Le Livraire

Carnet de lecture

Archives de Tag: Adolescence

Le pacte des vierges – Vanessa Schneider

Stock
ISBN : 978-2-234-06412-6
Parution le 17 août 2011

Présentation de l’éditeur :
2008, Gloucester, États-Unis.
Dix-sept jeunes filles d’un même lycée tombent enceintes en même temps. Stupeur dans la ville. La rumeur publique fait état d’un pacte. Les gamines se seraient concertées pour faire et élever leurs enfants ensemble. Qu’en est-il exactement ? À une journaliste venue enquêter sur l’événement, quatre d’entre elles se racontent. Il y a Lana, la meneuse, dont le père a disparu un jour, la laissant seule avec une mère devenue mutique, abrutie de médicaments, d’alcool et de télévision.
Placée un temps dans un foyer, elle y a rencontré Cindy dont la mère a quitté le domicile pour s’enfuir avec le plombier et que sa tante a ensuite recueillie. Il y a Sue, coincée entre ses parents puritains et bien-pensants, et Kylie, qui partage la passion de sa mère pour Kylie Minogue et enchaîne les concours de Mini-Miss depuis toute petite. Leurs voix se succèdent pour évoquer le « groupe », leurs relations, le mystère de leur grossesse multiple et ce pacte, qui leur permet d’échapper au quotidien d’une ville portuaire où le chômage et ses conséquences déciment les familles et laissent peu de place à un avenir meilleur. À travers la narration croisée de ces quatre vies d’adolescentes, à travers le récit de leur enfance et de leurs blessures, de leurs espoirs et de leurs bonheurs, Vanessa Schneider nous raconte avec tendresse et non sans humour une certaine société américaine entre désœuvrement, rêves et réalité.

Mon avis :
Le pacte des vierges
est directement inspiré de ce fait divers qui avait défrayé la chronique en 2008. Dans un petit lycée du Massachusetts, dix-huit grossesses d’adolescentes avaient été recensées entre juin 2007 et mai 2008. Interrogées, il ressortira que les jeunes filles avaient conclu un pacte, projetant d’élever leurs enfants ensembles. La politique « libérale » en matière d’éducation sexuelle et d’accès à la contraception que pratiquait le lycée de Gloucester avait également fait l’objet de débats. Une crèche était même ouverte pour que les élèves ayant des enfants puissent les y déposer avant d’aller en cours. Il serait intéressant de voir si cette politique a changé depuis cette affaire.

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Qu’as-tu fait de tes frères ? – Claude Arnaud

Grasset
ISBN : 978-2-246-77111-1

Quas-tu-fait-de-tes-freres-Quatrième de couverture :
Au milieu des années soixante, entre Boulogne et Paris, un enfant s’ennuie. Il est curieux, versatile, vibrant, timide. Il passe ses journées à lire et ses nuits à scruter les étoiles, sous le regard ironique de Pierre et Philippe, ses brillants aînés.
Mai 68 : Paris se soulève, le garçon de douze ans rejoint la Sorbonne et l’Odéon. Il abandonne son prénom pour devenir Arnulf l’insaisissable, découvre les paradis artificiels et l’amour avec les deux sexes, se change en agent révolutionnaire puis en oiseau de nuit…
Dans l’effervescence ambiante, la famille se désagrège : Philippe part faire le tour du monde, la mère meurt d’une leucémie, Pierre sombre dans la folie. L’euphorie collective se mue en tragédie intime, la décennie de poudre tourne aux années de plomb. « Notre seul devoir est de faire tout ce qu’on nous a interdit de faire » : le cadet se demande pourquoi il a réchappé à ce programme, que ses aînés ont suivi jusqu’au drame.
Ample, ambitieux, ce roman ressuscite la vitalité presque suicidaire d’une génération nourrie de pop-rock et de drogues, d’amour libre, d’excès revendiqués et d’utopies. Qu’as-tu fait de tes frères ? est la confession d’un enfant d’une époque qui continue de hanter notre imaginaire.

Mon avis :
Récit d’une enfance et d’une adolescence secouée par la France de mai 1968, Qu’as-tu fait de tes frères ? est une sorte de longue et tragique errance d’apprentissage, rythmée par la perte -de la structure familiale, de l’identité et par la suite, de ces illusions auxquelles on croyait tellement- et, moins paradoxale qu’il n’y parait, par la reconstruction. Non pas celle, patiente et certaine de celui qui travaille à se reconstruire après l’anéantissement d’un édifice solide, qu’il soit matériel ou mental, mais plutôt la reconstruction difficile, expérimentale, du bâtisseur hésitant, ne sachant où poser la première pierre de cet édifice imaginaire dont le plan n’existe que dans l’imagination.

Troisième fils d’une famille qui comptera quatre enfants, quatre fils, Claude Arnaud évoque son enfance dans un quartier moderne -pour l’époque- de Boulogne, à la limite du XVIème arrondissement. Il a du mal à se faire une place, après Pierre, l’aîné brillant, trop brillant et Philippe, plus insolent, déjà rebelle à l’autorité du père. Quelques années après naîtra Jérôme, le petit dernier, né trop tard juste au moment où la famille est sur le point de s’effondrer, personnage en retrait du récit, excepté peut-être à la toute fin, quand, en pleine adolescence, il s’élèvera à son tour contre la figure paternelle.
L’enfance, le 35 rue Ferdinand-Buisson et son ennui mortel, les vacances en Corse, parmi la famille de sa mère : à peine quelques souvenirs lointains, anecdotiques et qui semble pourtant receler une part de ce destin terrible qui attend cette famille.

Quand mai 68 éclate, le narrateur n’a que douze ans. Il va pourtant prendre part aux évènements, littéralement emporté par la vague de changement qui s’annonce et dont les grèves printanières marquèrent les prémices. La société, son organisation, ses repères vont être bouleversés, bouleversés aussi la structure familiale entre un père désemparé et vieillissant, qui perd peu à peu toute son autorité et sa superbe ; une mère malade, luttant pendant des années contre la leucémie qui la ronge, sublime figure maternelle entre dévouement et indépendance presque farouche, infiniment humaine.
Claude, Philippe et par la suite, Pierre, suivront chacun leur trajectoire, chaotique, étonnante et pour les deux aînés, particulièrement tragiques. Au milieu de toute cette scansion de la société en mouvement, cette énumération lancinante mêlant action politique, drogues, sexualité débridée, on lit entre les lignes un écho à cette douleur, qui continue de sourdre encore aujourd’hui, une douleur inguérissable, lancinante qui rend le livre incroyablement dur, remuant, lui évitant en même temps de ressembler à ces livres de « grands déballages intimes ». Si le ton adopté est d’une franchise nette, sans détour, il n’est pas exempt d’émotion, de pudeur s’exprimant à travers certaines tournures de phrases, certaines tournures narratives veillant à  s’en tenir à l’essentiel.

Qu’as-tu fait de tes frères ? est un roman (dont le matériau est très largement autobiographique, au passage, il y a quelques années il me semble que l’autobiographie était sinon répandue, du moins assumée. J’ai la sensation qu’aujourd’hui les auteurs -éditeurs ?- se retranchent de façon assez systématique derrière l’appellation roman) délicat : à la fois souvenirs détaillés, témoignages d’une époque et d’un Paris révolu et hommage à une famille anéantie.

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La Passerelle – Lorrie Moore

Éditions de l’Olivier
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Laetitia Devaux
Titre original : A Gate at the Stairs
ISBN :
978-2-87929-675-3

passerelleQuatrième de couverture :
Tassie Keltjin est une vraie  » country girl « .
Elevée dans une ferme du Midwest, elle sait à peine ce qu’est un taxi et n’a jamais franchi les portes d’un restaurant chinois. Lorsqu’elle s’installe en ville pour ses études, elle plonge avec euphorie dans ce tourbillon de nouveautés : le campus, les cinémas, les longues discussions entre amis… Elle a vingt ans et tout à découvrir. Pour arrondir ses fins de mois, elle trouve un emploi de baby-sitter dans une famille atypique.
Sarah dirige un restaurant à la mode; Ed a les cheveux longs, bien qu’il frôle la cinquantaine. Ils ont adopté une petite fille métisse, Mary-Emma. Rapidement, le tableau idyllique se décompose. Le couple est de plus en plus étrange et la couleur de peau de l’enfant confronte chaque jour Tassie au racisme ordinaire. Avec une vivacité d’esprit proche de Grace Paley, Lorrie Moore dresse le portrait d’une jeune femme et de ses grandes espérances.
Mais derrière l’ironie qui vise juste, c’est aussi un livre bouleversant sur la fragilité des apparences et sur une Amérique en plein désenchantement.

Mon avis :
La lecture de La Passerelle n’est pas sans m’avoir évoquée un autre roman que je n’avais pas chroniqué : Mathilda Savitch¹.  Les deux jeunes filles au centre de ces romans présentent un certain nombre de points communs, à commencer par celui d’être américaine, et si ce détail paraît beaucoup trop général et facile pour en être un, il n’en est rien. Les deux romans se déroulent à une dizaine d’années d’intervalles.
La Passerelle
vers 2003, Mathilda Savitch vers 2007 et dans ces deux romans, on retrouve les traces que le 11-septembre puis la guerre ont laissés, vues par des adolescentes. La première déjà presque adulte au moment des faits, la seconde encore enfant qui a grandi « dans l’Amérique des minutes de silence ».

a-gate-at-the-stairs

Couverture de l'édition originale (hardcover)

Pour autant, ce ne sont pas deux romans de plus sur cette question, plutôt une sorte de littérature de la transition, qui présente des personnages ayant grandis, vécus avec ces évènements et continué, avec plus ou moins de facilités, plus ou moins marqués -c’est surtout vrai pour l’une des deux- parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire. Quoi que vous fassiez, la vie continue, le train ne s’arrête pas pour vous laisser descendre, alors autant s’accrocher pour ne pas glisser du marche-pieds et graver chaque détail des paysages traversés dans votre mémoire.

Le monde et son fonctionnement ont changé, et même si les récits d’adolescences, des romans d’apprentissages pourrait-on même dire, continuent de conserver une certaine universalité, notamment autour de thèmes centraux comme la difficulté d’être soi, les ruptures plus ou moins délicates avec la famille, l’amour et ses tourments, le fait de trouver sa place parmi les autres, il y a des questions qui ne se posaient pas, ou alors différemment, il y a seulement vingt ans. Le fait que ces questions commencent à être évoquées, mises en scène dans des romans pouvant s’adresser aussi bien à des adultes qu’à des adolescents de dix-sept, dix-huit ans et sans pour autant en faire le thème principal du récit montre que, cela aussi, la littérature peut l’assimiler, l’exorciser, participant ainsi à la marche du train vers autre chose, ailleurs.

Tassie Keltjin a beau être une « country girl » pour reprendre les termes du quatrième de couverture, elle n’en est pas stupide pour autant. Son personnage possède, certes, un forme de naïveté qui n’est pas dépourvue de charme mais elle ne se réduit pas à ce seul trait de caractère.
La peinture du Midwest est plus nuancée que le portrait que l’on en fait habituellement : les descriptions qu’en fait Lorrie Moore ne sont pas dépourvues d’un humour décapant et de comparaisons étranges où cohabitent parfois des éléments surprenants.

L’année précédente, j’avais assisté au mariage d’une amie, Marianne Sturch. Elle portait une robe pailletée sans bretelles et avait affublé ses demoiselles d’honneur de robes à fleurs de couleurs vives, parfaites pour un rôle de bergère dans un film porno : avec un bustier dont les lacets allaient de la poitrine au ventre. «Ce que Scarlett O’Hara aurait pu faire avec un rideau de douche, si elle avait voulu se taper le plombier», avait déclaré ma mère, qui percevait la laideur intense de la robe, malgré le brouillard de sa mauvaise vue. Nous portions des chaussures en cuir blanc, que Marianne écrivait « cuir very table », mais je n’ai jamais su si elle le faisait exprès. Ce n’était pas simplement sa tenue, mais toute la cérémonie dans une salle de l’hôtel Ramada qui semblait sordide et embarrassante.
p.80

Mais le plus surprenant, le plus abouti et le plus déconcertant, c’est sans doute l’étrange famille que forme Sarah, Edward et leur fille adoptive, Mary-Emma, à laquelle Tassie s’attache énormément, s’intégrant petit à petit dans leurs vies respectives à la manière d’un satellite, à la fois si loin et si proche, dont on suit longtemps des yeux la petite lumière clignotante.

La peinture du racisme tristement ordinaire et brutal et des relations Noirs/Blancs tels que le roman les décrit soulèvent un certains nombre de questionnements qui ne sont que plus accentués par les descriptions des réunions que Sarah met en place. Il n’y a aucune réponse, aucune solution. Seulement des interrogations qui renvoient au monde d’aujourd’hui et à son fonctionnement.

S’il fallait n’utiliser qu’un seul mot pour résumer La Passerelle, je réutiliserais le terme « étrange ». L’histoire et son écriture simple, fonctionnant sur des images tantôt frappantes tantôt mélancoliques et empruntant beaucoup à la nature, laisse une impression de décalage qui persiste longtemps après la fin de cette lecture.

¹Mathilda Savitch, Victor Lodato, Liana Levi, 2009

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Quand j’étais nietzschéen – Alexandre Lacroix

Flammarion
ISBN : 978-2-08-122167-3

Quatrième de couverture :
« A seize ans, j’ai découvert les livres de Nietzsche.
J’ai lu La Généalogie de la morale au moment de mon anniversaire. Ces lectures m’ont plongé dans une douce, amère et terrible folie. Leur effet a duré un peu plus d’un an. Pendant quatorze mois, j’ai vu le monde, j’ai parlé, j’ai agi, j’ai respiré même à travers Nietzsche. Rien d’autre n’existait, j’étais habité par sa pensée, possédé par elle. Le livre que vous tenez entre les mains est une reconstitution, aussi fidèle que la mémoire le permet, de cette possession.

Mon avis :
Si le roman d’Alexandre Lacroix peut, au premier abord, passer pour un énième récit d’adolescence de plus, cette illusion explose dans les premières pages du livre tant l’angle d’approche est particulier. Si globalement la trame est similaire à celle de la majorité des récits du genre, c’est-à-dire les amitiés, les études, le fossé avec la famille, les découvertes sexuelles et les relations amoureuses naissantes, cette trame est éclairée d’une façon toute à fait inhabituelle, puisqu’il ne s’agit pas d’une simple énumération chronologique mais bel et bien des conséquences de la rencontre d’un adolescent idéaliste avec la philosophie de Nietzsche. Loin de s’en tenir à une interprétation théorique, Alexandre en expérimente littéralement les déclarations.
Avec son meilleur ami Franck, ils vont ainsi commettre des actes qui nous semblent complètement hors de propos, à la fois choquant et fascinant : tuer un chat, interrompre une messe, agresser des gens. On reste partagé entre la désapprobation et une certaine curiosité devant leurs tentatives successives pour vivre en accord avec leurs principes.  Choquant parce que ce sont des actes interdits, répréhensible pénalement et allant à l’encontre de la liberté et de l’intégrité des autres. Fascinant, non dans une optique d’admiration, mais parce que ces actes titillent cette curiosité de savoir que nous franchissons une limite, d’éprouver la viabilité de simples paroles, et en les prennant au premier degré, de pouvoir ensuite s’en détacher et les considérer avec un regard évolué et averti.
Des extraits de l’œuvre de Nietzsche ponctuent le récit, précisant l’origine de certains actes. Un certain nombre de paramètre vont faire évoluer le narrateur, jusqu’à la scène de l’examen, qui est extrêmement savoureuse, autant parce qu’elle permet d’avoir une explication possible, quoique apparemment scolaire des théories nietzschéennes –parmi des centaines- que parce qu’elle est réalité en totale contradictions avec les idées de l’Alexandre âgé de vingt-deux ans.  (ceci étant, je ne suis absolument pas familière de Nietzsche, malgré quelques rapides incursions et lectures en diagonale. Je trouvais qu’on le citait un peu trop à n’importe quels propos. L’éventualité que je me plante sur ce que j’avance juste avant n’est pas à exclure.)
Avant de clore son récit, le narrateur devenu adulte, marié et père de famille revient sur l’adolescent qu’il fût, avec un regard lucide et amusé sur la période troublée et violente que fût son adolescente, conscient que, par rapport à ses idéaux d’alors, il a certainement « déchu », mais, en tant qu’adulte, il considère cela comme une évolution sincère et réaliste.

Voilà ce que je suis devenu : père de famille, soucieux, appliqué, préoccupé, surmené. Par rapport aux promesses que je m’étais faites dans ma jeunesse – ne jamais sombrer dans la normalité, ne pas rentrer dans le rang, cracher sur le troupeau – j’ai déchu, c’est sûr.
[…]
L’adulte que je suis devenu déplairait probablement à l’adolescent que j’étais. […] Mais moi, inversement, je l’aime bien. J’éprouve une affection sincère pour ce jeune homme, et tous les autres de son âge qui ruent dans les brancards, qui refusent de s’avouer vaincus, comme le leur enjoint si complaisamment la société, et qui mettent la pagaille à la moindre occasion. Même s’il entre là-dedans une part de naïveté, de méchanceté crasse, d’ingratitude, voire un manque d’intelligence, je sais que les jeunes nietzschéens sont au plus près, non pas de la pensée de Nietzsche, mais du scandale de l’existence.

Quand j’étais nietzschéen est un roman d’apprentissage, pour reprendre les termes du quatrième de couverture, non dépourvu d’intelligence ou d’humour, mais qui serait peut-être mieux dans les mains des « adultes » pour qu’ils n’oublient pas les adolescents qu’ils furent plutôt que dans celles de tous les adolescents qui pourraient en faire une lecture sans recul. Quoique l’âge soit heureusement relatif.

Note : Un ami m’a donné une petite astuce pour ne plus jamais se tromper quand on écrit Nietzsche.
Il suffit de penser à niet, comme en russe, puis d’ajouter les lettres dans le sens inverse de l’alphabet : Z, S puis C. Ne pas oublier le -e, et le tour est joué.

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Le Dieu des animaux – Aryn Kyle

Traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut
Gallimard
ISBN : 9782070782437
Titre original : The God of Animals

La particularité de ce roman, c’est avant tout une ambiance particulière : celle d’un ranch perdu dans le Colorado et dont les affaires sont loin d’être florissantes, à des lieux du mythe autour du monde du cheval, des cow-boys  et des ranch. Le quotidien d’Alice, treize ans, n’a rien de merveilleux ou de mirobolant : sa mère, atteinte d’un mal que sa fille nomme tristesse, garde le lit depuis sa naissance. De la sœur aînée, véritable prodige, on ne sait que peu de choses : elle s’est enfuie avec un cow-boy quelques mois auparavant. Tandis que son père s’acharne à faire marcher les affaires, Alice traîne sa solitude et ses questions.
Forcé de trouver de nouveaux moyens pour gagner de l’argent, le père transforme une partie du ranch en pension, ce qui amène une nouvelle clientèle composée de jeunes femmes riches et séduisantes, baptisées les Poissons-Chats.

S’inventant une amitié avec une de ses camarades de classe retrouvée morte, Alice noue une étrange relation avec un de ses professeurs, seul adulte avec qui elle peut véritablement parler, et par là même, poser ces questions qui la perturbent tant, tenter de comprendre un monde au sein duquel elle a du mal à trouver sa place. Elle n’est pas la cavalière émérite qu’était sa sœur, solitaire au collège, elle n’a pas de véritable amie, pas même Sheila, seule et unique élève de son père.
Ce n’est pas tant la voix d’Alice qui rend singulière la narration du [Le] dieu des animaux, mais davantage l’équilibre fragile entre l’homme et la Nature. Cette dernière étant omniprésente, quasiment un personnage à part entière, représentée à la fois par l’environnement immédiat -le désert-, par la météo capricieuse et extrême, par les éléments déchainés -la rivière dans laquelle se noie Polly Cain, les inondations- , par la présence de la maladie, de la mort. Enfin et surtout, cette nature se manifeste par le biais des chevaux qui constituent le centre névralgique du récit. La vie et l’action du roman tournent toutes entières autour des chevaux, que ce soit dans le récit du quotidien (les soins, les shows, le dressage…), en toile de fond de l’histoire familiale. Je ne suis pas et je n’ai jamais été une amoureuse des chevaux et le monde hippique me laisse relativement froide ; pourtant, les descriptions des dressages, des compétitions, de tout cet univers s’intègrent brillamment au récit, nous emportant à des milliers de kilomètres et on se surprend à guetter en compagnie d’Alice quelque chose de nouveau qui viendrait arranger la situation, à se demander dans quelle direction aller.
Il n’y a pas de fin fracassante, mais un achèvement réaliste et humain, une page qui se tourne, sans miracle mais sans pathos, sans éclat mais avec cet effet de surprise que la vie nous réserve parfois.

Ce livre a été lu et chroniqué dans le cadre de l’opération Masse Critique organisée par Babelio.

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