Le Livraire

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Archives de Catégorie: islandaise

La Lettre à Helga – Bergveinn Birgisson

Zulma
Traduit de l’islandais par Catherine Eyjólfsson
Titre original : Svar við bréfi Helgu

Arrivé au soir de sa vie, Bjarni Gíslason écrit à la seule femme qu’il ait aimé, Helga, une lettre. Lettre évidemment trop tardive, mais qui est prétexte à un retour dans le passé.
À travers son récit, c’est tout un voyage que l’on effectue dans le passé, dans l’Islande rurale des années 30, avant l’indépendance du pays (17 juin 1944) mais le fond du récit est relativement classique (l’amour impossible, les regrets). Le plus frappant n’est pas tant dans l’histoire racontée, ni même dans le style, qui alterne entre un certain lyrisme et des descriptions plus ou moins crus d’actes sexuels (je pense notamment au passage zoophile. En même temps, Le journal d’une femme de chambre -bien que très différent de ce roman- contient aussi ce type de passage, quoique peut-être plus brièvement.) mais plutôt le contenu qui se dessine en filigrane.

L’écriture, le style de La Lettre à Helga comporte certaines tournures particulières et n’est pas me faire penser à l’écriture de certaines sagas islandaises, tournures dans lesquelles le destin s’exprime. De même pour les nombreuses références non seulement aux anciens dieux et aux héros, mais aussi à certaines de ces sagas, voire directement aux Eddas, quand il est fait explicitement référence au Hávamál. Cette citation directe n’est d’ailleurs pas complètement sans ironie, les Dits du Très-Haut étant plus ou moins les conseils que Odin (d’après la légende) donne aux hommes, revenant sur son passé et sur ses erreurs. Les expériences avec les femmes n’en sont pas absentes et par moment, entre ce roman contemporain et le texte de Sturluson, se forme une sorte d’écho. Au passage, je trouve dommage que la traduction ne donne pas quelques précisions sur ces sagas ou même sur le Hávamál. Birgisson étant titulaire d’un doctorat en littérature médiévale scandinave, ces allusions ne sont probablement pas anodines, bien qu’il soit hasardeux de l’affirmer : toute cette Matière continue d’imprégner l’île, se perpétuant par le biais des récits, des coutumes, des légendes, des sagas, des romans et n’a pas brutalement cesser d’exister au moment de la conversion de l’Islande au Christianisme aux alentours de l’an mille.

La saga de Gunnlöd – Svava Jakobsdóttir

Éditions José Corti
Traduit de l’islandais par Régis Boyer
ISBN : 9782714308016
Titre original : Gunnladar saga

Résumé :
1986, Copenhague, Musée National du Danemark. Une jeune islandaise est arrêtée après avoir fracturé une vitrine et tenté de voler un vase d’or datant de l’antiquité. Elle dit aux enquêteurs être Gunnlöd et avoir voulu reprendre son bien qu’Odin lui aurait volé.
Dans l’avion, sa mère se prépare à la rejoindre, se demandant sans cesse ce qui a pu pousser Dis, sa fille, à commettre un tel acte que rien, ou presque, ne laissait présager malgré l’adolescence apparemment mouvementé de la jeune femme. Dis a-t-elle été soutenue par un groupe de terroriste ? Est-elle folle ? Et pourquoi dirait-elle une chose pareille ? C’est ce que sa mère va essayer de déterminer, abandonnant petit à petit toutes ses certitudes et ses habitudes pour tenter de sauver Dis.

Mon avis :
La saga de Gunnlöd est un roman étrange qui se lit sur deux niveaux : d’un côté l’histoire de Dis et de sa mère qui va tenter de comprendre l’étrange geste de sa fille. De l’autre, directement issue de la mythologie nordique et des Eddas, compilés par Snorri Sturlusson au XIIe siècle, qui relate l’histoire de Gunnlöd et d’Odin qui lui déroba l’élixir de la poésie (l’hydromel).

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Le temps et l’eau – Steinn Steinar

Steinn Steinar (1908-1958) fut un des premiers écrivains islandais à vivre de sa plume. Une infirmité au bras le rendait inapte à tout travail manuel. Poète autodidacte, il est un précurseur de l’emploi du vers libre et sa poésie, tout d’abord radicale, évolua progressivement vers une sorte de lyrisme abstrait.

L’extrait suivant est la première partie de son texte, Le temps et l’eau.

***

I – Le temps comme l’eau,
et l’eau froide et profonde
comme la conscience que j’ai de moi.

Et le temps comme une image
peinte par l’eau
et par moi pour moitié.

Et le temps et l’eau
courent à l’épuisement
dans la conscience que j’ai de moi.

Poésie islandaise contemporaine, sous la direction de Gérard Lemarquis et Jean-Louis Depierris, Autres Temps, 2001

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