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La bataille de Thor et autres légendes vikings – Kevin Crossley-Holland

Folio Junior
Traduit de l’anglais par Philippe Morgaut
ISBN : 978-2-07-055763-9
Tiré du livre The Norse Myths
À partir de 10 ans

Cet ouvrage pour la jeunesse est un recueil de légendes tirées de la mythologie nordique. Du mythe de la création du monde et de la naissance des premiers hommes jusqu’au Ragnarök (qui se traduirait plutôt par « Crépuscule des Puissances ») marquant la fin d’un âge et le début d’un nouveau, ce livre adapte certaines parties de l’Edda poétique  et les met à la portée du jeune lecteur. Cependant, si ce livre a été écrit pour les plus jeunes, les adolescents et les adultes qui désirent découvrir la mythologie nordique.

Chaque chapitre correspond à une histoire différente et correspond à un passage précis des Eddas. À titre de curiosité, voici quelques correspondances entre le contenu du livre et les différents textes anciens. Certains chapitres de La Bataille de Thor sont des compilations de plusieurs extraits de ces textes, notamment le premier chapitre intitulé La Création.

  • Les différentes races d’hommes : La Rígsþula (Le Chant de Rígr)
  • Thor retrouve son marteau : Þrymskviða (Le Chant de Thrym)
  • Thor va à la pêche : La Hymiskviða (Le Chant de Hymir)
  • La rançon de Loutre : Le Reginsmál (Le Dit de Regin)
  • L’interrogatoire : Les Alvíssmál (Les Dits d’Alvíss)
  • Les rêves de Balder : Baldrs draumar
  • La dernière bataille : La Völuspá (La prédiction de la Voyante)

L’adaptation est de qualité, à la fois simple à lire, vivante et haute en couleur. L’auteur retranscrit brillamment les textes originaux dans une langue simple, claire et agréable, sans les dénaturer par des fioritures ou des précautions linguistiques inutiles tout en les rendant lisibles par les plus jeunes. Ceci étant, Les Eddas sont des textes parfois assez durs, et très crus. Les insultes et les allusions sexuelles fusent dans certains textes comme la Lokasenna (les sarcasmes de Loki) où Loki débarque  dans le palais d’Ægir pendant un banquet auquel il n’a pas été invité et se querelle avec tout le monde, abreuvant chaque participant d’insultes à caractère sexuel (note : ce passage ne se trouve pas dans le recueil). Même dans Le Chant de Thrym, Thor use d’un terme très imagé pour décrire les réflexions auxquelles il s’expose s’il se déguise en Freya, je vous laisse imaginer quel peut être ce terme… Certains passages, bien qu’ayant été adaptés  seront peut-être un peu difficile pour les enfants de dix ans (notamment la création du monde à partir du corps du corps du géant Ymir ou le chapitre Loki ligoté). Pour autant, les mythes sont souvent emplis d’histoires de violence, de meurtres, de vol et de sexe. Faut-il les altérer, au risque de leurs ôter toute substance, sous couleur de protéger les enfants ? Après tous, les publicités, les films et même les contes sont eux aussi remplis d’images de ce genre. Rien de plus agaçant que de lire « Il la connu » quand le il en question a tout simplement une relation sexuelle. Kevin Crossley-Holland évite ce genre de périphrase, se contentant d’énoncer simplement les faits. Le plus bel exemple est sans doute l’épisode où Odin (sous l’apparence d’un géant nommé Bolverk) séduit Gunnlöd pour lui voler l’hydromel et passe trois nuits avec elle.

Elle resta là, assise, à écouter les propos enjôleurs et les chansons de Bolverk ; elle l’entoura de ses bras ; durant trois jours, ils parlèrent et rire ensemble et, pendant trois nuits, ils dormirent ensemble. Dans le silence de la grotte souterraine de Hnitbjorg, le père sans coeur de tous les dieux fit l’amour à la fille subjuguée de Suttung.

(Une gorgée de poésie, page 58)

Les différentes personnalités des dieux et des déesses sont particulièrement bien rendues, grâce à l’équilibre entre la narration et les dialogues. Loki, le plus intriguant de tous les Dieux (fils de Laufey et de Farbauti, il ne fait techniquement parti ni des Ases, ni des Vanes, mais à la suite d’un pacte de sang avec Odin, il intègre la famille des Ases.) et son caractère changeant est nommé le Truqueur, le Changeur d’apparences. Sa dualité, sa ruse mais aussi son côté beau parleur malin et paradoxalement attachant sont bien dépeint.
Le chapitrage permet de fractionner aisément la lecture sans être obligé de scinder l’histoire ce qui est idéal pour des lectures nocturnes.

Une carte présentant la géographie des royaumes des mythes nordiques ouvre le livre, permettant à chacun de se les représenter facilement. On trouvera également une petite liste récapitulative des principaux protagonistes.

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« Petits enfants sorcières »

Petite sorcière de l’école qui encraule les lignes de son cahier de synchyses, et millepertuis et que j’aimais – qui trouve que le chat a plus d’amour dans le regard que cet inexistant fiancé, qui répétait tant et tant rituels et formulettes afin que reviennent les âges heureux. Petite sorcière qui espérait tant l’être.
Petits enfants sorcières à qui l’on cache vos filiations divines à la lune, aux sources, aux herbes, mais qui retrouvent l’héritage secret en traçant les pentacles de vos marelles, en redisant les comptines rebelles. Petite fille de mai, épousée des haies et des rondes renouées. Le balai n’est pas l’outil d’une condition, mais le coursier des nuées, le sceptre tempestaire, la quenouille des Normes et du Temps.
Vieille Mère du Sureau, Baba Yaga, chères orgresses qui dévorez ceux qui vous auraient congelées. Sorcières des mares caliciales, des marais d’où l’on ne revient pas, de la chênaie moussue du Wistman’s wood, des pierres levées aux landes de Cojoux, des tourbières de Galway, de Salem, du Broken, Reine sombre de l’île de Man, sorcières lubriques des gouttières, un peu distraites des salons de thé, des Volksmärchen de Musaeus, rigolardes d’Ingoldsby, Tsaoutavieillo, Makralles des emmacralages ardennais, Striggs bergamasques, Barbara Steels des séances de minuit, sorcière de Gripari, sylvestres couronnées du Norfolk et d’Huntingdon, aux cheveux peints aux henné des herboristeries de Glastonbury, de Puck’s Fair, rose sorcière de Cinémonde, des sarabandes de Beselare, dames savantes qui derrière vos paupières savez : succubes de par-ci, succube de part-là, des boutures de capucine, glapissantes devineresses des orgueilleux Mac Beth, fiancée du pirate, Bohémienne, enfant trop aimante brisée sous une pierre de Redon, touchantes révoltées de Michelet, Malvenue seignolienne, sanglantes innocentes de Jean Rollin, gardiennes et enchanteresses de ce qui est encore. Brûlées pour avoir rêvé à la légèreté des oiseaux. Herbes sorcières qui fleuriront nos songes quand nous ne serons plus…

Extrait des Contes de Sorcières et d’Ogresses, Pierre Dubois, Hoëbeke, 1999

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