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Edith Södergran (1892-1923)

edith-sodergranDe nationalité finlandaise, Edith Södergran naît le 4 avril 1892 à Saint-Pétersbourg. Son père, Matts, est ingénieur et sa mère, Helena, est issue d’une famille fortunée. Elle grandit à Raivola, en Carélie (province située à l’est de la Finlande).

De 1902 à 1908, elle suit des études à l’école allemande de Saint-Pétersbourg où elle côtoie de jeunes russes, allemands et suédois. Edith parle le russe, l’anglais, le français et l’allemand, elle lit Pouchkine, Molière et Goethe, mais ne suit aucun cours de suédois. Dans le journal intime qu’elle tient de 1902 à 1907, on retrouve plusieurs poèmes rédigés en russe, en français et en allemand, ainsi que quelques-uns écrits dans un suédois assez hasardeux, et parfois incorrecte.

Le 1er janvier 1909, quelques mois après la mort de son père, emporté par la tuberculose, Edith apprend qu’elle est, elle aussi, atteinte par cette maladie. Deux années durant, elle fait de fréquents séjours à Nummela, dans le même sanatorium que son père. Il semble qu’elle supporte difficilement ce lieu, d’où elle s’enfuit souvent. Paradoxalement, c’est là qu’elle découvre la littérature suédoise.
En 1911, elle part pour la Suisse, accompagnée de sa mère. D’abord à Arosa, puis à Davos-Dorf. En 1916, elle publie ses premiers poèmes, poèmes qui ne reçoivent qu’un accueil très mitigé.
En 1917, quand la révolution russe éclate, Edith et sa mère n’hésitent pas à se rendre à Saint-Pétersbourg (Pétrograd), qui n’est qu’à 60 kilomètres de Raivola. La guerre civile et la perte de valeur des obligations russes finissent de ruiner les Södergran.
En 1918, Edith fait publier La Lyre de Septembre, dont le modernisme et la liberté de ton sont très mal accueillis par la critique. Elle fera encore publier, en 1919 et en 1920 des poèmes et d’aphorismes qui seront recueillis sous le titre L’Ombre de l’avenir. Une fois encore, la réception est mauvaise.

De plus en plus pauvre et isolée malgré l’amitié et le soutien de Hagar Olsson, qu’elle considère comme sa sœur, Edith Södergran cesse d’écrire et se tourne vers l’anthroposophie, puis se convertit au catholicisme. Elle participe à Ultra, revue bilingue en suédois et en finnois. En 1922, elle retrouve peu à peu l’inspiration, mais elle est de plus en plus malade et traverse un hiver très difficile. Elle meurt le soir de la Saint-Jean, le 24 juin 1923, à Raivola. C’est après sa mort que le plus connu de ses poèmes, Le pays qui n’est pas, fut retrouvé.

Son œuvre est particulière, elle est finlandaise mais s’exprime en suédois. Un père suédois, une mère finlandaise, ce double héritage culturel se retrouve et s’affronte parfois. Elle a connu deux guerres : la Première Guerre mondiale, mais aussi la guerre civile de 1917 qui aboutit à l’indépendance de la Finlande le 6 décembre 1917, alors que la Russie est elle-même en proie à la guerre civile.
Les relations entre ses parents semblent avoir été tendues et influencés la jeune Edith qui, sans manifester de réelles prises de positions féministes, reproche souvent aux hommes leur domination sur les femmes. Cette méfiance envers les hommes se retrouve à plusieurs reprises dans son œuvre (et dans une certaine mesure, dans sa vie personnelle, bien que je sois d’avis de considérer cet argument avec prudence, et en gardant à l’esprit qu’elle était atteinte d’une maladie incurable à l’époque, et donc condamnée à moyenne échéance.) Elle n’est pas sans m’évoquer Katherine Mansfield, à la fois à cause de son histoire personnelle et intellectuelle et à cause du ton de son œuvre. Avis tout à fait personnel, je vous laisse seuls juges.

Bibliographie

Poème ( 1916 )
La Lyre de Septembre ( 1918 )
L’Autel de Roses ( 1919 )
L’Ombre de l’Avenir ( 1920 )
Le Pays qui n’existe pas ( 1925 )

Bibliographie en français

Edith Södergran, Poèmes complets, P. J. Oswald, 1973, traduction Régis Boyer
Poésies de Finlande, Runoja / Finsk Lyrics, présentation de Lucie Albertini, Le temps parallèle, 1989 , traduit du suédois par Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini
Le Pays qui n’existe pas, La Différence, 1992, traduit du suédois par Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini

Pour en savoir plus

Le site Järvellä sur la poésie nordique et leur page consacrée à Edith Södergran
Wikipédia

(Source de l’image)

Poste dédié à la personne qui m’a fait découvrir Edith Södergran. Merci à Toi.

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William Butler Yeats (1865 – 1939)

Yeats est né le 13 juin 1865 à Sandymouht (à côté de Dublin) dans une famille protestante. Il est l’aîné de six enfants. Son père, John Butler Yeats, est peintre et décide d’aller étudier la peinture aux Beaux-Arts de Londres. Toute la famille déménage dans un appartement qu’occupera plus tard Sylvia Plath. En 1872, la mère et les enfants retournent vivre à Sligo, brièvement puisqu’ils re-déménageront en Angleterre deux ans plus tard.
Il commence ses études en 1881 à Dublin, études qui ne furent pas particulièrement brillantes semble-t-il. Par la suite, il étudiera les Beaux-Arts, comme son père (mais à Dublin). C’est aux alentours de cette époque qu’il se passionne pour l’étude du folklore irlandais et les sciences occultes.

La famille  retourne une nouvelle fois à Londres en 1887, et Yeats rejoint à cette occasion la loge de la société de Théosophie. Il fait également la connaissance de Samuel Liddell qui l’introduit au sein de l’ordre de la Golden Dawn. (Il fera la connaissance de Aleister Crowley mais seront plus ennemis qu’amis). C’est vers cette époque, alors qu’il prépare l’édition des poèmes de William Blake, qu’il compile des contes folkloriques et des légendes, que Yeats va faire plusieurs rencontres déterminantes, parmi lesquelles Maud Gonne, dont il tombe éperdument amoureux. Il publie son premier recueil de poèmes The wandering of Oisin & Others Poems (Errances d’Oisin) en 1889.

Sous son influence et celle de ses amis, les années 1890 voient apparaître un véritable regain d’intérêt pour le folklore et les mythes celtes. En 1890, il demande Maud Gonne en mariage une première fois (demande qu’elle refuse, elle ne l’épousera jamais, malgré les demandes répétées de Yeats). Il quitte la société de Théosophie.

Il effectue deux voyages à Paris, en 1894 et 1896, au cours desquels il fera la connaissance de Verlaine, de Villiers-de-l’île-Adam et de Synge (qui n’est pas encore connu en tant qu’auteur de théâtre à ce moment là). Il demande Maud Gonne en mariage pour la deuxième fois.  Il entame une courte liaison avec Olivia Shakespeare, fait la connaissance des sœurs Lissadell : Constance et Eva, qui allaient toutes les deux s’illustrer dans la lutte pour l’indépendance de l’Irlande.  Yeats rejoint l’Irish Republican Brotherhood (I.R.B)

Il publie The Wind among the Reeds (Le vent parmi les roseaux) en 1899, et demande Maud Gonne en mariage une troisième fois. Il récidivera l’année suivante avant de quitter l’I.R.B.

1902 : sa pièce de théatre, Cathleen-Ni-Houlihan est jouée, avec Maud Gonne dans le rôle principal.

En 1903 cette dernière épouse John MacBride, que Yeats considérait comme « une brute et un ivrogne ». (Leur mariage sera un échec et ils divorceront en 1905)

L’Abbey Theatre ouvre ses portes à la fin de l’année 1904, Yeats en est à la fois le co-directeur et le directeur de production. Plusieurs problèmes se poseront, notamment les tâches administratives et la difficulté d’écrire pour un public diversifié.
Il prend Ezra Pound, auteur qu’il admire particulièrement, comme secrétaire particulier en 1913. Ils se brouilleront trois ans plus tard, après que Pound ait publié des poèmes de Yeats en les modifiant à sa façons. Éclate l’insurrection irlandaise pendant la période de Pâques, en 1916. Cette révolte est un échec et la répression sanglante. Constance Lissadell, qui est devenue la comtesse Markiewicz est condamnée à la prison et John McBride est condamné à mort.

L’année suivante, Yeats demande une dernière fois à Maud Gonne de l’épouser. Devant son refus, il demande en mariage la fille de cette dernière, Iseut Gonne, qui refuse également. Suite à ce refus, il épousera quelques temps après Georgie Hyde-Lees, âgée de 25 ans. Sa fille Anne naîtra en 1919 et son fils Michael en 1921.

Il sera nommé sénateur d’Irlande, puis obtiendra le prix Nobel en 1923. Vers cette époque, son état de santé commence à décliner et le contraint à séjourner dans le sud. Il séjourne à Algesiras, puis en Italie et surtout en Sicile. Il est brièvement intéressé par le mouvement des Chemises Bleues de Eoain O’Duffy avant de s’en détourner. Il séjourne à Menton, puis au Cap-Martin où il meurt, le 28 janvier 1939. Il est enterré à Roquebrune. En 1948, son corps est transféré au cimetière de Drumcliffe, dans le comté de Sligo, au pied du Ben Bulben. Sa tombe porte cet épitaphe :

Cast a cold eye
On life, on death.
Horseman, pass by !

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Paul Celan (1920 - 1970)

celanIl est né le 23 novembre 1920 en Bucovine, une région du nord de la Roumanie. N’allez pas chercher sur une carte où c’est, parce que depuis 1991, la Bucovine fait partie de l’Ukraine. (Avant 1918, c’était l’Empire austro-hongrois, et entre 1944 et 1991, c’était la Russie soviétique.) 
Ses parents sont des juifs allemands (si, c’est important pour la suite), Celan est l’anagramme de son nom : Ancel en roumain ou Antschel en allemand. Il fait ses études dans une école allemande, dans une école hébraïque puis dans un lycée roumain. *  et comment vous en êtes venu à la culture burgonde ? *

Passons rapidement sur sa jeunesse et arrivons en 1942. Ses parents, qui avaient refusé de se cacher sont envoyés en déportation en Ukraine. (maintenant c’est la Transnistrie. Pour les courageux qui ont envie de se démonter la tête, jetez un œil ici. Maintenant je propose qu’on arrête avec la géographie.) Son père meurt du typhus et sa mère est certainement exécutée. Paul Celan est envoyé dans un camp de travail.

À la fin de la guerre, il part pour Bucarest, et deviendra lecteur et traducteur russe-roumain pour les éditions Cartea Rusa (Le Livre Russe). Il traduira, entre autres, Tchekhov.

En 1947, il publie ses premiers poèmes, puis il part six mois pour Vienne.

En juillet 1948, il part pour Paris, via Innsbrück. La revue Plan publie dix-sept de ses poèmes, repris dans le recueil Der Sand aus den Urnen (Le Sable des urnes) dont Celan interdira la diffusion.

Il s’inscrit en licence d’allemand à la Sorbonne en 1949. Traduction de Cocteau et d’Apollinaire.

1952 : Mariage avec Gisèle de Lestrange,  et parution du recueil Mohn und Gedächtnis (Pavot et mémoire)

Traduction de Cioran et de Picasso en 1955. Cette année-là paraît à Stuttgart son recueil Von Schwelle zu Schwelle (De seuil en seuil). Il obtient la nationalité française.

1956 : traduit en allemand le commentaire du film Nuit et Brouillard.

1960 : traduit la Jeune Parque, de Valéry. Claire Goll, la veuve d’Yvan Goll, dont Celan avait traduit les poèmes en allemand à la demande de ce dernier l’accuse d’avoir plagié l’œuvre de son mari. Elle lance une campagne de diffamation contre Paul Celan.

1962 : Travaille pendant un mois comme traducteur au Bureau International du Travail, à Genève.

1967 :  Grave crise psychique au début de l’année qui le conduira à effectuer un séjour en hôpital psychiatrique. Paul Celan quitte son domicile et s’installe seul dans un appartement de la rue Tournefort (Ve). Traduit vingt-et-un sonnets de Shakespeare.  Rencontre Heidegger.

1969 : Traduction de Rimbaud, Michaux, Mandelstam. Fait un séjour en Israël, invité par l’association des écrivains  Israélites.

1970 : Fin avril, Celan se donne la mort en se jetant dans la Seine, sans doute du pont Mirabeau.  Son corps est retrouvé le 1er mai.
Il est enterré au cimetière de Thiais le 12.


La biographie ne comporte pas la liste de toutes ses traductions, ni les dates de parutions de tous ses ouvrages, le but n’étant pas de faire un catalogue détaillé.

Articles sur Paul Celan, son écriture, son œuvre :

Paul Celan, sur le site Esprit nomade

Paul Celan, sur le site monumenta
Ce site est remarquable, on peut entendre des lectures de ses textes, voir des vidéos d’entretiens, des photos, lire des articles connexes… le tout présenté de manière simple et accessible.