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La Belle Rouge – Poppy Z. Brite

Au diable Vauvert
ISBN: 978-284-626-2071
Titre original : Prime
Traduit de l’anglais par Morgane Saysana

labellerouge_britePrésentation de l’éditeur :
De La Nouvelle-Orléans, où triomphent leurs plats à base d’alcool, au Texas, où ils vont ouvrir un restaurant de viande, les péripéties épicées de Rickey et G-man, deux chefs qui attirent les ennuis aussi vite que les succès.

Mon avis :
La présentation de l’éditeur est plus que succincte et possède, à mon humble avis, deux gros défauts : premièrement elle tue une partie du suspens. Deuxièmement, elle occulte tout ce qui fait le charme de ce roman. Qui a envie de lire des histoires de cuisine où il est question de temps de cuisson ou de pièces de bœuf ? Soyons honnête, peu de gens. Ceux qui connaissent un peu les précédents ouvrages de Poppy Z. Brite peuvent avoir une idée du style et du contenu réel du roman mais pas les autres. Passons sous silence la couverture qui n’est pas une franche réussite non plus. Sans jeu de mots, tous les goûts sont dans la nature, mais un morceau de viande crue en photo, j’ai vu plus alléchant. *

Pour resituer rapidement, Poppy Z. Brite s’est fait connaître en écrivant un certain nombre de romans et de nouvelles dans des genres proches de l’horreur, du fantastique. Son style est généralement assez cru, voir trash, et contient de nombreuses scènes sexuellement très explicites. Ses personnages sont souvent de jeunes gens homosexuels au style darkos. C’est notamment le cas de Sang d’Encre, Le Corps Exquis (sans doute le plus violent) ou encore des Âmes perdues.

Depuis une petite décennie, elle écrit des romans et des nouvelles plus réalistes, qui ont toujours pour cadre La Nouvelle-Orléans. Vivant avec un chef-cuisinier, une partie de ces histoires ont pour cadre les restaurants et le milieu de la gastronomie, comme c’est le cas pour La Belle Rouge. Il m’est impossible de vérifier si c’est vrai ou non, mais d’après le représentant qui nous l’a présenté, toutes les recettes citées au long du roman existent ! Certains personnages de son recueil de nouvelles Petite Cuisine du Diable se retrouvent dans ce roman.

Gary (G-man) et Rickey sont deux chefs cuisiniers qui ont ouvert, avec succès, leur propre restaurant, qui présente la particularité de ne servir que des plats contenant au moins une dose d’alcool. L’histoire commence sur l’article d’un critique culinaire qui a la dent particulièrement dure envers le restaurant. Il s’avère rapidement que cette diatribe n’est ni gratuite, ni objective, mais un coup monté destiné à faire tomber le protecteur financier de G-man et Rickey, un  homme par ailleurs assez peu recommandable.
Les actions et les intrigues s’enchaînent rapidement, l’adrénaline monte rapidement dans le petit monde mal connu des cuisines de grands restaurants. Le style est nerveux et sert parfaitement l’histoire, les personnages sont haut en couleurs  : un procureur fou et véreux, un rappeur fine-bouche, G-man et Rickey, vieux couple un peu routinier et toujours amoureux,  à des années-lumières des clichés habituels sur les homosexuels. On s’attache rapidement à ce duo hors-normes, aux caractères complémentaires et bien trempés.

La Belle Rouge n’est pas sans rappeler un « thriller » bien tourné, écrit avec une certaine verve, bien que l’éditeur l’ait classé en « littérature générale« . Un roman qui n’est pas un chef-d’œuvre d’écriture ou de style, mais qui détend agréablement, tout en nous mettant l’eau à la bouche au milieu du cadre dépaysant de La Nouvelle-Orléans et de Las Vegas.

Une présentation de  Poppy Z. Brite et de son œuvre

* Juste au moment de publier cette chronique, je me rends compte du jeu de mots avec le titre français. Au moins il y a de l’humour. =)

Petite cuisine du Diable – Poppy Z. Brite

Au Diable Vauvert
ISBN : 2846260737
Traduction : Mélanie FAZI et Nadège MEGE

Paru sous le titre The Devil You Know, quatorze nouvelles très différentes de ses précédents ouvrages. On sort de l’ambiance « personnages beaux et déglingués, marginaux / homosexualité à toutes les pages / scènes de sexe crues / atmosphère « gothico-trash ». L’auteur déclare elle-même dans l’introduction qu’elle en avait assez d’aligner des clichés sur la Nouvelle-Orléans, et voulait présenter un aspect plus réel, plus authentique de sa ville.

Ce qui ne veut absolument pas dire « conventionnel et ennuyeux ». Mais voyons rapidement le résumé de chaque nouvelle.

• Le Diable par la queue : Quand le Diable et son chat se mêlent au carnaval de la Nouvelle-Orléans. Très courte, en partie inspirée par une nouvelle de Boulgakov.
• Ô Camarde, où est ta spatule ? Le coroner de la Nouvelle-Orléans est un fin gourmet. Sur sa table d’autopsie, il retrouve son restaurateur favori.
• Le Marais aux lanternes : Noel, Bronwen et Phil vivent dans une petite ville entourée par les marais. Depuis l’enfance, Noel est lié aux marais et à ses lanternes. M.Prudhomme lui, souhaite faire combler cette étendue de terre inutile pour y construire un centre commercial. Noel le met en garde, il ne ne laissera jamais faire ça. Sans doute ma nouvelle préférée.
• Rien de lui ne s’étiole : Un couple dont les membres ne savent plus s’ils s’aiment ou s’ils ne s’aiment plus, décide de partir en Australie pour se retrouver.
• L’Océan : On retrouve ici des thèmes déjà largement abordés par Brite dans d’autres œuvres : le rock et le vampirisme.
• Marisol : Quand un chef cuisinier follement génial (ou génialement fou) reçoit une critique gastronomique qui lui reste en travers de la gorge.
• Poivre : une brève nouvelle à propos d’un restaurant.
• Pansu : Quand l’exorciste fait une incursion dans un restaurant coréen.
• Tout feu tout flamme : Écrite pour l’anthologie de nouvelle liées à la BD Hellboy, cette nouvelle présente un morceaux de l’enfance de Liz Sherman.
• Gel Système : Écrite pour le site promotionnel de la série Matrix. Fria Canning va mourir, là, au milieu de l’Himalaya, quand l’agent Jonh Fine lui propose un marché.
• Bayou de la Mère : La religion de votre enfance peut vous poursuivre de bien étrange manière, même si vous avez perdu la foi (ou que vous pensez l’avoir perdue).
Le Cœur de la Nouvelle-Orléans : Un enfant de cinq ans est mort noyé. Selon sa mère, il était « plus que surdoué ». Y a-t-il un rapport avec l’étrange anomalie de son cœur ?
• Une Saison en enfer : Paul est un jeune homme angoissé et incertain qui décide de travailler en cuisine en attendant d’entrer à la fac. Son séjour en cuisine pourrait lui apporter bien plus qu’une banale expérience professionnelle.

J’ai largement préféré ce recueil à d’autres ouvrages de Poppy Z. Brite. J’avais lu Les corps exquis, Sang-d’Encre et Âmes Perdues (dans cet ordre). J’avais bien aimé Sang-D’encre, trouvé Âmes Perdues un peu clichés. Quant aux Corps Exquis  j’avais trouvé que ça jouait un peu la carte de la surenchère du trash, du porno et d’accumulation de pseudos effets « shocking ». (on m’avait dit « ah oui, c’est gerbant, je te met au défi de le lire sans vomir ». C’était lassant toute cette viande, mais il en faut plus pour me faire vomir.)
Par contre, Petite cuisine du Diable est une excellente surprise. Si vous pensez que vous avez tout lu de Brite et/ou que pour vous, elle et Anne Rice c’est la même chose, lisez ce bouquin, vous ne serez pas déçu. (petite précision : je n’aime pas du tout l’écriture d’Anne Rice, mais ceci… est une autre histoire).

La critique de Petite cuisine du Diable sur evene.fr