Le Livraire

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Chômeurs Academy – Joachim Zelter

Editions Autrement
ISBN: 978-2746711945
Traduit de l’allemand par Leïla Pellissier

chomeurs_academyRésumé (Présentation de l’Editeur) :
Nous sommes dans un futur proche, qui pourrait bien être le nôtre. Un groupe de chômeurs est confié à un organisme privé, Sphericon, qui a pour mission de redresser leur parcours. Devenus des trainees, ils doivent prendre, pour leur bien, un nouveau départ. Faire leur autocritique. Se plier à un entraînement quasi militaire. Maquiller au besoin leur CV, leur personnalité. Et, au bout du compte, entrer en compétition les uns avec les autres. En résonance avec l’histoire vécue de tous ceux qui ont
été un jour confrontés au chômage, Chômeurs Academy dénonce, sous la forme du roman, avec une sourde et effrayante jubilation, les méthodes et les abus d’un certain totalitarisme économique. Humiliation, volonté de « re-formater », infantilisation… Bienvenue dans le meilleur des mondes modernes !

Mon avis :
Un livre écrit dans un style très moderne et qui tourne en dérision les procédés de coaching et de performances du modèle américain. Tout le monde est uniformisé, transformé, optimisé et au final, réifié dans le même but : être le meilleur, le plus performant. Parmi le groupe de trainees, deux protagonistes (tellement niés que parler de personnages devient étrange, presque incongru) : Karla Meier et Roland Bergmann, aussi dissemblables que possible et pourtant proches, rapprochés.
L’avoir lu en parallèle avec le livre de Margalit, La société décente, n’a fait que renforcer l’aspect grinçant, atroce et humiliant de ce système. L’étalage d’une course absurde, et l’on est proche de la gêne. De la gêne à l’idée de se dire que, peut-être, nous ne sommes pas si loin d’un tel procédé, que, peut-être, nous sommes déjà ridicules dans nos courses pour la promotion sociale. J’ai trouvé à ce récit une parenté avec l’ouvrage de Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance.

Du côté de la narration proprement dite, l’emploi fréquent de l’anglais technique devient agaçant par moment, de même que le style haché, télégraphique. Mais ces choix sont en parfaites cohérences avec l’univers et l’histoire, ils contribuent à faire de cet ouvrage ce qu’il est : une critique grinçante, cynique et effroyablement réaliste, après on accroche ou on accroche pas.

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Days – James Lovegrove

Traduit de l’anglais par Nenad Savic
Edition J’ai Lu

daysPrésentation de l’éditeur :
Chez Days, le plus grand gigastore du monde, tout s’achète. Absolument tout. Mais pour le commun des mortels, il faut bien souvent se contenter des vitrines éclairées qui font le tour du bâtiment, car on ne peut rentrer chez Days qu’avec une carte de membre. Alors, certains sont prêts à tous les sacrifices, toutes les folies, pour parvenir à mettre la main sur l’un des fameux sésames. Que ne ferait-on pas pour pénétrer dans le temple absolu de la consommation ? Car une fois à l’intérieur, à l’abri du monde et des tracas quotidiens, l’âme emplie par toutes les promesses de promotions et de ventes flash, on se sent enfin exister. Le client est roi, dit-on… Mais à quel prix ?

Mon avis :
Days est plus qu’un simple magasin, c’est un empire bâti sur des règles complexes, et les enfreindre vous réduit au rang de paria. Cet empire est entre les mains des sept fils du fondateur, Septimus Days, personnage excentrique qui battît sa vie et sa réussite autour du chiffre sept.
Frank Hubble est le chef de la Sécurité Tactique. Un fantôme comme on les nomme. Toute sa formation a consisté à lui apprendre à se faire oublier, à ne laisser aucune trace dans les mémoires. Personnage fragile, hésitant, qui regrette sur le tard d’avoir choisi cette voie -mais que faire d’autre ?- et qui décide de démissionner.
Linda et Gordon forme un couple modeste. Toute sa vie durant, Linda n’a attendu qu’une seule et unique chose : pouvoir posséder une carte pour aller chez Days. Voilà que justement, cette carte, ce précieux sésame leur a enfin été accordé : une Silver. Linda va pouvoir réaliser son rêve, à condition que la réalité ne soient pas pour elle une désillusion terrible, d’autant qu’on dit que les clients de Days finissent par se comporter de manière étrange, littéralement absorbés par le magasin.

Quelques personnages, d’abord grossièrement esquissés et dont la complexité s’accentue au fur et à mesure de la narration. Un conflit mortelle entre le rayon des livres et celui de l’informatique. Days est un roman, non d’anticipation -qui a vu des bousculades répétées dans les grands magasins le samedi après-midi me comprendra- mais une critique de la société de consommation et des comportements des foules. Des humains, des êtres -en principe- pensant, se transformant en horde sauvage affamée avide de bonnes affaires et perdant tout sens de la mesure. Un homme à qui l’on a inculqué l’oubli de sa propre conscience, de sa propre existence, un couple à la vie médiocre, littéralement abrutit, obsédé par l’idée de possession d’une chose, dans le seul but de prendre sa revanche sur la vie, de faire bisquer les voisins, tous cela n’est jamais qu’un reflet de notre société.
Un livre intéressant, intriguant et terriblement vrai. L’écriture de Lovegrove ne s’embarrasse ni de fioriture ni de grandes phrases mais frappe juste. Chirurgical.

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« Pour le livre »

Je relaie le message lancé par le bloc-note de Lekti.org sur le prix unique du livre et la loi Lang de 1981 qui sont aujourd’hui menacés. Vous pouvez manifester votre soutien en signant la pétition ici. Vous y trouverez également plus d’informations.

  • Des amendements proposés par des députés de la majorité parlementaire lors de l’examen du projet de loi de modernisation de l’économie ont ouvert un large débat sur la loi du 10 août 1981 relative au prix du livre, dite « loi Lang ».
  • Les professionnels du livre, auteurs, traducteurs, éditeurs et libraires, rejoints par les bibliothécaires et de nombreux acteurs du livre en régions, ont expliqué d’une même voix que ces amendements remettaient en cause la loi de 1981 et menaçaient les équilibres du marché du livre, ainsi que la diversité de la création et de l’édition françaises. Leur mobilisation a été relayée par des membres du gouvernement. Madame Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication, a souligné combien cette loi restait un outil indispensable pour protéger la littérature. Madame Christine Lagarde, ministre de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, quant à elle, a indiqué ne vouloir changer ni la politique du livre ni le système législatif actuel. Les acteurs du livre sont néanmoins inquiets car beaucoup d’idées fausses sont colportées sur la loi par quelques multinationales du commerce culturel. Le lobbying qu’elles exercent auprès des parlementaires est à l’origine de ces amendements. Il vise à déréguler le marché du livre afin d’imposer un modèle commercial basé sur une volonté d’hégémonie et une stratégie purement financière. Derrière leurs arguments démagogiques mêlant modernité, défense du pouvoir d’achat et même écologie se cache un combat contre la création, la diversité, la concurrence et l’accès du plus grand nombre au livre.
  • Ce modèle culturel français, nous y sommes pour notre part indéfectiblement attachés. Ses vertus sont multiples. Avec plus de 2500 points de vente, le réseau des librairies est dans notre pays l’un des plus denses au monde. Il permet, aux côtés du réseau de la lecture publique, un accès au livre aisé et constitue un atout important pour l’aménagement du territoire et l’animation culturelle et commerciale des centres-villes. Ce réseau de librairies indépendantes cohabite avec d’autres circuits de diffusion du livre, les grandes surfaces culturelles, la grande distribution, les clubs de livres ou Internet. Depuis de nombreuses années et à l’inverse d’autres secteurs culturels comme le disque ou la vidéo, le marché du livre se développe sans qu’aucun circuit n’écrase ses concurrents. Chaque circuit joue son rôle et le consommateur bénéficie d’un véritable choix.
    Pour la création et l’édition, cette densité et cette variété des circuits de vente du livre offrent à chaque auteur et à chaque livre le maximum de chances d’atteindre son public, qu’il s’agisse d’un premier roman, d’un ouvrage de recherche, d’un livre pour enfant, d’une bande dessinée, d’une œuvre traduite, du dernier roman d’un auteur connu, d’un livre pratique ou d’un ouvrage scolaire. Tous les livres pour tous les publics, voilà notre modèle.
  • Ce modèle, c’est la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre qui en est le pivot et le garant. En permettant d’infléchir les règles du marché afin de tenir compte de la nature culturelle et économique particulière du livre, elle passe aujourd’hui pour l’une des premières véritables lois de développement durable. Elle confie à l’éditeur la fixation du prix des livres qu’il publie. Les livres se vendent au même prix quel que soit le lieu d’achat, dans une librairie, une grande surface ou sur Internet, durant au moins deux ans. Ce système évite une guerre des prix sur les best-sellers qui ne permettrait plus aux libraires de présenter une offre de titres diversifiée ni aux éditeurs de prendre des risques sur des ouvrages de recherche et de création qui ont besoin de temps et de visibilité dans les librairies pour trouver leur public.
  • De surcroît, le prix unique fait baisser les prix. Contrairement aux idées reçues, les chiffres de l’INSEE montrent en effet que depuis une dizaine d’années les prix des livres ont évolué deux fois moins vite que l’inflation.
    En favorisant la richesse, la diversité et le renouvellement de la création et de l’édition, en lieu et place d’une standardisation si courante dans de multiples secteurs aujourd’hui, en permettant une variété et une densité de points de vente du livre particulièrement remarquables, en privilégiant une véritable concurrence au détriment de la « loi de la jungle » et en maintenant des prix beaucoup plus accessibles que dans la majorité des autres pays développés, le prix unique du livre est une chance pour le consommateur, pour le lecteur et pour notre culture.
  • La loi du 10 août 1981 n’est ni obsolète ni corporatiste. Si elle mérite un débat, c’est pour la rendre plus vivante et plus forte encore.

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Création d’un label pour les librairies indépendantes

 Les librairies indépendantes pourront, d’ici à la fin de l’année, bénéficier d’un label qui leur permettrait d’avoir des exonérations fiscales et des aides. Les critères d’éligibilité de ce label sont actuellement en cours de négociation.

Concrètement, ce label devrait se traduire par une exonération de taxe professionnelle par les collectivités locales. De plus, afin d’encourager d’éventuels investisseurs un fonds d’aide spécifique a été créé, qui permettra à l’acquéreur d’échelonner ses remboursements sur plusieurs années.

Source : Les Echos du 13 / 3 /08

Lire aussi l’entretien d’Antoine Gallimard, pour le Nouvel Observateur.