Le Livraire

Carnet de lecture

Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe – Andrew O’Hagan

Christian Bourgois
Traduit de l’anglais par Cécile Deniard
Titre original : The Life and Opinions of Maf the Dog and his Friend Marilyn Monroe
ISBN : 978-2-267-02109-7

vie_et_opinions_de_maf_le_chienÉtats-Unis, juin 1960. Marilyn Monroe et Arthur Miller, son troisième mari, viennent de se séparer. De l’autre côté de l’Atlantique, dans la demeure de Charleston ; un jeune bichon blanc venu d’Écosse grandit aux côtés de Vanessa Bell et Duncan Grant quand il est acheté par la mère de Nathalie Wood qui fait venir des chiens d’Angleterre pour les revendre ensuite.
Après une traversée de l’Atlantique et un voyage en voiture – qu’il conviendrait de qualifier d’épopée – en compagnie d’autres chiens aux caractères non moins picaresques, accompagné de vives discussions, ce petit chien est repéré par Franck Sinatra qui décide de l’offrir à Marilyn pour la consoler de sa séparation avec le dramaturge. Celle-ci le rebaptise « Mafia Honey », faisant sans doute allusions aux liens supposés entre la Mafia et Sinatra.
Maf entre dans la vie de Marilyn et n’en sortira plus. À cette période de sa vie, elle est dépressive,  perdue et tente de tant bien que mal de reprendre sa vie en main, allant même jusqu’à se faire interner à la clinique  de Payne Whitney (elle dira plus tard que ce fût un véritable cauchemar). Jusqu’à la fin – le roman se clôt juste avant le suicide de Marilyn – il sera le témoin privilégié de chaque instant, posant sur elle un regard lucide, tendre et clairvoyant.

maf_USA
Couverture de l’édition américaine

L’imagination de Andrew O’Hagan nous entraîne à la suite de Maf, tour à tour chroniqueur désabusé, justicier, « gentleman » cultivé, Don Quichotte canin aux prises avec les protagonistes les plus divers, d’une coccinelle sur la table de Charleston aux rencontres avec des félins ne s’exprimant qu’en vers en passant par un règlement de compte avec une mondaine à la dent dure pendant un cocktail à New York (passage ô combien savoureux). Toute la saveur du roman est là, dans ce regard canin aux accents humains perçant à jour nos déguisements, nos faiblesses sous le masque que nous portons pour donner le change à nos semblables. Tout au long de l’histoire, on sent le personnage de Marilyn sur le point de sombrer et luttant contre la tentation du vide, ses efforts de lecture, ses cours à l’Actor’s Studio avec Lee Strasberg comme professeur, les soirées huppées où l’on croise Carson McCullers et Allen Ginsberg, mais aussi la solitude palpable qui l’attend une fois rentrée chez elle, la fragilité nerveuse qui s’accumule au moment où le divorce est prononcé ou pendant le tournage catastrophique de Certains l’aiment chaud.
S’il apparaît que toute la matière évoquée dans le roman est vraie, la particularité du livre réside dans l’équilibre entre la description de Marilyn sous la star acclamée par les foules, la richesse des détails et les retranscriptions du New York de ces années-là et le langage singulier de Maf. Sous son verbe haut en couleurs, riche d’observations, d’analyses, le petit bichon est plus proche de l’érudit que d’un vulgaire chien de salon, donnant à la narration le relief et la légèreté qui rendent le roman de O’Hagan agréable  à lire et divertissant. Un bel exercice de style.

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