Le Livraire

Carnet de lecture

Archives de Tag: Réflexion

À propos du mariage homosexuel

Ils jugent aussi que le législateur est légitime à décider « que la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d’un homme et d’une femme pouvait justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille »

Faut-il en déduire que, ipso facto, ce droit de la famille induit une différence de traitement entre les hommes et les femmes au sein d’un couple marié, différence potentiellement à même de se traduire par certaines inégalités (« le chef de famille »). L’impossibilité éventuelle de répercuter cette inégalité au sein d’un couple composé de personnes du même sexe indiquerait donc qu’il y a bien une différence de traitement suivant que l’on soit un homme ou une femme : plutôt que de faire avancer les choses en les tirant vers le haut (à chaque couple de choisir son schéma, par exemple) on préfère écarter la « minorité gênante » si j’ose dire.

Le PACS c’est la même chose.

D’un point de vue légal, pas exactement, ainsi il ne me semble pas qu’il existe une pension de reversion pour les couples pacsés. Je ne suis pas notaire, mais il serait intéressant de chercher si les contrats-types qu’il est possible contracter lors d’un mariage  sont également applicables au PACS.

D’un point de vue purement rhétorique, si le PACS est la même chose que le mariage, alors pourquoi ne pas autoriser le mariage, c’est, du point de vue du discours, un logos absurde que de se réfugier derrière cet argument pour refuser le mariage homosexuel, prouvant au contraire, que non, cela n’est pas la même chose.

Le mariage c’est un homme et une femme, car seule cette union permet la procréation.

Alors quid des couples stériles ayant recours à un don d’ovocytes ou de sperme ? Là aussi la filiation est artificielle. Qu’en est-il également des parents adoptants des enfants dont les parents biologiques sont parfois encore en vie ?

 

 

L’écriture est un regard sur le passé

A moins qu’on décide d’écrire un roman d’anticipation, de science-fiction, l’écriture est un regard sur le passé. Au moins en littérature, tous les souvenirs précedant l’instant présent ne font-ils pas l’objet d’une réflexion ? Ne s’agit-il pas de mettre au jour un hier qui ruisselle dans l’aujourd’hui ? Pour savoir pourquoi je suis ici et maintenant, pour savoir ce que j’ai l’intention de faire ici et maintenant. Aujourd’hui va devenir hier pour couler dans demain. C’est ainsi que la littérature échappe au tarissement. C’est à l’histoire de classer et c’est à la société de définir. Plus on classe, plus se dissimule sous une apparence ordonnée une vérité qui vit au-delà de toute définition. La littérature surgit de la face cachée des classifications et des exégèses. De tout ce qui n’a pas été résolu. Elle permet, me dis-je, de libérer les choses des classements et des définitions et de les faire apparaître autrement, de manière à venir en aide aux pauvres gens qu’elles dissimulaient, à ceux qui vacillent. Il s’agirait donc de réintroduire un désordre. Même si cela revient à classer d’une autre façon. Devrais-je à présent retourner mes propos pour voir leur face cachée ?

Extrait de La Chambre solitaire, Kyong-suk Shin, traduit du coréen par Jeong Eun-Jin et Jacques Batilliot

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L’Eau et les Rêves – Gaston Bachelard

Essai sur l’imagination de la matière
L’Eau et les rêves
a été publié pour la première fois en 1942.

Table des matières et (brève) présentation de l’œuvre

Introduction : Une présentation de la thématique abordée dans l’Eau et les Rêves : les forces imaginantes de l’esprit. Plan de l’étude.

I- Les eaux claires, les eaux printanières et les eaux courantes. Les conditions objectives du narcissisme. Les eaux amoureuses. Les images changeantes de l’eau, les reflets, les miroirs, la dualité du Narcissisme et de la contemplation. La psychologie de l’eau claire : la fraîcheur, la sensualité, la sexualité de l’eau, sa nature essentiellement féminine. Le complexe de culture et le complexe du cygne.

II- Les eaux profondes – Les eaux dormantes – les eaux mortes. « L’eau lourde » dans la rêverie d’Edgar Poe. L’eau qui s’alourdit, qui va dans le sens de la mort, la mort comme partie intégrante de l’eau. L’eau et le ciel renversé. Le destin de l’eau qui se charge des douleurs humaines.

III- Le complexe de Caron. Le complexe d’Ophélie. L’eau substance de vie, substance de mort. La mort et le voyage sur l’eau. Les eaux maternelles et le ré-enfantement. Les enfants maléfiques rendus aux flots. La barque de Caron, le passeur et gardien.
Le suicide en littérature, l’imagination et la mise en scène de la mort. L’eau comme élément de la mort « jeune et belle », l’élément féminin et mélancolique. Les larmes.

IV- Les eaux composées. Jeux de combinaisons de l’eau avec les autres éléments. Chimie du poète. Association binaire mais jamais ternaire. L’eau et le feu : mariage impossible et détonnant, pourtant exceptionnellement fécond. L’eau et la nuit, la peur. L’eau et la terre.

V- L’eau maternelle et l’eau féminine. Le symbolisme maternel de l’eau. Le lait et l’eau : l’eau fécondante et nourricière pour l’imagination. L’eau comme aspect de la mère mais aussi comme épouse et amante. Le voyage imaginaire.

VI- Pureté et purification. La morale de l’eau. L’eau symbole de pureté naturelle. Eau lustrale. Les eaux polluées et la nature de l’inconscient. L’eau amère, impure, mauvaise. Eau jaillissante, source de vie et de pureté. La loi morale de l’imagination et le double axe d’imagination. La fontaine de Jouvence.

VII- La suprématie de l’eau douce. Mythologie de la mer et inconscient maritime. Suprématie de l’eau terrestre sur l’eau marine. Poséidon. L’eau douce et la fraîcheur, la désaltération de l’inconscient.

VIII- L’eau violente. Le complexe du nageur, le complexe de Swinburne, le complexe de Xerxès. Le saut initiatique dans l’inconnu. L’imagination dynamique. Les rêveries ambivalentes et la colère de l’océan. L’eau et l’excitation coléreuse.

Conclusion : La parole de l’eau. L’eau associée naturellement à la communication, au langage. La parole de l’eau. La fluidité de la poésie, le son, les rires et les onomatopées des eaux. L’écoute des voix de l’eau.

Photo personnelle prise dans les Highlands, 2001.
N&B argentique, non retouchée.
Ne pas reproduire, merci.

Mon avis :
Rien que le titre de cette rubrique « mon avis » me semble ici assez prétentieuse. Comment mon avis -celui d’une jeune femme du XXIe siècle, même pas particulièrement intelligente, même pas particulièrement cultivée- pourrait avoir un impact quelconque ? A mon sens, ce que je vais en dire n’apportera rien de nouveau ou de notoire, mais à défaut de cela, je vais tâcher d’expliquer ce que j’ai pu tirer de cette lecture, ce que j’en ai compris.

Comme je l’avais déjà précisé en rédigeant ma chronique de l’essai sur le charme, la philosophie m’impressionne et je suis démunie quand il s’agit d’en parler. C’est handicapant quand on se trouve en présence de gens qui sont soit infiniment plus cultivés et fins que vous, soit qui ne voient pas quel bénéfice vous pouvez tirer de vos lectures, et qui vous le font savoir dans des termes plus ou moins abruptes.

J’en suis venue à la lecture de Bachelard de manière assez soudaine. Le nom ne m’était pas inconnu, non plus que le titre de ce livre, mais il n’y avait pas eu vraiment de déclic, jusqu’à la lecture du livre sur le charme, justement, où il est fait référence à son œuvre. Une rapide promenade sur internet (biographie, extraits) m’a donné envie de le lire.

Contrairement à d’autres philosophe (comme Nietzsche ou Bergson), je trouve Bachelard complètement limpide, si vous me passez l’expression. Son écriture confine à la poésie et il a une façon de mettre en image les concepts qui est unique en son genre. J’aurai envie de dire qu’il ne se contente pas de réfléchir sur la matière de l’imagination, mais par une sorte de mise en abîme, il l’imagine en même temps qu’il en parle. J’aurai bien du mal à dire comment je le comprend, dans ce sens où à moins de faire de la paraphrase, il m’est très délicat de restituer sa façon de considérer le pouvoir de l’eau et son symbolisme dans l’imagination, à part peut-être, en disant que je comprend cet essai davantage de manière empirique que de manière intellectuelle (bien que l’intellect ne soit pas non plus totalement absent). Lisant L’Eau et les rêves, je ne pouvais m’empêcher de faire le lien, non seulement avec toutes sortes de souvenirs personnels mais aussi à d’autres écrivains, d’autres poètes, d’autres textes. Parmi tous les noms qui me sont venus à l’esprit, je n’en citerai que trois. Virginia Woolf d’abord, et notamment son roman Les Vagues. Keats ensuite, principalement en raison de son épitaphe : Here lies one whose name was writ in water. (Ci-gît celui dont le nom était écrit sur l’eau) et enfin, à un chant mortuaire roumain, où il est question d’un psychopompe qui accompagne l’âme du défunt et l’empêche de se perdre. Dans ce texte, il est question des eaux de mort. Un autre parallèle qui m’est venu à l’esprit est celui avec les mizuko (littéralement « enfant de l’eau » ou « enfant qui a coulé » en japonais), nom que l’on donne aux fœtus morts ou avortés.

L’Eau et les rêves s’est avéré être une lecture profondément murmurante, dont je ressors avec l’envie de lire -ou à défaut d’essayer- ses autres ouvrages, comme l’Air et les songes, par exemple.

Le charme, un pouvoir si singulier – Jérôme Laurent

Collection Philosopher
Editions Larousse, 2008
ISBN : 978-2035836847

charmeRésumé ( quatrième de couverture) :
Le charme se décline de mille et une manières : un visage, un geste, une atmosphère, une ville, un paysage… D’où lui vient son singulier pouvoir qui, du simple plaisir à la séduction, mène parfois jusqu’à l’envoûtement ? Et quels sont les liens intimes entre le charme et la beauté ?
Le charme est-il une invitation magique qui poétise la vie et notre relation au monde ? Face à ce je-ne-sais-quoi indéfinissable, ce livre nous propose de cultiver une disponibilité aux autres, aux lieux, aux circonstances.

Mon avis :
Résumer ses lectures dans le domaine de la littérature est une chose. Produire un résumé et partager avec autrui son avis sur tel ou tel livre de philosophie ou de sociologie en est une toute autre. Si dans le premier cas je commence tout juste à avoir une infime idée sur la manière de procéder, un embryon de méthode, dans le second, avouons-le, je suis complètement perdue. D’abord, la philosophie est assez impressionnante, elle me fait l’effet d’une vieille duchesse abordable uniquement par ceux qui connaissent sur le bout des doigts non seulement le savoir-vivre, mais aussi toutes les règles d’un protocole savamment établi. Si, en ce qui concerne le savoir-vivre et les bonnes manières, je ne suis pas trop dépaysée, quand il est question d’aborder la duchesse Philosophie je suis totalement désemparée. Par où commencer ? Que dire ? Comment introduire les différentes notions traitées, les buissons de références abordées ?

Il faut bien un début, et étant donné la raison d’être des chroniques de ce blog; c’est-à-dire donner aux autres l’envie de (re)lire ou de découvrir des ouvrages dans des domaines divers et variés, je vais commencer par reproduire la table des matières.

Préambule

Un je-ne-sais-quoi indéfinissable

Le charme des laids
Le « charme discrets de la bourgeoisie » : une valeur sociale convenue
Désir et séduction
Entre magie et perversion : charmes, philtres et fétiches
Les charmes de l’aventure et de l’exotisme
Le charme des ruines ou la mélancolie

Le charme et la beauté

Le charme de l’harmonie sensible
Expression et manifestation
Charme et perfection
L’ampleur du charme
L’éclat ou le charme de la vie

Epilogue

Annexe

Je suppose que pour des personnes déjà familiarisées avec les courants de pensées et les différents philosophes, ce genre d’ouvrage n’apporte pas grand chose, et que la façon dont la notion de charme est traité est relativement superficiel comparé à toute la complexité de la question. Cependant, pour des gens qui, comme moi, ne le sont pas, ce livre à le mérite de poser la réflexion de manière simple mais détaillée, avec des explications et des références choisies. Sans rentrer dans de grandes explications ni résumer l’intégralité de l’ouvrage, je me contenterais de dégager ce que j’ai retenu de sa lecture : ainsi, ce qui ferait la particularité du charme, c’est qu’il suppose un éclat, une invitation. Que le charme est quelque chose de vivant qui, par cette vivacité, engage un certain nombre de possibles, promesse d’échange ou le souvenir d’une tension, d’un échange (comme dans le cas des ruines, par exemple). La beauté serait ainsi une notion purement statique, une émotion froide quand le charme supposerait un choc, un soulèvement de l’être, voir même une certaine transfiguration (le charme de la laideur, bien que ces termes ne devraient pas vraiment être alignés de cette manière, puisqu’au final, il ne s’agit pas réellement de laideur).

J’ai trouvé dans cette lecture un certain nombre de réponse à mes interrogations, mais également des envies de lectures et des pistes de réflexions, des invitations à poursuivre un peu plus loin.

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