Le Livraire

Carnet de lecture

Archives de Tag: Fantastique / Fantasy

L’échange – Alan Brennert

Traduit par Philippe R. Hupp
ISBN : 978-2070419739

echangePrésentation de l’éditeur
N’avez-vous jamais rêvé de changer de vie ? Ne vous êtes-vous jamais dit qu’un jour vous aviez pris une mauvaise décision, une décision aux conséquences radicales pour votre existence entière ? Richard Cochrane avait un rêve : quitter Appleton, sa petite ville natale et faire carrière sur la scène de Broadway. Un rêve qu’il a concrétisé mais, chaque fois que le rideau tombe sur un spectacle, il remâche l’échec de sa vie privée.
Dans une autre réalité, Rick Cochrane, lui, n’a jamais quitté Appleton. Employé dans une compagnie d’assurances, il a deux beaux enfants, une épouse adorable, mais il étouffe, rongé par le regret d’avoir renoncé à sa passion du théâtre.
Deux vies séparées par le temps et le hasard et qui pourtant, un soir de pluie, vont se rejoindre. L’occasion unique pour Richard et Rick d’échanger leurs rôles, d’explorer les voies qu’ils n’ont pas prises, de découvrir que dans un monde ou un autre, le prix du bonheur reste le même.

Mon avis
Un livre assez incroyable. A partir d’une idée somme toute assez simple, d’une question que la plupart d’entre nous se pose un jour ou l’autre (A quoi ressemblerait ma vie si je n’avais pas pris tel ou tel décision ?), Brennert nous offre un roman à la fois émouvant et réaliste, tranchant et optimiste, tout en finesse et en subtilité.
Rien ne vient expliquer pourquoi cet échange a été possible, évitant ainsi les explications alambiquées et peu convaincantes qui auraient décrédibilisé le récit. Cette lacune ne pénalise ni la compréhension du roman et ni le plaisir que l’on en retire. On s’identifie assez facilement à Rick / Richard, personnages très humains avec leurs forces et leurs faiblesses, tour à tour agaçants, énervants, émouvants, nobles, minables, veules, égoïstes, aimants… mais plus encore qu’une identification à un protagoniste, j’aurai tendance à penser que c’est aux schémas que l’on s’identifie, que l’on compare, plus ou moins consciemment leurs vies respectives, leurs choix qui ont fait d’eux ce qu’ils sont et les moments de notre vie où, nous aussi, nous avons dû prendre des décisions qui ont irrémédiablement modifié le cours de notre destin. (peut-on influencer -ou non- le destin est cependant un tout autre débat et je laisse à chacun le soin d’y réfléchir).

Le style est simple, riche mais ni lourd ni ennuyeux. S’il fallait ne choisir qu’un seul adjectif pour le qualifier je choisirais le terme de « vivant ». Je tiens à souligner également la précision avec lequel est décrit le monde du cinéma et les techniques de travail des acteurs.

Share

Publicités

Days – James Lovegrove

Traduit de l’anglais par Nenad Savic
Edition J’ai Lu

daysPrésentation de l’éditeur :
Chez Days, le plus grand gigastore du monde, tout s’achète. Absolument tout. Mais pour le commun des mortels, il faut bien souvent se contenter des vitrines éclairées qui font le tour du bâtiment, car on ne peut rentrer chez Days qu’avec une carte de membre. Alors, certains sont prêts à tous les sacrifices, toutes les folies, pour parvenir à mettre la main sur l’un des fameux sésames. Que ne ferait-on pas pour pénétrer dans le temple absolu de la consommation ? Car une fois à l’intérieur, à l’abri du monde et des tracas quotidiens, l’âme emplie par toutes les promesses de promotions et de ventes flash, on se sent enfin exister. Le client est roi, dit-on… Mais à quel prix ?

Mon avis :
Days est plus qu’un simple magasin, c’est un empire bâti sur des règles complexes, et les enfreindre vous réduit au rang de paria. Cet empire est entre les mains des sept fils du fondateur, Septimus Days, personnage excentrique qui battît sa vie et sa réussite autour du chiffre sept.
Frank Hubble est le chef de la Sécurité Tactique. Un fantôme comme on les nomme. Toute sa formation a consisté à lui apprendre à se faire oublier, à ne laisser aucune trace dans les mémoires. Personnage fragile, hésitant, qui regrette sur le tard d’avoir choisi cette voie -mais que faire d’autre ?- et qui décide de démissionner.
Linda et Gordon forme un couple modeste. Toute sa vie durant, Linda n’a attendu qu’une seule et unique chose : pouvoir posséder une carte pour aller chez Days. Voilà que justement, cette carte, ce précieux sésame leur a enfin été accordé : une Silver. Linda va pouvoir réaliser son rêve, à condition que la réalité ne soient pas pour elle une désillusion terrible, d’autant qu’on dit que les clients de Days finissent par se comporter de manière étrange, littéralement absorbés par le magasin.

Quelques personnages, d’abord grossièrement esquissés et dont la complexité s’accentue au fur et à mesure de la narration. Un conflit mortelle entre le rayon des livres et celui de l’informatique. Days est un roman, non d’anticipation -qui a vu des bousculades répétées dans les grands magasins le samedi après-midi me comprendra- mais une critique de la société de consommation et des comportements des foules. Des humains, des êtres -en principe- pensant, se transformant en horde sauvage affamée avide de bonnes affaires et perdant tout sens de la mesure. Un homme à qui l’on a inculqué l’oubli de sa propre conscience, de sa propre existence, un couple à la vie médiocre, littéralement abrutit, obsédé par l’idée de possession d’une chose, dans le seul but de prendre sa revanche sur la vie, de faire bisquer les voisins, tous cela n’est jamais qu’un reflet de notre société.
Un livre intéressant, intriguant et terriblement vrai. L’écriture de Lovegrove ne s’embarrasse ni de fioriture ni de grandes phrases mais frappe juste. Chirurgical.

Share

L’affaire Charles Dexter Ward – H.P. Lovecraft

Résumé :
Le dénommé Charles Dexter Ward, interné dans une maison de santé près de Rhodes Island, a mystérieusement disparu. Avant son internement, le jeune homme était un étudiant qualifié de brillant. Féru d’histoire, d’archéologie et de généalogie, il avait entrepris certaines recherches au sujet de l’un de ses ancêtres, Joseph Curwen, jugé pour actes de sorcellerie à Salem, deux siècles plus tôt. Au fur et à mesure de ses recherches, son comportement se modifie. Son allure physique elle-même en vient à changer, le faisant de plus en plus ressembler à son aïeul.

Sa famille et le médecin de famille, le docteur Weller sont de plus en plus inquiets. Ce dernier décide alors de mener l’enquête et de découvrir quelles mystérieuses et terrifiantes découvertes Charles a pu faire.

Mon avis :
L’affaire Charles Dexter Ward est la première œuvre de Lovecraft que j’ai eu l’occasion de lire. J’avais toujours entendu parler de cet auteur sans jamais trouver le temps de m’y plonger, bien que de nombreuses personnes dans mon entourage me le conseillaient. Finalement, c’est un concours de circonstances particulier qui m’a décidé.

Le style est très classique, précis et foisonne de détails : noms de personnages, dates, lieux, ce qui ralentit par moment la narration. Cependant, ces détails permettent de dresser une carte mentale et une évolution précise des événements, comme il convient pendant une enquête.

Les multiples noms et références fictives peuvent également rebuter un lecteur qui n’a pas été prévenu ou qui n’est pas ou peu familiarisé avec l’univers lovecraftien. Toutefois, la tension qui monte crescendo et de manière inexorable, lentement mais sûrement, les personnages qui peu à peu laissent tomber leurs masques ou/et sombrent dans la folie mettent mal à l’aise presque malgré soi. C’est du Lovecraft, on a été prévenu, mais, rien n’y fait, on grince des dents. On ne ressent pas forcément de la peur (du moins ca n’a pas été mon cas) mais plutôt un malaise diffus et persistant. C’est là, à mon humble avis, tout l’art de Lovecraft : on a beau s’en défendre, s’y attendre, rien n’y fait. À l’instar de ses personnages, presque toujours prévenus que ce qu’ils entreprennent est une folie (mais dont ils ne peuvent se détacher), on n’échappe pas ou très difficilement à l’univers de ses récits qui nous capturent, malgré nous.

Roverandom – Tolkien

Le conte Roverandom trouve sa source dans une anecdote toute simple, presque banale. Été 1925, la famille Tolkien est en vacances à Filey, dans le Yorkshire. Or, voici que son fils cadet, Michael âgé de cinq ans, oublie son chien miniature sur la plage. Malgré tous leurs efforts, ils ne retrouveront pas le jouet.

Pour le consoler, Tolkien invente un conte narrant les aventures du chien-jouet après que ce dernier ait été perdu.

Résumé :
Pour avoir été insolent envers un magicien, le jeune chien Rover est transformé en jouet miniature par l’acariâtre Artaxérès. Commence alors pour le jeune chien un long voyage qui le mènera sur la lune, et jusque sous les mers, de multiples métamorphoses et de nombreuses rencontres. Mais parviendra-t-il à rentrer chez lui ?

Mon avis :
C’est en premier lieu le titre du livre qui m’a intrigué. Roverandom ? Hein ? Cékoissa ? Donc, forcément, j’ai été regarder la quatrième de couverture. Proche de Bilbo le Hobbit, par le style de narration (très simple en apparence, riche de sens et de significations) et l’ambiance. Facile à lire (pas de grandes descriptions généalogiques, de listes de noms à retenir comme dans le Silmarillion), plus rapide à lire que Le Seigneur des Anneaux, Roverandom est un court récit d’une centaine de pages qui tient agréablement en haleine.

Petits et grands peuvent le lire. Les premiers seront sans doute ravis par les aventures du petit chien Rover, les plus grands également, sans compter les nombreux jeux de mots, références littéraires et mythologiques auxquelles Tolkien fait allusion (légende arthurienne, linguistique…). L’édition de Christian Bourgois présente de nombreuses notes explicatives facilitant la compréhension de certaines allusions, qui, à cause de la traduction ont tendances à être gommées. En outre, cette édition présente des illustrations que Tolkien avait lui même réalisées. Un livre amusant à lire et plaisant à découvrir.

Lu dans le cadre du Challenge ABC.
L’article du site Thamonodrim sur Roverandom.

Petite cuisine du Diable – Poppy Z. Brite

Au Diable Vauvert
ISBN : 2846260737
Traduction : Mélanie FAZI et Nadège MEGE

Paru sous le titre The Devil You Know, quatorze nouvelles très différentes de ses précédents ouvrages. On sort de l’ambiance « personnages beaux et déglingués, marginaux / homosexualité à toutes les pages / scènes de sexe crues / atmosphère « gothico-trash ». L’auteur déclare elle-même dans l’introduction qu’elle en avait assez d’aligner des clichés sur la Nouvelle-Orléans, et voulait présenter un aspect plus réel, plus authentique de sa ville.

Ce qui ne veut absolument pas dire « conventionnel et ennuyeux ». Mais voyons rapidement le résumé de chaque nouvelle.

• Le Diable par la queue : Quand le Diable et son chat se mêlent au carnaval de la Nouvelle-Orléans. Très courte, en partie inspirée par une nouvelle de Boulgakov.
• Ô Camarde, où est ta spatule ? Le coroner de la Nouvelle-Orléans est un fin gourmet. Sur sa table d’autopsie, il retrouve son restaurateur favori.
• Le Marais aux lanternes : Noel, Bronwen et Phil vivent dans une petite ville entourée par les marais. Depuis l’enfance, Noel est lié aux marais et à ses lanternes. M.Prudhomme lui, souhaite faire combler cette étendue de terre inutile pour y construire un centre commercial. Noel le met en garde, il ne ne laissera jamais faire ça. Sans doute ma nouvelle préférée.
• Rien de lui ne s’étiole : Un couple dont les membres ne savent plus s’ils s’aiment ou s’ils ne s’aiment plus, décide de partir en Australie pour se retrouver.
• L’Océan : On retrouve ici des thèmes déjà largement abordés par Brite dans d’autres œuvres : le rock et le vampirisme.
• Marisol : Quand un chef cuisinier follement génial (ou génialement fou) reçoit une critique gastronomique qui lui reste en travers de la gorge.
• Poivre : une brève nouvelle à propos d’un restaurant.
• Pansu : Quand l’exorciste fait une incursion dans un restaurant coréen.
• Tout feu tout flamme : Écrite pour l’anthologie de nouvelle liées à la BD Hellboy, cette nouvelle présente un morceaux de l’enfance de Liz Sherman.
• Gel Système : Écrite pour le site promotionnel de la série Matrix. Fria Canning va mourir, là, au milieu de l’Himalaya, quand l’agent Jonh Fine lui propose un marché.
• Bayou de la Mère : La religion de votre enfance peut vous poursuivre de bien étrange manière, même si vous avez perdu la foi (ou que vous pensez l’avoir perdue).
Le Cœur de la Nouvelle-Orléans : Un enfant de cinq ans est mort noyé. Selon sa mère, il était « plus que surdoué ». Y a-t-il un rapport avec l’étrange anomalie de son cœur ?
• Une Saison en enfer : Paul est un jeune homme angoissé et incertain qui décide de travailler en cuisine en attendant d’entrer à la fac. Son séjour en cuisine pourrait lui apporter bien plus qu’une banale expérience professionnelle.

J’ai largement préféré ce recueil à d’autres ouvrages de Poppy Z. Brite. J’avais lu Les corps exquis, Sang-d’Encre et Âmes Perdues (dans cet ordre). J’avais bien aimé Sang-D’encre, trouvé Âmes Perdues un peu clichés. Quant aux Corps Exquis  j’avais trouvé que ça jouait un peu la carte de la surenchère du trash, du porno et d’accumulation de pseudos effets « shocking ». (on m’avait dit « ah oui, c’est gerbant, je te met au défi de le lire sans vomir ». C’était lassant toute cette viande, mais il en faut plus pour me faire vomir.)
Par contre, Petite cuisine du Diable est une excellente surprise. Si vous pensez que vous avez tout lu de Brite et/ou que pour vous, elle et Anne Rice c’est la même chose, lisez ce bouquin, vous ne serez pas déçu. (petite précision : je n’aime pas du tout l’écriture d’Anne Rice, mais ceci… est une autre histoire).

La critique de Petite cuisine du Diable sur evene.fr