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Semaine 26

On reprend doucement le fil des récaps avec un rapide point sur les nouvelles importantes de la semaine passée :

  • Le PDG d’Amazon, Arnaud Montebour a confirmé l’ouverture d’un nouvel  entrepôt de 40 000m² à Chalon-sur-Saone. Cette ouverture devrait créer entre 300 et 500 emplois sur la durée. (source)
  • L’écrivain Robert Sabatier, l’auteur du roman Les Allumettes suédoises est mort, il avait 88 ans.
  • Les éditions Grasset ont choisi Pierre Demarty pour traduire le nouveau roman de J.K Rowling, The casual Vacancy, qui devrait paraître le 27 septembre. (Ca me paraît court pour réaliser une traduction, mais bon…)
  • 646 romans français et étrangers sont prévus pour la rentrée littéraire 2012. Un chiffre en très légère baisse dans un contexte économique toujours tendus. (426 titres français, 220 titres étrangers). (source)

    (source originale et auteur inconnu)

Les deux traductions du livre Le Tambour de Günter Grass

Extraits des deux traductions du roman Le Tambour de Günter Grass.

Traduction de Jean Amsler, Seuil, 1961

En pointe au pied – page 140

Mais pour maman aussi devait commencer, seulement après ce vendredi sain où la tête de cheval grouilla d’anguilles, seulement après la fête de Pâques que nous passâmes avec les Bronski dans le séjour champêtre de Bissau chez la grand-mère et l’oncle Vincent, devait commencer un calvaire auquel même un temps de mai bien luné ne put rien changer.
Il serait faux de croire que Matzerah contraignit maman à manger à nouveau du poisson. D’elle-même et possédée d’une volonté énigmatique, elle commença deux semaines après Pâques à dévorer du poisson en telle quantité et sans égard pour sa ligne que Matzerah disait : « Mange donc pas tant de poisson, comme si on t’y obligeait ! »
Elle commençait au petit déjeuner par des sardines à l’huile, tombait deux heures plus tard, quand il n’y avait pas de clients dans le magasin, sur la petite caisse en contreplaqué où étaient les sprats de Bohnsack, exigeait à midi du flétan frit ou du cabillau à la sauce moutarde ; l’après midi elle avait encore en main l’ouvre-boîte : anguilles en gelée, roll-mops, harengs saurs et quand, le soir, Matzerah se refusait à faire frire ou bouillir encore du poisson pour le dîner, elle ne gaspillait pas un mot, ne ronchonnait pas, se levait tranquillement de table et revenait de la boutique avec une tranche d’anguille fumée ; si bien que nous en perdîmes l’appétit, parce qu’avec son couteau elle raclait dedans et dehors la dernière graisse de la peau d’anguille et, du reste, ne mangeait plus le poisson qu’à la pointe d’un couteau. Dans la journée elle rendait plusieurs fois. Matzerah se consumait de sollicitude impuissante : « T’es p’têt’ enceinte ou bien quoi ? »

Traduction nouvelle de Jean Amsler et Claude Porcell, Seuil, 2009

Aminci à hauteur des pieds – page 194

Pour Maman aussi, ce n’est qu’après ce Vendredi saint à tête de cheval grouillante d’anguilles, après la fête de Pâques, passées avec les Bronski dans un Bissau campagnard, auprès de la grand-mère et de l’oncle Vincent, que commença un calvaire sur lequel même un temps de mai bien luné ne put exercer d’influence.
Il n’est pas vrai que Matzerah força Maman à manger de nouveau du poisson. C’est de son propre chef et possédée par une volonté énigmatique qu’elle se mit, deux petites semaines après Pâques, à engloutir, sans se soucier de sa silhouette, de telles quantités de poisson que Matzerah lui dit : « Mange donc pas autant de poisson comme si on t’obligeait ! »
Mais elle commençait avec des sardines à l’huile au petite déjeuner, se jetait deux heures plus tard, quand il n’y avait pas de clients dans la boutique, sur la petite causse en contreplaqué qui contenait les sprats de Bonhsack, réclamait pour le repas de midi des flets à la poêle ou de la merluche en sauce moutarde, reprenait dès l’après-midi l’ouvre-boîtes : anguilles en gelées, rollmops, harengs frits, et si Matzerah se refusait à faire encore frire ou pocher du poisson pour le dîner, elle ne disait rien, ne vitupérait pas, se levait tranquillement de table et revenait de la boutique avec un morceau d’anguille fumée, à nous en couper l’appétit parce que, avec un couteau, elle grattait la dernière graisse à l’extérieur et à l’intérieur de la peau et de toute façon ne mangeait plus poisson qu’au bout du couteau. Tout au long de la journée, il lui fallait plusieurs fois vomir. Matzerah était désespérément inquiet, demandait : «T’es pt’êt’ enceinte ou quoi ? »

Différentes traductions de Keats (Cette main vivante…)

Une banale conversation professionnelle m’a amené à constater que trouver plusieurs éditions d’une même œuvre avec des traducteurs différents peut s’avérer beaucoup plus difficile qu’on ne le supposait. Il est ici question de Keats tout simplement parce qu’il était le point central de notre discussion, d’une part, de l’autre, parce qu’il s’avère que je possède justement deux éditions différentes de ses poèmes.

Il existe un certain nombre de traductions différentes de Keats, comme c’est le cas pour bon nombres de poètes étrangers, quelques soit la langue et l’époque.
Les éditions du seuil ont réédité récemment, Seul dans la splendeur, un recueil de poèmes traduit par Robert Davreu et précedement paru chez Orphée La Différence.

Quelques autres traductions de Keats en français :

Sur l’aile du phénix, (traduit par Claude Dandréa) paru chez José Corti en 1996.

Les autres sont, à ma connaissance, épuisées :

Poèmes, (traduit par Robert Ellrodt) paru à l’Imprimerie Nationale en 2000
Poèmes choisis, (traduit par Albert Laffay) paru chez Aubier en 1997
Poèmes et poésies, (traduit par Paul Gallimard) paru chez Gallimard en 1996

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Je vous propose maintenant deux traductions du poème Cette main vivante, avec la version originale. J’essayerai, dans la mesure du possible, d’en trouver d’autres traductions issues des recueils précedemment cités.

This living hand, now warm and capable
Of earnest grasping, would, if it were cold
And in the icy silence of the tomb,
So haunt thy days and chilt thy dreaming nights
That thou would wish thine own heart dry of blood
So in my veins red life might stream again,
And thou be conscience-calm’d — see here it is —
I hold it towards you.

***

Cette main vivante, à présent chaude et capable
D’ardentes étreintes, si elle était froide
Et plongée dans le silence glacée de la tombe,
Elle hanterait tes journées et refroidirait tes nuits rêveuses
Tant et tant que tu souhaiterais voir ton propre cœur s’assécher de son sang
Pour que dans mes veines coulent à nouveau le flot rouge de la vie,
Et que le calme revienne dans ta conscience —regarde, la voici, —
Je te la tend —

Traduction Paul Gallimard, Poésie / Gallimard, page 239

***

Cette main vivante, à présent, chaude et capable
D’une étreinte fervente, ne manquerait, serait-elle froide
Et dans le silence glacial de la tombe,
De hanter tant tes jours et transir les rêves de tes nuits,
Que tu souhaiterais ton coeur tari de sang
Pour qu’en mes veines à nouveau puisse la vie rouge affluer,
Et toi calmer ta conscience. Regarde, la voici,
Vers toi, vers toi je la tends.

Traduction Robert Davreu, Orphée La Différence, page 113

Lire un article de Maxime Durisotti sur Keats et la traduction de Robert Davreu

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