Le Livraire

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La sorcière d’Ilse – Terry Brooks

Le voyage du jerle Shannara – Tome 1
Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-177-4

Traduit de l’anglais par Emilie Gourdet

sorciere_ilseRésumé (quatrième de couverture) :
Lorsqu’un elfe est retrouvé à demi noyé à la surface des eaux de la Ligne de Partage Bleue, un vieux mystère remonte à la surface. Trente ans plus tôt, le prince elfe Kael Elessedil est parti à la tête d’une expédition en quête d’une magie légendaire qu’on disait plus ancienne et plus puissante que toute autre au monde. De tous ceux qui sont partis pour ce funeste voyage, aucun n’est jamais revenu… Jusqu’à ce jour. Car l’elfe sauvé des eaux a sur lui une carte couverte d’étranges symboles, qu’un seul homme est en mesure de déchiffrer : Walker Boh, le dernier druide. Mais quelqu’un d’autre en saisit le sens : l’envoûtante Sorcière d’Ilse, détentrice d’une magie sombre et impitoyable. Elle ne reculera devant rien pour s’emparer de la carte…

Mon avis :
Avouons-le d’emblée, mon avis sur cet ouvrage est assez mitigé : il y a quelques croix dans la colonne « j’aime » et quelques croix dans la colonne « je n’aime pas ». Commençons par ce que je n’ai pas aimé. Dans la biographie -succincte- de Terry Brooks, la quatrième de couverture précise « héritier de Tolkien ». Premièrement, c’est exactement le genre de phrase à l’emporte-pièce que je trouve facile et pas toujours à propos. Tolkien n’est pas forcément accessible et possède un style et un rythme narratif qui lui est propre, on apprécie ou pas, mais dans tous les cas, force est de constater que, d’une part, l’ensemble de son œuvre (et pas uniquement Le Seigneur des Anneaux) possède une structure littéraire tenant plus de la mythologie que du simple récit épique, d’autre parts, si Tolkien a créé la Terre du Milieu et ses récits, c’est avant tout pour utiliser les langues qu’il avait inventées et (re)donner à l’Angleterre une base de mythes. Sur ces deux derniers points, je conteste donc largement l’étiquette que Bragelonne accole à Brooks. Donner à ses personnages des noms pratiquement recopiés de Tolkien suffit-il à faire de nous son descendant littéraire ? Non. Pas pour moi en tout cas. Pas plus que de parler d’elfes, de nain, d’une épée magique et d’une carte convoitée.
L’intrigue est très linéaire, assez conformiste finalement et qui peut se résumer en quelques mots : deux camps, un trésor, des héros-malgré-eux, de la magie, des obstacles mortels, des sentiments forts (revanche, bravoure, courage…). C’est à dire, à peu près 90 % des ouvrages de fantasy.

Soyons juste, voici tout de même quelques points positifs :
– Premièrement, on note quelques efforts stylistiques par rapport à disons, David Gemmell. Ça n’est certes pas de la Littérature, mais la syntaxe et le vocabulaire sont tout de même supérieurs à certains ouvrages qui ont pourtant l’appellation « Littérature contemporaine ». C’est fluide, le rythme est tenu et plutôt égal : pas de grandes envolées lyriques ou de descriptions assommantes, pas de psychologie fouillée à l’extrême non plus.
– L’action se dévoile petit à petit, les pièces se mettent en place progressivement. Je regrette un peu que certains stratagèmes soient usés jusqu’à la corde, mais ca n’empêche pas de passer un bon moment.

Pour conclure tout est dans ces mots : si vous aimez Feist, Gemmell et que vous cherchez un livre sympathique à lire, correctement écrit. Un bon livre d’Héroïc-Fantasy avec de la magie, des elfes, des complots, des luttes et des héros attachants. Si savoir qu’un cycle comporte 12 volumes se déroulant dans une ambiance medieval-fantastic vous enchante, nul doute que Terry Brooks devrait vous plaire. Si en revanche, vous aimez qu’un roman -de fantasy ou non- soit un peu plus fouillé, vous risquez de vous ennuyer. C’est mon tort : je ne suis pas le public visé par un ouvrage comme celui-là, ce qui ne retire rien au divertissement et au plaisir que bon nombre de personnes prendront à le lire, ni au fait qu’en toute objectivité, c’est un livre de fantasy tout à fait correct. Pas fracassant, mais honnête.

Je voudrais terminer ma chronique en remerçiant les éditions Bragelonne pour leur gentillesse. L’exemplaire qui m’avait été aloué pour l’opération Masse Critique de Babelio n’est jamais arrivé, et après intervention de Guillaume, de chez Babelio (que je remercie également), un autre exemplaire m’a été envoyé, arrivé à bon port cette fois.

Mare Nostrum – Bluma Finkelstein

Editions En Forêt / Verlag Im Wald
Collection Sources
ISBN : 978-3-929208-96-2

monde_entier_dans_une_feuille_de_trefle

Dans le cadre des opérations Masse Critique de Babelio, on est amené à sélectionner un certain nombre d’ouvrage qui nous intéressent et que l’on serait prêt à lire, puis à chroniquer (je préfère le terme de chronique à celui de critique pour un certain nombre de raisons que j’expliquerai en détail un autre jour).

Lisant pas mal de poésie, et aimant sortir des sentiers battus dans ce domaine ( pour les sentiers battus, il suffit de prendre ses cahiers d’école primaire ou de demander à un lecteur lambda de citer cinq noms de poètes, quand il y arrive. ) je me suis dit que ca serait une idée intéressante et enrichissante de pouvoir lire Mare Nostrum. Ne nous leurrons pas, ca n’est pas le genre d’ouvrage que l’on verra exposé en librairie -à moins d’en trouver une spécialisée dans le domaine- ni dont on entendra parler.

Le titre et la présentation de l’éditeur était pour le moins intrigante, voir même alléchante : un recueil de poésie bilingue français – allemand (le bonheur de pouvoir jeter un œil sur la version originale du texte ! ) autour de la méditerranée (Mare Nostrum en latin) depuis l’Antiquité. Le défi était de taille.

L’ouvrage en lui même est de facture agréable. Une couverture sobre, représentant une carte de la méditerranée telle qu’on se la figurait au XVIème siècle. Le papier relativement épais et doux au toucher. Cela peut paraître insignifiant, mais quand on parle d’une toute petite maison d’édition (les éditions En Forêt ne publient pratiquement que de la poésie), ce genre de détail purement technique est une gageure, en raison des coûts que cela suppose.

Le contenu est malheureusement assez inégal. Je n’ai pas été touchée par l’écriture de Bluma Finkelstein. Trop saccadée, trop exastique (le nombre de points d’exclamation et d’interrogation est assez impressionnant par rapport à la taille de l’ouvrage). Les références historiques et religieuses sont tout à fait compréhensible vu le sujet du recueil, mais la brièveté des poèmes et leur succession ne permet pas à toutes ces références de s’intégrer, d’imprégner le lecteur. En lisant, on ne voit pas un voyage dans le temps, ou même des images -quelques puissent être la nature de ces images, leurs protagonistes et la façon dont ces images sont traitées – mais des plans décousus, mal cadrés, manquant d’harmonie ou de réelle dysphorie entre eux.

Quelque chose manque donc, la grâce peut-être. Ce petit rien tellement difficile à décrire et qui emporte irrésistiblement le lecteur vers d’autres royaumes, lointains ou intérieurs. Quelques belles phrases cependant, mais qui ne résonnent pas dans la cacophonie de ce recueil.

La chanson de Roland résonne dans la vallée jusqu’à ce que mort s’ensuive. Nous sommes du bon côté de la raison : l’ennemi a toujours tort.
[…]
Tous à la solde de la Dame Noire, nous gagnons notre tombe à la loterie de la peur.

***

Das Rolandslied ertönt im Tal, bis der Tod eintritt. Wir sind auf des richtigen Seite der Vernunft: der Feind hat immer Unrecht.
[…]
Wir alle stehen im Sold des Schwartzen Dame und gewinnen unser Grab bei der Lotterie der Angst.

En lisant d’autres critiques, j’ai remarqué que je n’étais pas la seule à ne pas avoir été « touchée » par Mare Nostrum, alors que, comme d’autres, il semblait que j’en attendais beaucoup. Est-ce affaire de maturité ? Une question de goût littéraire purement indiscutable ou bien que nous ne sommes pas familiarisé avec ce style d’écriture, et que nous attendions de ce livre un lyrisme ou des émotions que nous attachons d’ordinaire à la poésie alors qu’il aurait peut-être demandé soit un œil neuf, soit un œil plus habitué à la poésie contemporaine ? Toutes les hypothèses restent ouvertes.
Enfin, j’aurai aimé voir figurer au début de l’ouvrage, une petite note explicative présentant le recueil, la démarche de l’auteur, une introduction permettant au lecteur croisant Mare Nostrum sur son chemin de le situer, de l’appréhender, ce qui le rendrait, peut-être, plus compréhensible, plus abordable.

Illustration :
Le monde entier dans une feuille de trèfle / Die ganze Welt in ein Kleberblatt,
Heinrich Bünting, 1582
(source)

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Opération Masse Critique de Babelio

Le principe de l’opération est simple : une liste de livres est proposée, vous sélectionnez ceux qui vous plaisent, un tirage au sort désigne les participants et le livre qu’ils devront chroniquer. La critique doit être écrite dans un délai d’un mois, et être postée à la fois sur son blog et sur le site de Babelio.

Je m’étais déjà inscrite une fois sans succès. Cette fois j’ai eu plus de chance, j’attends de voir quel ouvrage je vais recevoir. En tout cas, la présentation m’a fait sourire, c’est vrai, on me parle de livres à adopter, je fond littéralement. (Pauvres bêtes)