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Archives de Tag: Homosexualité

À propos du mariage homosexuel

Ils jugent aussi que le législateur est légitime à décider « que la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d’un homme et d’une femme pouvait justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille »

Faut-il en déduire que, ipso facto, ce droit de la famille induit une différence de traitement entre les hommes et les femmes au sein d’un couple marié, différence potentiellement à même de se traduire par certaines inégalités (« le chef de famille »). L’impossibilité éventuelle de répercuter cette inégalité au sein d’un couple composé de personnes du même sexe indiquerait donc qu’il y a bien une différence de traitement suivant que l’on soit un homme ou une femme : plutôt que de faire avancer les choses en les tirant vers le haut (à chaque couple de choisir son schéma, par exemple) on préfère écarter la « minorité gênante » si j’ose dire.

Le PACS c’est la même chose.

D’un point de vue légal, pas exactement, ainsi il ne me semble pas qu’il existe une pension de reversion pour les couples pacsés. Je ne suis pas notaire, mais il serait intéressant de chercher si les contrats-types qu’il est possible contracter lors d’un mariage  sont également applicables au PACS.

D’un point de vue purement rhétorique, si le PACS est la même chose que le mariage, alors pourquoi ne pas autoriser le mariage, c’est, du point de vue du discours, un logos absurde que de se réfugier derrière cet argument pour refuser le mariage homosexuel, prouvant au contraire, que non, cela n’est pas la même chose.

Le mariage c’est un homme et une femme, car seule cette union permet la procréation.

Alors quid des couples stériles ayant recours à un don d’ovocytes ou de sperme ? Là aussi la filiation est artificielle. Qu’en est-il également des parents adoptants des enfants dont les parents biologiques sont parfois encore en vie ?

 

 

La Belle Rouge – Poppy Z. Brite

Au diable Vauvert
ISBN: 978-284-626-2071
Titre original : Prime
Traduit de l’anglais par Morgane Saysana

labellerouge_britePrésentation de l’éditeur :
De La Nouvelle-Orléans, où triomphent leurs plats à base d’alcool, au Texas, où ils vont ouvrir un restaurant de viande, les péripéties épicées de Rickey et G-man, deux chefs qui attirent les ennuis aussi vite que les succès.

Mon avis :
La présentation de l’éditeur est plus que succincte et possède, à mon humble avis, deux gros défauts : premièrement elle tue une partie du suspens. Deuxièmement, elle occulte tout ce qui fait le charme de ce roman. Qui a envie de lire des histoires de cuisine où il est question de temps de cuisson ou de pièces de bœuf ? Soyons honnête, peu de gens. Ceux qui connaissent un peu les précédents ouvrages de Poppy Z. Brite peuvent avoir une idée du style et du contenu réel du roman mais pas les autres. Passons sous silence la couverture qui n’est pas une franche réussite non plus. Sans jeu de mots, tous les goûts sont dans la nature, mais un morceau de viande crue en photo, j’ai vu plus alléchant. *

Pour resituer rapidement, Poppy Z. Brite s’est fait connaître en écrivant un certain nombre de romans et de nouvelles dans des genres proches de l’horreur, du fantastique. Son style est généralement assez cru, voir trash, et contient de nombreuses scènes sexuellement très explicites. Ses personnages sont souvent de jeunes gens homosexuels au style darkos. C’est notamment le cas de Sang d’Encre, Le Corps Exquis (sans doute le plus violent) ou encore des Âmes perdues.

Depuis une petite décennie, elle écrit des romans et des nouvelles plus réalistes, qui ont toujours pour cadre La Nouvelle-Orléans. Vivant avec un chef-cuisinier, une partie de ces histoires ont pour cadre les restaurants et le milieu de la gastronomie, comme c’est le cas pour La Belle Rouge. Il m’est impossible de vérifier si c’est vrai ou non, mais d’après le représentant qui nous l’a présenté, toutes les recettes citées au long du roman existent ! Certains personnages de son recueil de nouvelles Petite Cuisine du Diable se retrouvent dans ce roman.

Gary (G-man) et Rickey sont deux chefs cuisiniers qui ont ouvert, avec succès, leur propre restaurant, qui présente la particularité de ne servir que des plats contenant au moins une dose d’alcool. L’histoire commence sur l’article d’un critique culinaire qui a la dent particulièrement dure envers le restaurant. Il s’avère rapidement que cette diatribe n’est ni gratuite, ni objective, mais un coup monté destiné à faire tomber le protecteur financier de G-man et Rickey, un  homme par ailleurs assez peu recommandable.
Les actions et les intrigues s’enchaînent rapidement, l’adrénaline monte rapidement dans le petit monde mal connu des cuisines de grands restaurants. Le style est nerveux et sert parfaitement l’histoire, les personnages sont haut en couleurs  : un procureur fou et véreux, un rappeur fine-bouche, G-man et Rickey, vieux couple un peu routinier et toujours amoureux,  à des années-lumières des clichés habituels sur les homosexuels. On s’attache rapidement à ce duo hors-normes, aux caractères complémentaires et bien trempés.

La Belle Rouge n’est pas sans rappeler un « thriller » bien tourné, écrit avec une certaine verve, bien que l’éditeur l’ait classé en « littérature générale« . Un roman qui n’est pas un chef-d’œuvre d’écriture ou de style, mais qui détend agréablement, tout en nous mettant l’eau à la bouche au milieu du cadre dépaysant de La Nouvelle-Orléans et de Las Vegas.

Une présentation de  Poppy Z. Brite et de son œuvre

* Juste au moment de publier cette chronique, je me rends compte du jeu de mots avec le titre français. Au moins il y a de l’humour. =)

Blue – Kiriko Nananan

Casterman, 2004
Traduction : Corinne Quentin
ISBN : 2-203-37313-X

Après avoir lu Strawberry Shortackes, j’ai eu envie de poursuivre ma découverte de l’œuvre de Nananan en lisant Blue, dont j’avais pu lire quelques critiques élogieuses et qui semble être le plus représentatif de son travail.

Résumé :
Blue raconte l’histoire de deux lycéennes, Kayako et Masami. L’histoire est toute simple. Kayako et la discrète Masami se lient d’amitié, une amitié qui se muent en amour, puis en souffrance lorsqu’elles choisiront de prendre des chemins différents qui les sépareront définitivement. le titre Blue est une référence au bleu de la mer que Kayako vient contempler, jusqu’au jour où Masami vient la rejoindre.

Mon avis :
Autant j’avais beaucoup apprécié Strawberry Shortcakes, autant Blue ne m’a pas vraiment emballé. Les décadrages sont parfois maladroits et rendent la lecture de l’histoire un peu décousue ; difficulté renforcée par les dessins qui, s’ils sont délicats et très agréables à l’œil, présentent l’inconvénient d’uniformiser les personnages, ce qui ne rend pas la compréhension toujours très simple. Scénario et images ne s’accordent pas toujours. On sent que le travail de Strawberry… est plus mûr, plus accompli. Si vous souhaitez lire les deux, faites-le dans l’ordre de parution, sinon vous risquez d’être un peu déçu.

Natural Woman – Rieko Matsuura

Traduit par Karine Chesneau
Picquier Poche
ISBN-13: 978-2877304757

Quatrième de couverture :
Dans ce roman du désordre amoureux, Yôko, la narratrice, a dix-neuf ans, et ses relations passionnées avec les femmes ressemblent aux mangas qu’elle dessine dans des revues underground. Le coeur y est à vif et les corps s’y ouvrent avec douceur, excès et cruauté. Le récit découpe trois moments dans la vie de Yôko, trois expériences érotiques et amoureuses troublantes où l’autre la révèle à elle-même. Matsuura, dans un style minutieux et cru, décrit des femmes qui s’observent, se désirent, luttent entre elles, convergent vers une union et une identité ardemment recherchées.

Mon avis :
Un livre étrange au récit curieusement désincarné. D’un côté les descriptions crues des jeux amoureux, de l’autre l’état d’esprit et les sentiments de la narratrice, Yôko, un rien masochiste. Les deux semblent totalement séparés et ne se rejoignent jamais, se contentant de se croiser, de se suivre, de se frôler.
Le livre est découpé en trois grands tableaux, trois grands fragments de vie qui correspondent chacun à une histoire d’amour. Yukiko, hôtesse l’air, Hanayo qui est dessinatrice de manga, et Yuriko. Assez curieux et déroutant à lire, la tension et la violence des scènes sexuelles ne fait qu’augmenter le côté désemparé de Yôko, et le sentiment de vacuité que l’on ressent devant ce luxe de détails salaces. Je ne saurais pas dire si j’ai aimé ou pas, il ressort simplement de cette lecture un sentiment de tristesse et de vérité devant toutes ces questions, ces difficultés. Plus qu’un roman érotique, j’aurai tendance à dire que c’est un roman qui sert de l’érotisme pour mieux montrer l’absurdité de nos existences, de notre époque.