Le Livraire

Carnet de lecture

Archives de Tag: Prix Nobel de littérature

Semaine 40 : Prix Nobel, Kindle et couvertures Harry Potter

Une récap un peu plus brève cette semaine pour cause de journées très chargées actuellement…

• Amazon lance son Kindle en France. Pour le moment en pré-commande, il sera disponible 14 octobre. Il est vendu au prix de 99€ ce qui le rend nettement moins cher que les autres liseuses disponibles sur le marché. Une plateforme de téléchargement de livres et de journaux numériques sera disponible en même temps. 

• Le Prix Nobel de Littérature 2011 a été décerné jeudi 5 octobre à Tomas Tranströmer, poète suédois né en 1931.

• Steve Jobs, le co-fondateur et directeur général d’Apple est mort le 5 octobre.

•  L’image de la semaine :
Vu sur le blog de Booketing, des couvertures alternatives de Harry Potter par M.S Corley, plus proches d’affiches graphiques que de livres pour enfants.

Sources :

* Booketing
* LivresHebdo

Semaine 39 : Salon du livre jeunesse de Montreuil, manuscrits de la mer morte, Kindle Fire et Hella Haasse

• Le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil se tiendra du 30 novembre au 5 décembre 2011. Le thème retenu cette année est celui du crique.

• Cinq des manuscrits de la mer morte (sur 900), les plus anciens textes bibliques connus,  sont désormais consultables en ligne sur le site du musée national de Jérusalem. La numérisation de ces manuscrits a été possible grâce à Google. Découvert en 1947 par des bergers, ils avaient été rachetés par des chercheurs israëliens, ces manuscrits sont exposés à Jérusalem depuis 1965.

• Le groupe Flammarion a signé cette semaine un accord avec Apple et Amazon. Pour lutter contre l’offre illégal, la directrice du groupe Flammarion, Teresa Crimsi, a signée un accord avec Apple pour alimeter son IbookStore et avec Amazon pour  sa prochaine plateforme de téléchargement.

La tablette d’Amazon s’appellera le Kindle Fire pour le distinguer de son kindle e-ink. Vendue moitié moins chère que l’Ipad2, mais ne proposant pas de clé 3G ou de capteur photo/vidéo, cette tablette centralisera toute l’offre du distributeur.

• Direct Groupe France devient Actissia. Racheté au groupe Bertelsmann par Janafi Companies en juin dernier. Si le groupe compte renforcer son offre de livre numérique, ses activités se diversifieront, notamment dans le domaine des assurances et de la téléphonie.

Les paris pour le Nobel de littérature 2011 sont ouverts. Après Herta Müller en 2009 et Vargas Llosa en 2010, qui sera le prochain ? Les paris indiquent une préférence pour Adonis. Le nom du lauréat 2011 sera connu le 12 octobre.

Mort de l’écrivaine néerlandaise Hella Haasse le jeudi 29 septembre à Amsterdam. Elle avait 93 ans.

• L’image de la semaine

 http://9gag.com/gag/293149

Sources 

* Actualitté
* GoogleFrance
* IDBoox
* Les numériques
* Livres Hebdo
* RNW
* SLPJ

Tandis que j’agonise – William Faulkner

Titre original : As I Lay Dying
Traduction de Maurice Edgar Coindreau

Tandis que j’agonise est le cinquième roman de Faulkner. Publié en 1930, il n’a été traduit en français qu’en 1934. Il aurait dû être le premier des romans de Faulkner à paraître en France, mais Sanctuaire parut finalement quelques mois avant, en novembre 1933.

* * *

Addie Bundren vient de mourir. Auparavant, elle a fait promettre à son mari, Anse, d’être enterrée à Jefferson avec les siens. Anse et leurs enfants, Cash, Darl, Jewel, Dewey Dell et Vardaman feront donc le trajet jusqu’à la ville, située à quarante miles (environ soixante-cinq kilomètres) de là.

Toute l’essence de l’histoire semble être contenue dans ces quelques lignes, et pourtant, ce résumé simple passe sous silence ce qui fait de Tandis que j’agonise un superbe roman, à la fois macabre et plein de vie, chanté par des voix inoubliables. L’histoire comporte quinze narrateurs, et ce sont le fil de leurs voix qui s’entremêlent, nous racontant l’histoire.

Se sachant mourante, Addie a demandé à Cash, son premier fils, charpentier, de construire son cercueil sous ses yeux. Elle meurt avant qu’il ait pu le terminer. Le roman commence avec la voix de Darl racontant son retour à la ferme avec Jewel, et les premiers bruits qu’ils entendent sont la scie et l’erminette de Cash. Ces sons rythment tout le début de la narration : Addie est morte, le cercueil n’est pas terminé, la famille tente d’encaisser le choc causé par la mort de la mère et n’arrive pas réellement à se décider à partir pour Jefferson.

Il faut plusieurs jours de voyage pour parvenir à destination, et des crues ont emportées les ponts. Le temps presse pourtant, le corps de la défunte n’a pas été embaumé, et après les bruits des outils de Cash contre le bois du cercueil, ce sont les busards dans le ciel et la décomposition du corps qui font office de métronomes.
Les obstacles se multiplient. Dans leur tentative de traversée, Cash se casse la jambe. Les mules se noient. Le père ne pense qu’au dentier qu’il désire s’acheter. Dewey Dell est enceinte et cherche à se faire avorter. Vardaman, le dernier-né, a pêché un poisson au moment de la mort de sa mère, dans son esprit, le poisson et la mère se confondent. Jewel n’est pas le fils d’Anse, mais issu d’une relation adultérine. Darl est considéré comme un simple d’esprit, un fou inquiétant ; avant la fin du récit, il sera interné. Pendant ce temps, le corps d’Addie continue de pourrir, et l’odeur est devenue insoutenable.

Aux voix d’Anse, Cash, Darl, Dewey Dell, Jewel et Vardaman, viennent s’ajouter, entre autres celles du docteur, du voisin et de sa femme, du révérend et même d’Addie Bundren, magnifique, brûlant de tristesse lucide.

L’édition Folio comporte, sur la quatrième de couverture, un commentaire de John Brown tiré du Panorama de la littérature contemporaine aux Etats-Unis.

« Une farce très haute en couleur, à la flamande. »

Appellation qui peut sembler déroutante au premier abord. On a du mal à faire le lien entre la mort d’une mère, le chemin de sa dépouille vers sa dernière demeure et une farce flamande. Pourtant, au fil de la lecture, cette appellation perd de son étrangeté pour devenir un parfait résumé de Tandis que j’agonise. Si leurs douleurs, le déchirement et le sentiment de conscience intérieur des personnages sont complexes, ils restent intériorisés et l’action proprement dite tient plus du burlesque, de la farce. Les détails de vie quotidienne, les préoccupations terre-à-terre des personnages (Dewey Dell qui se demande si elle va arriver à vendre ses gâteaux) mais aussi leurs manières de s’exprimer qui fluctue entre une langue familière à la syntaxe très libre (le lire en anglais doit être une expérience aussi passionnante que redoutable) et le registre plus biblique, plus épique même d’un conteur qui modifie imperceptiblement les accents de sa voix pour mieux souligner toutes les subtilités, toute la richesse de son histoire.

Ce n’est pas un roman triste, mais c’est un roman poignant qui tient en haleine, tant on reste sans voix devant cette partition magistralement écrite, devant ces accords faussement dissonant que l’on écoute à plusieurs niveaux, dépassant largement le cadre du récit, un épisode particulier dans la vie d’une famille de paysans habitant le sud des Etats-Unis au début du XXème siècle.

Je n’avais jamais eu l’occasion de lire Faulkner auparavant et je voulais profiter des vacances pour me plonger dans ce roman qui me tentait depuis un bon moment. Non seulement c’est chose faite, mais en je ne compte pas m’arrêter là.

Extraits

(les mentions figurant entre crochets ont été ajoutées pour une meilleure compréhension)

JEWEL

Si ça n’avait tenu qu’à moi quand Cash est tombé du haut de l’église et si ça n’avait tenu qu’à moi quand le père a reçu toute la  charretée de bois sur le dos, on ne verrait pas, aujourd’hui, tous les salauds du pays s’arrêter pour la dévisager, parce que s’il y a un Dieu à quoi foutre peut-il bien servir ?

* * *

DARL
[parlant de Cash, en train de fabriquer le cercueil de sa mère]

Il lève les yeux vers la face décharnée qu’encadre la fenêtre aux lueurs du crépuscule. C’est un tableau composé de tout le temps, depuis l’époque où il était encore enfant. Il laisse tomber la scie et, les yeux fixés sur la fenêtre où le visage n’a pas bougé, il soulève la planche pour qu’elle puisse la voir. Il tire une seconde planche et les ajuste ensemble dans leur position définitive. D’un geste il indique celles qui sont encore par terre et, par une pantomime de sa main droite, il montre quelle sera la forme du cercueil une fois fini.

* * *

DEWEY DELL

Il pourrait tant faire pour moi s’il le voulait. Il pourrait faire tout pour moi. C’est comme si, pour moi, tout ce qu’il y au monde se trouvait dans un baquet plein de boyaux, tellement qu’on se demande si autre chose de très important pourrait y trouver place. Lui, c’est un très grand baquet de boyaux, et moi je suis un petit baquet de boyaux, et s’il n’y a de place pour rien d’important dans un grand baquet de boyaux, comment pourrait-il y en avoir dans un petit baquet de boyaux? Mais je sais que c’est là, parce que Dieu a donné un signe aux femmes pour leur indiquer quand il leur est arrivé un malheur.

* * *

VARDAMAN

Ma mère est un poisson.

* * *

ANSE
[à propos de Jewel]

Je lui avais dit de ne pas amener ce cheval, par respect pour sa défunte mère, parce que ça n’a pas bonne façon de le voir caracoler ainsi sur ce sacré cheval de cirque, alors qu’elle voulait que nous soyons tous avec elle dans la charrette, tous ceux de sa chair et de son sang ; mais, nous n’avions pas plus tôt dépassé le chemin de Tull que Darl s’est mis à rire. Assis sur la banquette avec Cash, sa mère couchée sous ses pieds, dans son cercueil, il a eu l’effronterie de rire!

* * *

ADDIE BUNDREN

Et c’est pourquoi, quand Cora Tull venait me dire que je n’étais pas une vraie mère, je pensais combien les mots s’élèvent tout droits, en une ligne mince, rapides et anodins, alors que les actions rampent, terribles, sur la terre, s’y cramponnent, si bien qu’au bout d’un certain temps, les deux lignes sont trop éloignées l’une de l’autre pour qu’une même personne puisse les enfourcher. Je pensais que péché, amour, peur, tout cela n’était que des sons que les gens qui n’ont jamais péché, ni aimé, ni craint, emploient pour ce qu’ils n’ont jamais eu et ne pourront jamais avoir, à moins qu’ils n’oublient les mots. Comme Cora, qui n’a même jamais été capable de faire la cuisine.

Share

William Butler Yeats (1865 – 1939)

Yeats est né le 13 juin 1865 à Sandymouht (à côté de Dublin) dans une famille protestante. Il est l’aîné de six enfants. Son père, John Butler Yeats, est peintre et décide d’aller étudier la peinture aux Beaux-Arts de Londres. Toute la famille déménage dans un appartement qu’occupera plus tard Sylvia Plath. En 1872, la mère et les enfants retournent vivre à Sligo, brièvement puisqu’ils re-déménageront en Angleterre deux ans plus tard.
Il commence ses études en 1881 à Dublin, études qui ne furent pas particulièrement brillantes semble-t-il. Par la suite, il étudiera les Beaux-Arts, comme son père (mais à Dublin). C’est aux alentours de cette époque qu’il se passionne pour l’étude du folklore irlandais et les sciences occultes.

La famille  retourne une nouvelle fois à Londres en 1887, et Yeats rejoint à cette occasion la loge de la société de Théosophie. Il fait également la connaissance de Samuel Liddell qui l’introduit au sein de l’ordre de la Golden Dawn. (Il fera la connaissance de Aleister Crowley mais seront plus ennemis qu’amis). C’est vers cette époque, alors qu’il prépare l’édition des poèmes de William Blake, qu’il compile des contes folkloriques et des légendes, que Yeats va faire plusieurs rencontres déterminantes, parmi lesquelles Maud Gonne, dont il tombe éperdument amoureux. Il publie son premier recueil de poèmes The wandering of Oisin & Others Poems (Errances d’Oisin) en 1889.

Sous son influence et celle de ses amis, les années 1890 voient apparaître un véritable regain d’intérêt pour le folklore et les mythes celtes. En 1890, il demande Maud Gonne en mariage une première fois (demande qu’elle refuse, elle ne l’épousera jamais, malgré les demandes répétées de Yeats). Il quitte la société de Théosophie.

Il effectue deux voyages à Paris, en 1894 et 1896, au cours desquels il fera la connaissance de Verlaine, de Villiers-de-l’île-Adam et de Synge (qui n’est pas encore connu en tant qu’auteur de théâtre à ce moment là). Il demande Maud Gonne en mariage pour la deuxième fois.  Il entame une courte liaison avec Olivia Shakespeare, fait la connaissance des sœurs Lissadell : Constance et Eva, qui allaient toutes les deux s’illustrer dans la lutte pour l’indépendance de l’Irlande.  Yeats rejoint l’Irish Republican Brotherhood (I.R.B)

Il publie The Wind among the Reeds (Le vent parmi les roseaux) en 1899, et demande Maud Gonne en mariage une troisième fois. Il récidivera l’année suivante avant de quitter l’I.R.B.

1902 : sa pièce de théatre, Cathleen-Ni-Houlihan est jouée, avec Maud Gonne dans le rôle principal.

En 1903 cette dernière épouse John MacBride, que Yeats considérait comme « une brute et un ivrogne ». (Leur mariage sera un échec et ils divorceront en 1905)

L’Abbey Theatre ouvre ses portes à la fin de l’année 1904, Yeats en est à la fois le co-directeur et le directeur de production. Plusieurs problèmes se poseront, notamment les tâches administratives et la difficulté d’écrire pour un public diversifié.
Il prend Ezra Pound, auteur qu’il admire particulièrement, comme secrétaire particulier en 1913. Ils se brouilleront trois ans plus tard, après que Pound ait publié des poèmes de Yeats en les modifiant à sa façons. Éclate l’insurrection irlandaise pendant la période de Pâques, en 1916. Cette révolte est un échec et la répression sanglante. Constance Lissadell, qui est devenue la comtesse Markiewicz est condamnée à la prison et John McBride est condamné à mort.

L’année suivante, Yeats demande une dernière fois à Maud Gonne de l’épouser. Devant son refus, il demande en mariage la fille de cette dernière, Iseut Gonne, qui refuse également. Suite à ce refus, il épousera quelques temps après Georgie Hyde-Lees, âgée de 25 ans. Sa fille Anne naîtra en 1919 et son fils Michael en 1921.

Il sera nommé sénateur d’Irlande, puis obtiendra le prix Nobel en 1923. Vers cette époque, son état de santé commence à décliner et le contraint à séjourner dans le sud. Il séjourne à Algesiras, puis en Italie et surtout en Sicile. Il est brièvement intéressé par le mouvement des Chemises Bleues de Eoain O’Duffy avant de s’en détourner. Il séjourne à Menton, puis au Cap-Martin où il meurt, le 28 janvier 1939. Il est enterré à Roquebrune. En 1948, son corps est transféré au cimetière de Drumcliffe, dans le comté de Sligo, au pied du Ben Bulben. Sa tombe porte cet épitaphe :

Cast a cold eye
On life, on death.
Horseman, pass by !

Share