Le Livraire

Carnet de lecture

Archives de Tag: Jeunes

Une si jolie robe – Fan Wu

Traduit de l’anglais par Prune Cornet
Philippe Picquier
ISBN : 978-2809700466

FAN8WURésumé (présentation de l’éditeur) :
Lorsque Yan et Ming se rencontrent, l’attirance est immédiate. Pourtant elles ont bien peu de choses en commun, si ce n’est qu’elles étudient dans la même université de Canton. Ming a dix-sept ans, elle est plutôt naïve et solitaire, vit dans un monde fait de livres, de musique et d’imagination. Yan a vingt-quatre ans, elle appartient à la minorité des Miao, elle est belle, sexy, provocante et manipulatrice. Leur rencontre sera brève, intense, et changera pour toujours la v
ie de Ming. Un roman qui raconte la découverte de l’homosexualité par deux jeunes Chinoises, une histoire d’amour interdit et de perte, « originale et inoubliable, le roman de Wu Fan déborde de passion, de vitalité et d’espoir. Les jeunes filles de ce livre sont les filles et les petites-filles de « Chinoises ». Elles sont le produit d’une société à la fois moderne, expansive, et repliée sur elle-même, à cause du communisme » (Xinran, auteur de « Chinoises » ).

Mon avis :
Il ne faut surtout pas se fier à l’image de couverture qui donne l’impression d’avoir affaire à une énième histoire d’étudiantes à problèmes avec un soupçon de saphisme, de manipulation et de futilités toute féminine. L’histoire est autrement plus fine, plus profonde, et les personnages ne sont pas aussi manichéen qu’ils n’y paraissent. Certes, Yan est effectivement une jeune femme sachant tirer son épingle du jeu qui ne recule pas devant un peu de manipulation, de chantage affectif et de séduction pour s’en sortir tandis que Ming est d’une naïveté qui nous paraît à peine croyable. Mais voilà, les campus de la Chine de 1992 ne sont pas la France de 2008, et c’est là tout l’interêt et la réussite du roman qui restitue par petite touche l’atmosphère et la vie quotidienne de cette Chine là, où l’homosexualité et le SIDA n’existe pas, où une jeune fille de dix-sept ans, cultivée et bonne élève ignore comment on tombe enceinte, les tensions entre les minorités… L’amitié et la relation de Ming et de Yan est dépeinte avec finesse et intelligence, l’ambiguïté entre amitié et amour est particulièrement bien restituée. Avec cette amitié et son achèvement, c’est toute la personnalité de la jeune Ming qui évolue, son regard et son attitude qui changent. Elle gagne progressivement en audace et en curiosité par rapport au monde qui l’entoure et non plus uniquement celui des livres et des études. Elle demande d’ailleurs à quelqu’un quelque chose de surprenant par rapport à son comportement et à sa personnalité, mais je n’en dirais pas plus, je vous laisse le découvrir.

Lire l’avis de Loutarwen

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Sur la plage de Chesil – Ian McEwan

Gallimard
Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon
ISBN-13: 978-2070785469

plage_chesilRésumé (quatrième de couverture) :
«Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible…» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l’Angleterre d’avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l’alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l’ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d’une vie.

Mon avis :
Pas toujours a priori emballée par la littérature contemporaine, surtout celle qui fait les gros titres des journaux et dont tout le monde parle, je me suis tout de même lancée dans la lecture de ce livre, moitié par curiosité, et parce que l’Angleterre est un pays que j’aime énormément, moitié parce que commençant mon travail en librairie, il fallait bien que je me tienne au courant des nouveautés de la rentrée.

Impossible de le lâcher. Le roman s’ouvre sur le dîner intime, dans une chambre d’hôtel, où Florence et Edward dînent et appréhendent leur futur nuit de noce. La psychologie des personnages est très très fine, sans devenir pesante, nous dévoilant petit à petit les sentiments des protagonistes à leur insu et remonte le temps pour nous raconter leur histoire, leur vécu, leurs souvenirs, leurs secrets, leurs appréhension qui les ont façonnés, annonçant de manière subtile, implacable et gênante la catastrophe que sera leur nuit de noce.

Une double peinture : à la fois de l’intériorité des personnages et de la société des années soixante, sans jamais porter de jugement de facilité, ni faire de comparaison grossière ou simplistes, soulignant simplement, détail qui ne rend le récit que plus cruel, que « quelques années après seulement »… les choses auraient toutes à fait différente. Une tragédie intime à huit-clos auquel on assiste, impuissant, désemparé. Contre toutes attentes, j’ai adoré.

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Risque Zéro – Pete Hautman

Milan, 2008
Collection Macadam
ISBN: 978-2745929983
Traduit par Marie Cambolieu

Résumé :
Union des Etats-Sécurisés d’Amérique, 2074. Bo Marsten a 16 ans. Son père et son frère aîné sont en prison : le premier pour violence au volant, le second pour bagarres. Dans ce monde ultra sécurisé, toute activité mettant en danger l’intégrité de l’être humain est interdit. Monter à cheval, boire de l’alcool, les passions trop violentes, les émotions fortes est devenu illégal et passible de prison.
Les gens sont sous traitement de Levulor, un traitement destiné à contrôler ses pulsions, les livres ont disparus, MacDonalds, Philippe Morris et Coca-Cola sont les dernières grandes firmes existantes et contrôlent pratiquement tout. Le grand-père de Bo, né en 1990, se souviens avec nostalgie d’une époque où tout n’était pas aussi stricte, où l’on ne portait pas de combinaison de protection pour faire du sport, où lire Les Aventures d’Huckelberry Finn n’était pas interdit et surtout, où chacun pouvait essayer de réaliser ses rêves.

Bo Marsten est amoureux de Maddy, et jaloux de Karhlos, son rival. Un jour, malgré les prises de Levulor, il ne parvient plus à réfréner ses pulsions et il agresse physiquement Karhlos. Comptant plusieurs rappels à l’ordre, il est condamné à trois ans de prison. Arrivé là bas, il va découvrir une facette du monde qu’il ignorait jusqu’alors, aux antipodes de son quotidien ultra-sécurisé. Notamment une équipe -illégale, bien sûr- de football américain, les Mordorés.

Mon avis :
Si ce roman ne présente, en lui-même, rien de nouveau, on ne peux s’empêcher de faire la comparaison avec le monde actuel : ritaline pour les jeunes enfants turbulents, principes de sécurité de plus en plus castrateurs, mode de vie « sain » érigé en dogme par des publicitaires qui nous montrent des glaces dégoulinantes de caramel, en nous rappelant qu’il convient « d’éviter de manger entre les repas, et qu’il faut consommer au moins cinq fruits et légumes par jour ».
L’omniprésence du sport, comme modèle d’évasion et de résistance me laisse perplexe. Je ne partage pas tout à fait la vision de l’auteur à ce sujet, mais le roman est agréable à lire -bien qu’un peu trop technique pour quelqu’un qui n’aime pas beaucoup le sport en général, encore moins le football américain. Un livre plutôt destiné aux garçons donc.

***

La collection Macadam est une collection récente destinée aux adolescents.  » Des textes pour s’évader, pour réfléchir, pour rêver », pour reprendre les mots de l’éditeur.
http://www.editionsmilan-macadam.com/

Lire la critique de cet ouvrage sur le site de ActuSF

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Ikebukuro West Gate Park – Ira Ishida

Traduit du japonais par Anne Bayard-Sakai
Picquier poche (2005)
ISBN : 978-2877307765

Résumé (présentation de l’éditeur) :
Bienvenue à Ikebukuro West Gate Park. Un square ouvert aux aventuriers urbains, à la sortie ouest de la gare d’Ikebukuro. C’est là que Makoto et ses amis ont établi leur QG. Makoto a dix-neuf ans, et c’est un trouble shooter, un  » solutionneur d’embrouilles « . Des embrouilles, il n’en manque pas dans ce quartier où se rencontrent gamins à la dérive, yakuzas, filles perdues et clandestins dans le Japon de l’envers. Avec pour seules armes son énergie et sa débrouillardise, Makoto résout les énigmes, vient en aide à ceux qui sont dans la détresse, et tente de ramener la paix dans les rues menacées par une sanglante guerre des gangs… Si Ikebukuro West Gate Park a obtenu le Grand Prix de littérature policière au Japon, il dépasse de loin le cadre du roman policier. Quand on referme le livre, on a l’impression de connaître par cœur ce quartier de Tôkyô, chacune de ses ruelles où se côtoient bars à karaoké et love-hôtels, on s’est attaché à chacun de ses habitants. Par petites touches incisives d’un pinceau très rapide, Ishida Ira a produit une œuvre extrêmement originale, dont la toile de fond plutôt noire s’éclaire de soudaines bourrasques de soleil.

Mon avis :
Un recueil de nouvelles tournant autour de quelques personnages centraux plutôt qu’un roman, l’idée est attachante et les histoires sont bien tournées, bien menées.

Sommaire
– Ikebukuro West Gate Park
– Excitable Boy
– Les amants de l’oasis
– Guerre Civile rue Sunshine

J’ai une légère préférence pour la seconde, mais toutes se valent. Une intrigue courte, percutante, dont l’intérêt principal est moins dans le suspens que dans la façon dont l’enquête évolue, les méthodes et les réflexions de Makoto pour parvenir à résoudre le problème. Les protagonistes sont humains, complexes.

Serpents et piercings – Hitomi Kanehara

Traduit par Brice Matthieussent

Résumé (présentation de l’éditeur) :
Dans la nuit zébrée de néons des ruelles interlopes de Tokyo, une jeune fille de 19 ans traîne son mal de vivre et son envie de transgresser tous les tabous. Lorsqu’elle tombe amoureuse d’Ama, jeune punk qui la fascine, c’est un monde qui s’ouvre à elle – celui des piercings, des tatouages, de la chair marquée, entre violence et désir.

Mon avis :
Dés les premières pages, le ton est donné, avec la description des étapes de réalisation d’une tongue split (modification corporelle qui consiste à fendre la langue en deux pour la faire ressembler à celle d’un serpent). Âmes sensibles s’abstenir. J’avais très envie de lire ce roman, plus pour son récit de jeunes japonais complètement paumés que par goût de cette littérature très tendance actuellement : sexe, mutilation, description trash, jeunes désœuvrés, mal être allant de pair avec un vocabulaire cru et des phrases simples (simplistes). Sympathique à lire, de là à décerner le prix Akutagawa (l’équivalent du prix Goncourt) à son auteur pour ce roman, franchement, je m’interroge.

Je dois être définitivement « out » et coincée, parce que je ne comprend pas en quoi le livre vient « déranger nos idées toutes faites… » pour reprendre les mots d’un lecteur. Au contraire, à mon sens, cette accumulation des poncifs du genre fini par être d’un ennui mortel et conventionnel au possible.

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