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Archives de Tag: John Donne

Chanson – John Donne

Va saisir une étoile filante,
Engrosser une mandragore ;
Dis-moi où sont les ans passés,
Qui du Diable a fendu le pied ;
Fais-moi ouïr le chant des Sirènes
Éviter les traits de l’envie,
Et apprends-moi
Quel vent propice
Fait avancer un homme honnête.

Si tu es né pour l’insolite,
Pour voir des choses invisibles,
Dix mille jours et nuits chevauche
Et que l’âge enneige ta tête ;
A ton retour tu me diras
Rares merveilles rencontrées
Et jureras
Que nulle part
N’existe femme belle et fidèle.

S’il en est une, fais m’en-part :
Ce serait doux pèlerinage ;
Mais non, tais-le, je n’irais point,
Même à la porte d’à côté ;
Fidèle à l’heure où tu la vis
Et le temps d’écrire ta lettre,
Cependant elle
En trahira
D’ici que j’arrive, deux ou trois.

Song

Goe, and catche a falling starre,
Get with child a mandrake roote,
Tell me, where all past years are,
Or who cleft the Divels foot,
Teach me to heare Mermaids singing,
Or to keep off envies stinging,
And finde
What winde
Serves to advance an honest minde.

If thou beest borne to strange sights,
Things invisible to see,
Ride then thousand daies and nights,
Till age snow white haires on thee,
Thou, when thou retorn’st, wilt tell mee
All strange wonders that befell thee,
And sweare
No where
Lives a woman true, and faire.

If thou findest one, let mee know,
Such a Pilgrimage were sweet ;
Yet doe not, I would not goe,
Though at next doore wee might meet,
Though shee were true, when you met her,
And last, till you write your letter,
Yet shee
Will bee
Falfe, ere I come, to two, or three.

John Donne (1572-1631), Poésie, Imprimerie Nationale, édition bilingue de Robert Ellrodt

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Death be not proud – John Donne

Holly Sonnet X – John Donne (1572-1631)

Ne va t’enorgueillir, ô Mort, que l’on t’ait dite
Puissante et redoutable : tu ne l’es nullement,
Car ils ne meurent point ceux que tu crois abattre,
Pauvre Mort, et tu ne peux non plus me tuer.
Du repos, du sommeil, tes images, nous vient
Grand plaisir : de toi donc un plus grand doit venir,
Et les meilleurs des hommes les premiers te rejoignent,
Paix de leurs cendres et de leurs âmes délivrance.
Du Destin, du Hasard, des rois, du désespoir
Esclave, tu vis parmi poisons, guerres et maux,
Et charmes ou pavots donnent même sommeil,
Ou meilleur, que ton dard : pourquoi te rengorger ?
Après un court sommeil, c’est l’éveil éternel,
La mort ne sera plus : ô Mort, tu dois mourir !

***

Death be not proud, though some have called thee
Mighty and dreadfull, for, thou art not soe,
For, those, whom thou think’st, thou dost overthrow,
Die not, poore death, nor yet canst thou kill mee.
From rest and sleepe, which but thy pictures bee,
Much pleasure, then from thee, much more must flow,
And soonest our best men with thee doe goe,
Rest of their bones, and soules deliverie.
Thou art slave to Fate, Chance, kings, and desperate men,
And dost with poyson, warre, and sicknesse dwell,
And poppie, or charmes can make us sleep as well,
And better then thy stroake; why swell’st thou then ?
One short sleepe past, wee wake eternally,
And death shall be no more; Death, thou shalt die.

In John Donne, Poésie
Traduction et notes de Robert Ellrodt, Éditions de l’Imprimerie Nationale, 1993

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