Le Livraire

Carnet de lecture

Archives de Tag: Flammarion

Semaine 26

On reprend doucement le fil des récaps avec un rapide point sur les nouvelles importantes de la semaine passée :

  • Le PDG d’Amazon, Arnaud Montebour a confirmé l’ouverture d’un nouvel  entrepôt de 40 000m² à Chalon-sur-Saone. Cette ouverture devrait créer entre 300 et 500 emplois sur la durée. (source)
  • L’écrivain Robert Sabatier, l’auteur du roman Les Allumettes suédoises est mort, il avait 88 ans.
  • Les éditions Grasset ont choisi Pierre Demarty pour traduire le nouveau roman de J.K Rowling, The casual Vacancy, qui devrait paraître le 27 septembre. (Ca me paraît court pour réaliser une traduction, mais bon…)
  • 646 romans français et étrangers sont prévus pour la rentrée littéraire 2012. Un chiffre en très légère baisse dans un contexte économique toujours tendus. (426 titres français, 220 titres étrangers). (source)

    (source originale et auteur inconnu)

L’Orfelin – Alexandre Lacroix

Flammarion
ISBN :
978-2-0812-4131-2

orfelinDernier volume d’une trilogie autobiographique, L’Orfelin est moins un récit d’enfance que le rassemblement de souvenirs fragmentaires autour du suicide d’un père.
Le titre, surprenant au premier abord, vient d’un roman que l’auteur, alors en CE1, décida un soir d’écrire, désir aussi soudain qu’une « envie de pisser par une froide journée d’hiver ». Cette histoire d’un jeune garçon orphelin, écrite à une époque  où son père était vivant, n’a cependant rien à voir – constitue un parallèle étrange et involontaire avec son histoire personnelle et plus encore, celle de sa famille.

Si Quand j’étais nietzschéen possédait cette vigueur non dépourvue d’humour et de recul, le style de L’Orfelin est empreint d’une distance sobre, sans illusions ou emphase inutile. Il y a là une sorte de pudeur factuelle, consistant à s’en tenir à une élaboration des faits et des sentiments sans les charger de pleurnicheries, quoique les sujets abordés ne soient ni faciles à aborder, évident à raconter ou même glorieux, et si les détails personnels sont explicites, la manière dont ils sont racontés sauvent le récit, lui épargnant de n’être qu’un vulgaire déballage.

Le roman est divisé en trois journées différentes, chacune marquant, sous un aspect ordinaire une étape décisives pour le narrateur : une nuit dans un camping, une journée passée à faire le vide dans les affaires du père défunt, la naissance d’un fils. Ces trois événements qui, dans l’absolu, peuvent concerner une large majorité de personnes, font ressurgir une foule de souvenirs, un enchaînement de faits et les conséquences, parfois dramatiques, qui en découleront.

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Les derniers jours de Stefan Zweig – Laurent Seksik

Flammarion
ISBN : 978-2-08-123189-4

les_derniers_jours_de_stefan_zweigQuatrième de couverture :
Le 22 février 1942, exilé à Pétropolis, Stefan Zweig met fin à ses jours avec sa femme, Lotte.
Le geste désespéré du grand humaniste n’a cessé, depuis, de fasciner et d’émouvoir. Mêlant le réel et la fiction, ce roman restitue les six derniers mois d’une vie, de la nostalgie des fastes de Vienne à l’appel des ténèbres. Après la fuite d’Autriche, après l’Angleterre et les États-Unis, le couple croit fouler au Brésil une terre d’avenir. Mais l’épouvante de la guerre emportera les deux êtres dans la tourmente – Lotte, éprise jusqu’au sacrifice ultime, et Zweig, inconsolable témoin, vagabond de l’absolu.

Mon avis :
Ma lecture enthousiaste du livre de Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier, m’a incitée à poursuivre mes explorations dans le domaine des biographies romancées. Si je connais relativement bien Sylvia Plath et Ted Hughes, je n’entends rien à Stefan Zweig que je ne connais que de nom. Sa vie ne m’est pas étrangère, mais n’ayant jamais lu aucun de ses romans, je n’ai qu’une vision superficielle et extérieure de son œuvre. Ayant décidée de combler un jour ou l’autre cette pitoyable lacune, la parution du livre de Laurent Seksik ne pouvait pas mieux tomber, offrant une entrée en la matière originale et plus générale que le choix -parfois un peu arbitraire- d’un roman choisi parmi d’autres.

Le bilan de cette lecture est malheureusement assez mitigé ; s’il ne fait absolument aucun doute que ce roman est superbement écrit et documenté et que l’auteur a réalisé un travail admirable, je n’ai pas du tout accroché. Tout au long de ma lecture, j’ai attendu de ressentir cette fièvre obsessionnelle qui se développe invariablement lorsqu’un sujet m’accroche et ne me lâche plus et dont les symptômes sont reconnaissables : multiples recherches internet, sélection draconienne d’ouvrages, questions incessantes à toute personne susceptible de m’en dire plus et omniprésence du sujet dans la moindre conversation.
Cet avis est tout à fait subjectif et ne remet pas en cause la qualité du roman, puisque ce n’est pas un manque au niveau de la forme, mais au niveau du fond : cette plongée dans les derniers mois de la vie de Zweig et de sa seconde épouse n’a rien éveillé en moi.
Par un effet que je qualifie volontiers de pervers, le fait de ne ressentir aucun intérêt à la lecture de ce roman ne m’incite pas du tout à aller lire les ouvrages de Zweig. Pourquoi effet pervers ? Parce qu’intellectuellement, je considère que se baser sur la vie d’un écrivain pour analyser son œuvre, comme le faisait Sainte-Beuve, est loin de toujours donner un éclairage supplémentaire à l’œuvre, mais peut conduire à des contresens plus ou moins importants  et à donner une idée fausse de son œuvre. A fortiori quand il s’agit d’une biographie romancée, donc un ouvrage qui reste apparenté à de la fiction.

Ceci étant, si les lectures éventuelles de Zweig sont, pour moi, remises à une date ultérieure, il est très probable que d’autres au contraire soient enchantés par cette lecture et désirent par la suite (re)découvrir les ouvrages de l’écrivain autrichien.

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Quand j’étais nietzschéen – Alexandre Lacroix

Flammarion
ISBN : 978-2-08-122167-3

Quatrième de couverture :
« A seize ans, j’ai découvert les livres de Nietzsche.
J’ai lu La Généalogie de la morale au moment de mon anniversaire. Ces lectures m’ont plongé dans une douce, amère et terrible folie. Leur effet a duré un peu plus d’un an. Pendant quatorze mois, j’ai vu le monde, j’ai parlé, j’ai agi, j’ai respiré même à travers Nietzsche. Rien d’autre n’existait, j’étais habité par sa pensée, possédé par elle. Le livre que vous tenez entre les mains est une reconstitution, aussi fidèle que la mémoire le permet, de cette possession.

Mon avis :
Si le roman d’Alexandre Lacroix peut, au premier abord, passer pour un énième récit d’adolescence de plus, cette illusion explose dans les premières pages du livre tant l’angle d’approche est particulier. Si globalement la trame est similaire à celle de la majorité des récits du genre, c’est-à-dire les amitiés, les études, le fossé avec la famille, les découvertes sexuelles et les relations amoureuses naissantes, cette trame est éclairée d’une façon toute à fait inhabituelle, puisqu’il ne s’agit pas d’une simple énumération chronologique mais bel et bien des conséquences de la rencontre d’un adolescent idéaliste avec la philosophie de Nietzsche. Loin de s’en tenir à une interprétation théorique, Alexandre en expérimente littéralement les déclarations.
Avec son meilleur ami Franck, ils vont ainsi commettre des actes qui nous semblent complètement hors de propos, à la fois choquant et fascinant : tuer un chat, interrompre une messe, agresser des gens. On reste partagé entre la désapprobation et une certaine curiosité devant leurs tentatives successives pour vivre en accord avec leurs principes.  Choquant parce que ce sont des actes interdits, répréhensible pénalement et allant à l’encontre de la liberté et de l’intégrité des autres. Fascinant, non dans une optique d’admiration, mais parce que ces actes titillent cette curiosité de savoir que nous franchissons une limite, d’éprouver la viabilité de simples paroles, et en les prennant au premier degré, de pouvoir ensuite s’en détacher et les considérer avec un regard évolué et averti.
Des extraits de l’œuvre de Nietzsche ponctuent le récit, précisant l’origine de certains actes. Un certain nombre de paramètre vont faire évoluer le narrateur, jusqu’à la scène de l’examen, qui est extrêmement savoureuse, autant parce qu’elle permet d’avoir une explication possible, quoique apparemment scolaire des théories nietzschéennes –parmi des centaines- que parce qu’elle est réalité en totale contradictions avec les idées de l’Alexandre âgé de vingt-deux ans.  (ceci étant, je ne suis absolument pas familière de Nietzsche, malgré quelques rapides incursions et lectures en diagonale. Je trouvais qu’on le citait un peu trop à n’importe quels propos. L’éventualité que je me plante sur ce que j’avance juste avant n’est pas à exclure.)
Avant de clore son récit, le narrateur devenu adulte, marié et père de famille revient sur l’adolescent qu’il fût, avec un regard lucide et amusé sur la période troublée et violente que fût son adolescente, conscient que, par rapport à ses idéaux d’alors, il a certainement « déchu », mais, en tant qu’adulte, il considère cela comme une évolution sincère et réaliste.

Voilà ce que je suis devenu : père de famille, soucieux, appliqué, préoccupé, surmené. Par rapport aux promesses que je m’étais faites dans ma jeunesse – ne jamais sombrer dans la normalité, ne pas rentrer dans le rang, cracher sur le troupeau – j’ai déchu, c’est sûr.
[…]
L’adulte que je suis devenu déplairait probablement à l’adolescent que j’étais. […] Mais moi, inversement, je l’aime bien. J’éprouve une affection sincère pour ce jeune homme, et tous les autres de son âge qui ruent dans les brancards, qui refusent de s’avouer vaincus, comme le leur enjoint si complaisamment la société, et qui mettent la pagaille à la moindre occasion. Même s’il entre là-dedans une part de naïveté, de méchanceté crasse, d’ingratitude, voire un manque d’intelligence, je sais que les jeunes nietzschéens sont au plus près, non pas de la pensée de Nietzsche, mais du scandale de l’existence.

Quand j’étais nietzschéen est un roman d’apprentissage, pour reprendre les termes du quatrième de couverture, non dépourvu d’intelligence ou d’humour, mais qui serait peut-être mieux dans les mains des « adultes » pour qu’ils n’oublient pas les adolescents qu’ils furent plutôt que dans celles de tous les adolescents qui pourraient en faire une lecture sans recul. Quoique l’âge soit heureusement relatif.

Note : Un ami m’a donné une petite astuce pour ne plus jamais se tromper quand on écrit Nietzsche.
Il suffit de penser à niet, comme en russe, puis d’ajouter les lettres dans le sens inverse de l’alphabet : Z, S puis C. Ne pas oublier le -e, et le tour est joué.

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