exhaustive (et disponible !) pour celles et ceux qui désireraient aller plus loin :
Ted Hughes, la terre hanté
, Joanny Moulin, Aden, 2006
Sylvia Plath ; Mourir pour vivre, Patricia Godi, Aden, 2006
Poèmes 1957-1994, Ted Hughes, Gallimard, 2009
Ariel, Sylvia Plath, Gallimard, 2009
Trois femmes, Sylvia Plath, Des Femmes, 1976
L’Anthologie de la poésie anglaise, disponible dans la collection de La Pléiade contient quelques poèmes de Ted Hughes.

Quand j’étais nietzschéen – Alexandre Lacroix

Flammarion
ISBN : 978-2-08-122167-3

Quatrième de couverture :
« A seize ans, j’ai découvert les livres de Nietzsche.
J’ai lu La Généalogie de la morale au moment de mon anniversaire. Ces lectures m’ont plongé dans une douce, amère et terrible folie. Leur effet a duré un peu plus d’un an. Pendant quatorze mois, j’ai vu le monde, j’ai parlé, j’ai agi, j’ai respiré même à travers Nietzsche. Rien d’autre n’existait, j’étais habité par sa pensée, possédé par elle. Le livre que vous tenez entre les mains est une reconstitution, aussi fidèle que la mémoire le permet, de cette possession.

Mon avis :
Si le roman d’Alexandre Lacroix peut, au premier abord, passer pour un énième récit d’adolescence de plus, cette illusion explose dans les premières pages du livre tant l’angle d’approche est particulier. Si globalement la trame est similaire à celle de la majorité des récits du genre, c’est-à-dire les amitiés, les études, le fossé avec la famille, les découvertes sexuelles et les relations amoureuses naissantes, cette trame est éclairée d’une façon toute à fait inhabituelle, puisqu’il ne s’agit pas d’une simple énumération chronologique mais bel et bien des conséquences de la rencontre d’un adolescent idéaliste avec la philosophie de Nietzsche. Loin de s’en tenir à une interprétation théorique, Alexandre en expérimente littéralement les déclarations.
Avec son meilleur ami Franck, ils vont ainsi commettre des actes qui nous semblent complètement hors de propos, à la fois choquant et fascinant : tuer un chat, interrompre une messe, agresser des gens. On reste partagé entre la désapprobation et une certaine curiosité devant leurs tentatives successives pour vivre en accord avec leurs principes.  Choquant parce que ce sont des actes interdits, répréhensible pénalement et allant à l’encontre de la liberté et de l’intégrité des autres. Fascinant, non dans une optique d’admiration, mais parce que ces actes titillent cette curiosité de savoir que nous franchissons une limite, d’éprouver la viabilité de simples paroles, et en les prennant au premier degré, de pouvoir ensuite s’en détacher et les considérer avec un regard évolué et averti.
Des extraits de l’œuvre de Nietzsche ponctuent le récit, précisant l’origine de certains actes. Un certain nombre de paramètre vont faire évoluer le narrateur, jusqu’à la scène de l’examen, qui est extrêmement savoureuse, autant parce qu’elle permet d’avoir une explication possible, quoique apparemment scolaire des théories nietzschéennes –parmi des centaines- que parce qu’elle est réalité en totale contradictions avec les idées de l’Alexandre âgé de vingt-deux ans.  (ceci étant, je ne suis absolument pas familière de Nietzsche, malgré quelques rapides incursions et lectures en diagonale. Je trouvais qu’on le citait un peu trop à n’importe quels propos. L’éventualité que je me plante sur ce que j’avance juste avant n’est pas à exclure.)
Avant de clore son récit, le narrateur devenu adulte, marié et père de famille revient sur l’adolescent qu’il fût, avec un regard lucide et amusé sur la période troublée et violente que fût son adolescente, conscient que, par rapport à ses idéaux d’alors, il a certainement « déchu », mais, en tant qu’adulte, il considère cela comme une évolution sincère et réaliste.

Voilà ce que je suis devenu : père de famille, soucieux, appliqué, préoccupé, surmené. Par rapport aux promesses que je m’étais faites dans ma jeunesse – ne jamais sombrer dans la normalité, ne pas rentrer dans le rang, cracher sur le troupeau – j’ai déchu, c’est sûr.
[…]
L’adulte que je suis devenu déplairait probablement à l’adolescent que j’étais. […] Mais moi, inversement, je l’aime bien. J’éprouve une affection sincère pour ce jeune homme, et tous les autres de son âge qui ruent dans les brancards, qui refusent de s’avouer vaincus, comme le leur enjoint si complaisamment la société, et qui mettent la pagaille à la moindre occasion. Même s’il entre là-dedans une part de naïveté, de méchanceté crasse, d’ingratitude, voire un manque d’intelligence, je sais que les jeunes nietzschéens sont au plus près, non pas de la pensée de Nietzsche, mais du scandale de l’existence.

Quand j’étais nietzschéen est un roman d’apprentissage, pour reprendre les termes du quatrième de couverture, non dépourvu d’intelligence ou d’humour, mais qui serait peut-être mieux dans les mains des « adultes » pour qu’ils n’oublient pas les adolescents qu’ils furent plutôt que dans celles de tous les adolescents qui pourraient en faire une lecture sans recul. Quoique l’âge soit heureusement relatif.

Note : Un ami m’a donné une petite astuce pour ne plus jamais se tromper quand on écrit Nietzsche.
Il suffit de penser à niet, comme en russe, puis d’ajouter les lettres dans le sens inverse de l’alphabet : Z, S puis C. Ne pas oublier le -e, et le tour est joué.

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Ils l’ont laissée là – Alma Brami

Mercure de France
ISBN : 978-271-522-9327
Parution le 20 août 2009

alma_bramiQuatrième de couverture :
Deborah est prisonnière. Prisonnière de l’institut « spécialisé » où ses parents l’ont placée. Prisonnière des histoires qu’elle s’invente – à moins qu’il ne s’agisse de souvenirs. Prisonnière du monde des adultes qui ne la comprend pas et à qui elle ne peut parler. Au fil des pages, articulées comme une mystérieuse mosaïque, la terrible vérité va se révéler…
Staccato de phrases brèves, notes prises sur le vif de l’âme : après Sans elle, son premier roman, Alma Brami, vingt-quatre ans, continue de tisser des miniatures qui nous pénètrent, nous effraient, nous bouleversent, et finalement nous illuminent.

Mon avis :
La quatrième de couverture était prometteuse : à vue de nez, un roman abordant des sujets durs, voir tabous. Une narration maîtrisée qui aurait dévoilée peu à peu l’abominable réalité, des personnages que l’on aurait pu accompagner, partageant leurs tensions, leurs secrets.
Seulement il n’en est rien. Staccato de phrases brèves ou notes prises sur le vif de l’âme, autant de termes enjôleurs pour désigner une syntaxe réduite au minimum syndical, un découpage brouillon que le lecteur peine à relier. L’alternance entre les pensées de Deborah et la réalité est difficilement distinguable, si bien que l’on finit par se perdre au milieu d’une narration sans passé, sans présent, sans futur. L’exercice est certes délicat mais sans faire des comparaisons extrêmes, (je pense, au hasard, à Ulysse, chef-d’œuvre pour les uns, exercice pédant et ennuyeux pour d’autres, toujours est-il qu’il faut s’accrocher et accepter de se perdre dans la narration) ce roman aurait certainement gagné à être un peu plus structuré.

Les personnages sont cruellement ordinaires. Aucune compassion pour Deborah ne vient nous perturber, elle est fermée au lecteur comme elle l’est aux médecins et à sa famille. La mère a quelque chose de répugnant, d’agaçant, une sorte de grosse bonne femme aux t-shirts de couleurs criardes et sentant le graillon, personnage envers lequel on devrait sans doute éprouver quelque chose, mais quoi ? Quant au père et à la sœur, ils viennent compléter ce tableau de la banalité, du quotidien abrutissant et grisâtre dans lequel on a envie de les laisser tous moisir. La grande difficulté avec des personnages ordinaires, c’est d’arriver à faire passer cette banalité sans qu’elle n’éclabousse tout le récit. Ces personnages n’étant pas des personnes (malheureusement il y sans aucun doute des familles vivant le même genre de situation) le ressenti est tout à fait différent.
Tout comme on ne compatit pas devant la petite Lolita, on reste de marbre devant la tragédie que cette famille traverse, mais pas pour les mêmes raisons. Le roman de Nabokov présente à notre « moi-lecteur » un schéma que ce « moi-lecteur » admet ou refuse, mais non sans réactions. Ce qu’Alma Brami nous présente ne parvient pas à réveiller ce même « moi ».
Réveiller les spectres de l’inceste et de l’enfance brisée ne suffit pas pour faire un bon roman et émouvoir un lectorat, il faut que le contenu suive, ce qui n’est pas le cas de ce livre que l’on a envie de laisser là.

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