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La saga de Gunnlöd – Svava Jakobsdóttir

Éditions José Corti
Traduit de l’islandais par Régis Boyer
ISBN : 9782714308016
Titre original : Gunnladar saga

Résumé :
1986, Copenhague, Musée National du Danemark. Une jeune islandaise est arrêtée après avoir fracturé une vitrine et tenté de voler un vase d’or datant de l’antiquité. Elle dit aux enquêteurs être Gunnlöd et avoir voulu reprendre son bien qu’Odin lui aurait volé.
Dans l’avion, sa mère se prépare à la rejoindre, se demandant sans cesse ce qui a pu pousser Dis, sa fille, à commettre un tel acte que rien, ou presque, ne laissait présager malgré l’adolescence apparemment mouvementé de la jeune femme. Dis a-t-elle été soutenue par un groupe de terroriste ? Est-elle folle ? Et pourquoi dirait-elle une chose pareille ? C’est ce que sa mère va essayer de déterminer, abandonnant petit à petit toutes ses certitudes et ses habitudes pour tenter de sauver Dis.

Mon avis :
La saga de Gunnlöd est un roman étrange qui se lit sur deux niveaux : d’un côté l’histoire de Dis et de sa mère qui va tenter de comprendre l’étrange geste de sa fille. De l’autre, directement issue de la mythologie nordique et des Eddas, compilés par Snorri Sturlusson au XIIe siècle, qui relate l’histoire de Gunnlöd et d’Odin qui lui déroba l’élixir de la poésie (l’hydromel).

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La Terre des Fées

Voici une branche du pommier d’Emain
que je t’apporte, semblable aux autres ;
elle a des rameaux d’argent blanc
et des sourcils de cristal avec des fleurs,

C’est en une île lointaine,
tout autour brillent les chevaux de mer
dans leur course avec l’écume des vagues ;
quatre piliers supportent cette île,

des piliers de bronze la supportent,
brillant à travers des siècles de beauté,
jolie terre à travers les siècles du monde
où maintes fleurs jaillissent.

Parmi les fleurs est un vieil arbre
où les oiseaux chantent les heures
en grande harmonie car ils savent
chanter ensemble à chaque heure du jour.

Des splendeurs de toute couleur brillent
dans la plaine aux jolies voix,
la joie rayonne et on écoute
des musiques dans la plaine de la Nuée d’Argent.

Inconnues sont la douleur et la traîtrise;
ni chagrin, ni deuil, ni mort,
ni maladie, ni faiblesse,
voilà le signe d’Emain.

Beauté d’une terre merveilleuse
dont tous les aspects sont aimables,
en un étrange pays
où la brume est incomparable.

Il y a trois fois cinquante îles lointaines
dans l’océan vers le couchant,
plus grande qu’Érin deux fois
est chacune d’elles ou trois fois.

C’est la terre de bonté
où pleuvent les cristaux et les pierres de dragon,
la mer jette la vague contre la terre,
les cheveux de cristal de sa crinière.

Des chariots d’or dans la plaine de la mer
s’élèvent avec le flot vers le soleil,
il y a des chariots d’argent dans la plaine des Jeux
et des chariots de bronze sans défaut.

Des coursiers d’or jaune sont sur la rive,
d’autre encore de couleur pourpre,
d’autres avec de la laine sur le dos,
de la couleur du ciel très bleu.

Au lever du soleil viendra
un bel homme illuminant les plaines,
il chevauche l’étendue battue des flots,
il remue la mer jusqu’à ce qu’elle soit de sang.

Une armée viendra par la mer claire,
vers la terre elle navigue,
les rameurs s’élancent vers les rochers
d’où s’élèvent cent refrains.

C’est un jour d’éternel beau temps
qui verse de l’argent sur les terres,
une falaise blanche bordant la mer
qui reçoit la chaleur du soleil.

Là sont le bonheur et la santé
sur la terre où résonnent les rires,
en la très calme terre, en toute saison,
est la joie qui dure toujours.

Emain, étonnante en face de la mer,
qu’elle soit proche, qu’elle soit lointaine,
où sont des milliers de femmes étranges
que la mer claire entoure.

in La navigation de Bran (Irlande, VIe siècle (?).) traduction J. Markale ; tiré du livre Trésor de la poésie universelle, R. Caillois et J-C. Lambert, Gallimard