Le Livraire

Carnet de lecture

Archives de Tag: Journal Intime

Journal d’adolescence (1897-1909) – Virginia Woolf

Traduction de Marie-Ange Dutartre
Préface de Geneviève Brisac
ISBN : 978-2234060647

woolf18971909Présentation de l’éditeur
« Je m’efforcerai d’être un serviteur honnête, soucieux de rassembler la matière susceptible d’être utile, par la suite, à une main plus experte « , note la jeune Virginia Woolf, apprenti écrivain passionné déjà dévoué corps et âme à la genèse d’une œuvre qui comptera parmi les chefs d’œuvres du XXe siècle. Son Journal d’adolescence s’ouvre en 1897, alors qu’elle a quinze ans. L’écriture, d’emblée, s’y révèle salutaire pour la jeune fille au talent précoce. Refuge contre la douleur lorsqu’elle perd ses parents; garde-fou contre la folie qui rôde. Mais ce Journal est avant tout un cahier où Woolf s’applique à faire des phrases comme on fait des gammes, en se moquant d’elle-même. Et des autres, tant
elle excelle à épingler d’un trait caustique visiteurs et auteurs lus. Car l’adolescente lit sans se rassasier: Aristote et Hawthorne, James et Hardy. Passant son esprit au tamis de la bibliothèque familiale, elle exerce son jugement critique et affine sa singularité propre. Puis, au fil des années, l’apprentissage livresque se double de séjours à l’étranger. Les cahiers deviennent alors journaux de voyage, en Grèce, en Turquie, en Espagne. Loin d’y céder à la tentation d’un exotisme de convention, l’écrivain en devenir s’interroge sur la manière d’embrasser le vivant sans le figer, se plaçant déjà à rebours des canons en vigueur, des mécanismes romanesques faciles. Au seuil de son entreprise littéraire, la grande Virginia Woolf touche déjà du doigt son génie à venir.

Mon avis :
Republié en français par les éditions Stock, ce journal d’adolescence est une pièce importante pour la compréhension globale de l’œuvre de Virginia Woolf. Lorsqu’elle commence le journal de 1897, sa mère, Julia Stephen vient de mourir et elle est à peine remise de sa première crise de dépression. Quelques mois plus tard, sa demi-soeur, Stella, suit sa mère dans la tombe. Au cours des années couvertes par ce journal, Virginia verra encore mourir son père, puis un de ses frères. Sur ses deuils et ses drames personnels (dépression, tentative de suicide), pas un mot. Le contraste entre le contenu de ses journaux et sa vie est par ailleurs saisissant, le cloisonnement est presque extrême, bien qu’il soit facile de céder à la facilité et de dire que ceci explique cela, tout comme « la conscience de son génie » tel que l’exprime l’éditeur sur la quatrième de couverture.

A-t-on conscience de son génie ? La question est discutable, largement débattable et débattu par ailleurs. Davantage qu’une simple question de conscience ou de non conscience d’un talent, j’aurai tendance à préférer l’hypothèse de la certitude d’une matière brute dans laquelle il était possible de puiser, qu’il était possible de travailler, d’affiner, de modeler pour en faire émerger une oeuvre littéraire, un cheminement d’émotions, une cartographie de souvenirs et de sentiments mêlés.

Le volume Journal d’adolescence est découpé en plusieurs parties, correspondant aux différentes années.

  • 1897 : Sans doute l’année la plus complète au niveau de la temporalité, ce journal est davantage un résumé des activités de chaque jour, assortis de brèves réflexions reflétant l’humeur de la jeune Virginia, de brefs commentaires sur les livres lus -livres dont Virginia avoue parfois avoir sauté des pages. Aucun mot sur la mort de sa mort, et pratiquement pas sur celle de Stella, à peine ces mots, simple et terrible constation : « Elle m’a quittée & je ne l’ai plus jamais revue ».
  • 1899 : Les Warboys. Le journal de cette année là est composé de bref essais, dont la nouvelle de la mare, récit assez glauque d’une promenade en barque qui se solde par la mort des quatre jeunes gens et dans laquelle Virginia se met elle-même en scène.
  • 1903 : Une réflexion sur les succès mondains, la difficulté de briller en société.
  • 1904 – mai 1905 : Rédigé juste après la mort de son père, survenue en février 1904, ce journal marque un tournant dans l’écriture (après celui de 1899), plus affirmée, moins adolescente. Virginia s’affirme et devient plus autonome. Journaux de voyages.
  • 1905 – Cornouailles.
  • 1906 : Giggleswick. Début de Virginia Woolf comme critique littéraire et débuts des « soirées du jeudi » et du groupe de Bloomsbury.
  • 1906 – Blo’Norton.
  • 1906 – Grèce.
  • 1906 – La New Forest. Mort de Thoby.
  • 1907 – Goldens Green. Mariage de Vanessa et de Clive Bell.
  • 1908 – Wells & Manorbier
  • 1908 – Italie. Journal de voyage.
  • 1909 – Florence.

Un arbre généalogique, la préface de l’édition anglaise et celle de Geneviève Brisac pour l’édition française complètent ce volume.

Une présentation du Journal d’Adolescence sur le site du Centre National du Livre : ici

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Avec tout ce qu’on a fait pour toi – Marie Brantôme

Seuil Jeunesse, 1995
ISBN : 2-02-023-186-7

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Edition de 1995

Résumé :
Versailles 1951. May a onze ans, et commence un journal intime, dans lequel elle inscrit ses pensées, ses préoccupations quotidiennes, loin de celles des enfants de son âge : la mort de sa petite soeur, écrasée par un tramway, sa famille désargentée, son père absent, sa mère qui ne cesse de la rabaisser, un grand-frère insouciant et agressif, un autre malheureux que l’on a forcé à épousé une fille qu’il a mise enceinte… et surtout le vide, l’absence. Absence de communication, absence de chaleur, d’amour. Une solitude et une incompréhension qui écrase May tous les jours un peu plus. Elle se donne quatre ans.

« J’ai continué les calendriers. J’en ai fait quatre dont une année bissextile. Quatre années. Ca me mènera jusqu’à quinze ans. Ce sera tout. Je m’arrêterai là. »

Mon avis :
Ce livre, comme beaucoup d’autres dans cette catégorie, a croisé ma route pendant mes années de collège, pendant les heures studieuses au CDI. Je l’ai lu une fois. Et puis une deuxième. Une troisième. Pour finalement le trouver dans un magasin de livres d’occasion et l’acheter, plus de dix ans après ma première lecture. J’aime beaucoup le rythme. Les

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Edition de 2005

phrases courtes, précises. Les descriptions justes, cyniques parfois, à la limite de l’acerbe. Les peintures au vitriol.

À onze ans, je trouvais que ça sonnait juste. Le désespoir, les interrogations. Tout. Je le pense toujours. ma mère l’avait

jugé glauque. Malsain. Elle se demandait si elle n’allait pas m’en interdire la lecture. Je dirais plutôt qu’il soulève des questions justes, quel que soit l’âge, le milieu. Un livre intemporel. Typiquement le genre de livre que je range dans ma bibliothèque aux côtés de Roahl Dahl, Jean Wesbter ou Louisa May Alcott.

Ce livre a reçu le prix Sorcières du Roman en 1996

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