Arléa
ISBN : 978 – 2 – 869 – 598 – 720
Titre original : Una quasi eternità
Traduit de l’italien par Anne Bourguignon

Quatrième de couverture :
Qu’est-ce que l’expérience du temps ? Quand finit la jeunesse et où commence la vieillesse ?
Celle qui se pose – et nous pose – ces questions est une Italienne de plus de quarante ans, qui voit peu à peu le regard des hommes se détourner d’elle. Elle songe alors à sa jeunesse, si proche, si présente et pourtant perdue. Elle n’éprouve aucune nostalgie mais une peur panique et furieuse de ne pas vivre toujours.
Dans ce singulier récit philosophique et méditatif, Antonella Moscati aborde les différents âges de la vie avec une vivacité toute napolitaine. Elle tente de débusquer l’éternité dans le temps qui passe et s’interroge sur cet ” étrange décalage entre ce qu’elle pensait être encore et ce qu’elle était déjà “.

Mon avis :
Dans ce récit relativement court,  l’auteur partage une introspection sur le thème de la maturité, pleine de pudeur et de profondeur.
Plutôt que le “je” habituel, elle emploie la troisième personne pour s’exprimer, permettant une liberté d’approche beaucoup plus large pour le lecteur qui peut se détacher de l’aspect autobiographique pour mieux en aborder le sens.

Le récit s’ouvre sur le sujet du vieillissement du corps, la perte progressive du pouvoir de séduction au sein de sociétés qui tendent à ne valoriser que la jeunesse. Intervient une comparaison très intéressante entre le plaisir sexuel masculin, basé sur une temporalité linéaire, et le plaisir féminin, cyclique.
Les questions du temps qui passe, de la jeunesse lointaine quoique encore étrangement proche, mais aussi de la mort sont bien sûre soulevées : l’interrogation face à sa propre mort, parce qu’elle se fait chaque jour plus palpable, mais aussi celle des êtres chers qui nous renvoie à cette inéluctabilité, à cette dégradation biologique de nos cellules, malheureusement souvent conjuguée à la maladie ou au minimum à la perte progressive de capacités physiques (voir intellectuelles dans certains cas).

Alors que le sujet pourrait être très lourd à traiter, et qu’il aborde des questions très intimes ; notamment, pour la narratrice, celle des enfants que l’on n’a pas eu et que l’on n’aurait désormais jamais, il ne devient jamais pesant ou impudique. Le ton mesuré donne toute sa force, sa précision au texte, à la voix de cette femme arrivée à un tournant de la vie, tournant qui peut-être douloureux parce qu’il nous confronte à ce que nous avons fait, mais aussi, surtout, à ce que nous ne ferons plus, ou jamais.  Néanmoins, ce tournant ne signifie pas pour autant la fin de toutes découvertes, de toute vie, et malgré les questionnements, les angoisses, c’est un nouvel âge qui reste à aborder.

Le court d’une année s’était accéléré et paraissait plus bref. Et ce n’est pas parce que sa vie manquait de surprises ou de bouleversements, ni parce qu’elle n’espérait plus l”homme de sa vie ni la maternité, qu’elle devait attendre pour autant les malheurs, les maladies ou la mort. C’était comme si le ralentissement du temps interne allait de pair avec l’accélération du temps externe, et elle ne savait pas si c’étaient là deux façons de percevoir une même réalité, si l’un était la conséquence de l’autre, ou s’il s’agissait de deux mouvements distincts qui annonçaient la fin de sa jeunesse.

P.22-23

Né en 1898 en Roumanie, Benjamin Fondane arrive à Paris en 1923. Continuant à écrire une œuvre diverse et variée (théâtre , poésie, critique…) il rejoint le mouvement surréaliste en 1925.
Arrêté en mars 1944, se amis parviennent à obtenir sa libération mais Fondane refuse, ne voulant pas abandonner sa sœur. Il est envoyé à Drancy puis déporté à Auschwitz-Birkenau où il meurt quelques mois plus tard.

L’aube n’est pas encore, il s’en faut
– La lampe brûle,
à quoi bon s’appuyer aux choses qui s’écroulent,
il est beaucoup de vies qui ont brûlées pour rien,
beaucoup de vies qui ont honte.
– Dormirais-je, dormirez-vous ?
… étoiles de la fin du monde !
… Que ne puis-je me mettre au chaud sous mon sommeil,
que ne peut-on ôter son visage de jour
– et dormir sans figure !

In Le mal des fantômes, XXVI, Benjamin Fondane, Verdier Poche, 2006

M’occupant assez régulièrement du rayon de littérature allemande (ou pour être plus juste, de la littérature germanophone contemporaine), je me suis rendue compte que je m’y connais assez mal dans ce domaine ; mis à part quelques classiques, au hasard Goethe ou encore quelques noms très connus comme Süskind.
Mes sept années d’allemand m’auront permis de découvrir Dürrenmatt, d’avoir une indigestion de Brecht et de rabâcher Die Lorelei et Erlenkönig, mais pas d’acquérir une culture littéraire, ne serait-ce que d’un point de vue théorique.

Mieux vaut tard que jamais et j’ai décidé de combler mes lacunes. Cette liste est complètement subjective, je n’y ai mis que les auteurs qui me tentent, a priori. Je n’accrocherais probablement pas avec tous les auteurs et cette liste se verra très certainement modifiée d’ici l’an prochain (je me fixe jusqu’au 31 octobre 2010 pour ce tour d’horizon).

- Stephan Zweig
- Joseph Roth
- Rainer Maria Rilke
- Günter Grass
- Ilse Aichinger
- Christine Lavant
- Thomas Bernhard
- Gerhard Meier
- Herman Hesse,
Le loup des steppes
- Walter Benjamin,
Sur le haschich (enfin, si je le trouve…)
- Ingeborg Bachmann

(à suivre…)

Autrement (9/9/2009)
ISBN : 978-2-7467-1320-8
Traduit de l’anglais par Danielle Wargny
Titre original : Sisters Under the Skin

Quatrième de couverture :
“- Ecoute-moi bien ! Essaie de te souvenir de l’état dans lequel nous étions lorsque nous avons essayé de la tuer.
D’accord, nous étions gamines, mais suffisamment ulcérées pour souhaiter sa mort. Réfléchis. Rappelle-toi… – Tu as raison. Je la jalousais. Mo et Pa étaient en adoration devant elle. Elle leur appartenait à tous les deux comme ça n’avait jamais été le cas pour nous. Je me sentais tellement envieuse. Envieuse lorsqu’elle grimpait dans leur lit et se coulait entre eux, le plus naturellement du monde. J’adorais Pa, mais je n’aurais pas osé faire ça.
J’avais l’impression qu’ils l’aimaient davantage, simplement parce que c’était leur enfant à tous les deux.” Olivia et Emily, demi-sœurs, vivent une enfance heureuse dans l’Angleterre des années 1950. Jusqu’au jour où Mo et Pa font un troisième enfant : Rosie, la petite princesse, leur préférée. Qui se révèle particulièrement odieuse. Grâce à de faux scandales, Rosie parvient à empoisonner l’existence de toute la famille, poussant Olivia et Emily dans leurs derniers retranchements.
Comment s’en débarrasser ? Coups bas, manipulations en tous genres, vengeances : ici, on ne se fait pas de cadeaux… Impossible de s’ennuyer à la lecture de ce roman savoureux, au goût acide, qui nous entraîne dans les méandres d’une intrigue tortueuse en compagnie d’héroïnes aussi cyniques que déjantées. Un festival d’humour noir!

Mon avis :
Publié très discrètement au début du mois de septembre en France Meurtres entre sœurs est pourtant un excellent roman qui mérite largement le détour.
Les éditions Autrement ne font pas beaucoup parler d’elles mais à chaque fois que j’ai l’occasion de lire une de leurs publications -pour l’instant uniquement dans le domaine de la littérature étrangère- je suis enchantée par l’originalité, la pertinence et la finesse de ces ouvrages, contrairement à d’autres éditeurs -que je ne citerais pas-, plus connus et souvent plus appréciés, qui se diluent peu à peu, se reposant trop sur des acquis. Nous verrons comment cet avis évoluera avec le temps, mais pour l’instant…

Bien que sa parution en français soit récente, ce roman a été publié pour la première fois en 1996. L’histoire est d’une simplicité pratiquement déconcertante : juste après la Seconde Guerre Mondiale, un veuf et une veuve, chacun ayant eu une fille, se remarie. Les deux fillettes, d’abord en bisbille apprennent à se connaître et à s’apprécier, jusqu’au jour où Rosie voit le jour. Rosie, l’enfant chérie du couple, la demi-soeur d’Emily et d’Olivia. Ne vous fiez pas à la quatrième de couverture, elle induit en erreur, peut-être même est-ce le but. Car Rosie, sous ses jolies boucles blondes et ses grands sourires va s’avérer être une véritable ordure, un as de la manipulation qui sait comme personne interpréter le vieil adage « Diviser pour mieux régner ».
Toute la cruauté, la saveur de l’intrigue repose sur le style éblouissant de Willa Marsh, qui n’est pas sans évoquer celui de John Cheever, cette description des comportements et des motivations des humains, et l’étrange paradoxe qui les accompagnes bien des fois. On reste sans voix devant l’humour noir et les réparties grinçantes de certaines scènes. La narration, bien que simple, n’en est pas moins impeccablement maîtrisée, le livre s’ouvrant sur la scène finale, avec un léger décallage, les innocents ne sont pas ceux qu’on croit, et il n’y a pas de deus ex machina pour réparer les dégats. Je n’en dirais pas plus sur la fin pour vous laisser tout le plaisir de la découverte, du suspens et de la colère.

Flammarion
ISBN : 978-2-08-122167-3

Quatrième de couverture :
“A seize ans, j’ai découvert les livres de Nietzsche.
J’ai lu La Généalogie de la morale au moment de mon anniversaire. Ces lectures m’ont plongé dans une douce, amère et terrible folie. Leur effet a duré un peu plus d’un an. Pendant quatorze mois, j’ai vu le monde, j’ai parlé, j’ai agi, j’ai respiré même à travers Nietzsche. Rien d’autre n’existait, j’étais habité par sa pensée, possédé par elle. Le livre que vous tenez entre les mains est une reconstitution, aussi fidèle que la mémoire le permet, de cette possession.

Mon avis :
Si le roman d’Alexandre Lacroix peut, au premier abord, passer pour un énième récit d’adolescence de plus, cette illusion explose dans les premières pages du livre tant l’angle d’approche est particulier. Si globalement la trame est similaire à celle de la majorité des récits du genre, c’est-à-dire les amitiés, les études, le fossé avec la famille, les découvertes sexuelles et les relations amoureuses naissantes, cette trame est éclairée d’une façon toute à fait inhabituelle, puisqu’il ne s’agit pas d’une simple énumération chronologique mais bel et bien des conséquences de la rencontre d’un adolescent idéaliste avec la philosophie de Nietzsche. Loin de s’en tenir à une interprétation théorique, Alexandre en expérimente littéralement les déclarations.
Avec son meilleur ami Franck, ils vont ainsi commettre des actes qui nous semblent complètement hors de propos, à la fois choquant et fascinant : tuer un chat, interrompre une messe, agresser des gens. On reste partagé entre la désapprobation et une certaine curiosité devant leurs tentatives successives pour vivre en accord avec leurs principes.  Choquant parce que ce sont des actes interdits, répréhensible pénalement et allant à l’encontre de la liberté et de l’intégrité des autres. Fascinant, non dans une optique d’admiration, mais parce que ces actes titillent cette curiosité de savoir que nous franchissons une limite, d’éprouver la viabilité de simples paroles, et en les prennant au premier degré, de pouvoir ensuite s’en détacher et les considérer avec un regard évolué et averti.
Des extraits de l’œuvre de Nietzsche ponctuent le récit, précisant l’origine de certains actes. Un certain nombre de paramètre vont faire évoluer le narrateur, jusqu’à la scène de l’examen, qui est extrêmement savoureuse, autant parce qu’elle permet d’avoir une explication possible, quoique apparemment scolaire des théories nietzschéennes –parmi des centaines- que parce qu’elle est réalité en totale contradictions avec les idées de l’Alexandre âgé de vingt-deux ans.  (ceci étant, je ne suis absolument pas familière de Nietzsche, malgré quelques rapides incursions et lectures en diagonale. Je trouvais qu’on le citait un peu trop à n’importe quels propos. L’éventualité que je me plante sur ce que j’avance juste avant n’est pas à exclure.)
Avant de clore son récit, le narrateur devenu adulte, marié et père de famille revient sur l’adolescent qu’il fût, avec un regard lucide et amusé sur la période troublée et violente que fût son adolescente, conscient que, par rapport à ses idéaux d’alors, il a certainement « déchu », mais, en tant qu’adulte, il considère cela comme une évolution sincère et réaliste.

Voilà ce que je suis devenu : père de famille, soucieux, appliqué, préoccupé, surmené. Par rapport aux promesses que je m’étais faites dans ma jeunesse – ne jamais sombrer dans la normalité, ne pas rentrer dans le rang, cracher sur le troupeau – j’ai déchu, c’est sûr.
[…]
L’adulte que je suis devenu déplairait probablement à l’adolescent que j’étais. […] Mais moi, inversement, je l’aime bien. J’éprouve une affection sincère pour ce jeune homme, et tous les autres de son âge qui ruent dans les brancards, qui refusent de s’avouer vaincus, comme le leur enjoint si complaisamment la société, et qui mettent la pagaille à la moindre occasion. Même s’il entre là-dedans une part de naïveté, de méchanceté crasse, d’ingratitude, voire un manque d’intelligence, je sais que les jeunes nietzschéens sont au plus près, non pas de la pensée de Nietzsche, mais du scandale de l’existence.

Quand j’étais nietzschéen est un roman d’apprentissage, pour reprendre les termes du quatrième de couverture, non dépourvu d’intelligence ou d’humour, mais qui serait peut-être mieux dans les mains des « adultes » pour qu’ils n’oublient pas les adolescents qu’ils furent plutôt que dans celles de tous les adolescents qui pourraient en faire une lecture sans recul. Quoique l’âge soit heureusement relatif.

Note : Un ami m’a donné une petite astuce pour ne plus jamais se tromper quand on écrit Nietzsche.
Il suffit de penser à niet, comme en russe, puis d’ajouter les lettres dans le sens inverse de l’alphabet : Z, S puis C. Ne pas oublier le -e, et le tour est joué.

Depuis quelques années, Amazon s’est imposé dans l’esprit d’un grand nombre de lecteurs comme une alternative intéressante aux librairies traditionnelles. Cependant, entre ces mêmes librairies et le supermarché du livre en ligne, il y a un un fossé éthique et des informations importantes à connaître.

- Amazon a été condamné par la justice française pour clauses abusives dans ses contrats de vente, notamment le partage de données personnelles.
Source : GNT

- Amazon pratique la gratuité des frais de ports. Cette initiative, en apparence anodine, est une infraction pure et simple à la Loi Lang sur le prix unique du livre. Cette loi stipule que le prix d’un ouvrage ne peut être réduit que de 5% au maximum, ceci pour protéger la diversité du commerce du livre et notamment les les petites librairies indépendantes. Cet avantage proposé au consommateur déstabilise un marché déjà fragilisé. Amazon qui a été attaqué en justice, et condamné à 100 000 euros de dommages et intérêts, [devait] cesser les frais de port gratuits et la pratique de chèques cadeaux à peine d’astreinte de 1 000 euros par jour de retard, passé le délai de 10 jours à compter de la signification du jugement.
Pourtant la gratuité des frais de port est toujours pratiquée.
Source : Lekti-ecriture.com
Rue89

- Amazon exige une marge énorme sur les ouvrages des petits éditeurs pour que ces derniers bénéficient d’une réelle visibilité sur la plate-forme. C’est près de 50% du prix d’un ouvrage qui est ainsi ponctionné, contre 10 à 17 % pour les autres points de vente.
Ce sont ces même petits éditeurs qui s’acharnent à sortir des sentiers battus, qui prennent le risque de publier des auteurs inconnus, qui font en sorte qu’il y ait encore une réelle diversité culturelle et littéraire, et pas uniquement les best-sellers et/ou les ouvrages des grandes maisons indépendantes comme Gallimard ou Seuil.
Source : Lekti-écriture.com

- Certains petits éditeurs ne souhaitent pas faire partie du “programme partenaire” d’Amazon, ce qui est théoriquement leur droit le plus strict. En réalité, Amazon rend indisponibles les fiches des ouvrages publiés par des éditeurs qui refusent d’adhérer à ce programme, sans toutefois les retirer de leur catalogue. Conséquence ? Comme le blog des éditions Cynthia 3000 le dit très bien :

- [que] le géant n’actualise pas assez souvent ses pages (« mais avec tout ce qu’il y propose, on peut bien lui pardonner ce travers »)
- [que] commander les ouvrages des petites maisons est aussi compliqué chez Amazon que chez le libraire du coin (« mais au moins, avec Amazon, pas besoin de sortir de chez soi »)
- [que] les petites maisons ne tiennent pas la cadence, sortent des titres et les laissent s’épuiser en deux ans, etc. (« en plus elles font rien qu’à encombrer les tables des librairies »)

Source : Le blog des éditions Cynthia 3000
La Feuille

- Si Amazon autorise la reprise des informations et des images de couverture de son site, il vient d’exiger de la part des sites internet utilisant ces renseignements de supprimer tous les liens vers d’autres librairies en ligne, sous peine de se voir supprimer l’accès à ces informations essentielles qui comprennent notamment le numéro ISBN, la couverture, le nombre de pages.
Source : Livres échanges
Actualitté

Un autre blog en parle très bien : http://bibliotheques.wordpress.com/2009/09/21/amazon-ne-veut-plus-dapi-concurrents/

Passons sur la question des fameuses recherches “Au Coeur du Livre”

Toute la question est de savoir quelle librairie veut-on pour demain ? Est-ce que nous souhaitons acheter des livres sans nous poser de questions, sans nous soucier de savoir qui paie en réalité cette prétendue gratuité des frais de port, sans nous préoccuper de savoir comment va évoluer le monde de l’édition, de la diffusion. Le monde du livre de demain sera celui que nous avons mérité.
Je ne sais pas ce que vous en pensez, vous, personnellement, assis devant vos écrans d’ordinateurs, mais demain, je refuse de lire Amazon, de penser Amazon, de me dire que tous les éditeurs dont j’admire le travail ont finalement dû se plier à des exigences qui se sont transformées peu en à peu en dictature.
Je refuse qu’on vienne un jour me voir en me disant que, pour garder ce blog ouvert et accessible, je vais devoir intégrer un lien réglementé et des boutons d’achats immédiats. Je refuse de penser le livre comme un vulgaire produit de consommation dépourvu d’âme et de passion.
Je refuse qu’on me censure quand je dis que je trouve tel ou tel livre médiocre, comme c’est déjà le cas pour les commentaires des lecteurs sur Amazon, où chaque mot est censuré, où vos critiques peuvent disparaîtres purement et simplement sans aucun avertissement parce qu’elles auront été jugées “non conformes”. Il m’est arrivé d’écrire des chroniques pour Amazon, quand j’étais à l’université. Pourquoi n’ai-je pas continué ? J’aurai dû être ravie de savoir que ces mêmes chroniques étaient largement lues et notées. Non. Parce que pour une seule publiée, j’avais dû en écrire cinq. La même. Plusieurs fois. Jusqu’à ce qu’elle soit jugée convenable. Passée à la moulinette du commerce, du politiquement correcte, de la norme. Jusqu’à ce qu’elle devienne l’inverse de ce qu’est la littérature, l’amour de la lecture, le plaisir de partager, de transmettre, de découvrir.

Toutes les images de couvertures exposées sur mon site et provenant d’Amazon ont été supprimées

N’hésitez pas à relayer ces informations sur votre blog.

L’ENT :
Lorsque le Printemps déroulera la feuille du hêtre et que la sève sera dans la branche,
Lorsque la lumière sera sur la rivière de la forêt sauvage et le vent sur le front ;
Lorsque le pas sera allongé, la respiration profonde et vif l’air de la montagne,
Reviens vers moi ! Reviens vers moi et dis que ma terre est belle !

L’ENT-FEMME :
Lorsque le Printemps sera venu sur le clos et les champs, et que le blé sera en herbe,
Lorsque la floraison, brillante neige, couvrira le verger ;
Lorsque l’averse et le Soleil sur la Terre de fragrance empliront l’air,
Je m’attarderai ici, et ne viendrai pas, car ma terre est belle.

L’ENT :
Lorsque l’Été s’étendra sur le monde, et que dans un midi d’or
Sous la voûte de feuilles endormies se dérouleront les rêves des arbres ;
Lorsque les salles de la forêt seront vertes et fraîches, et que le vent sera à l’ouest ;
Reviens vers moi ! Reviens vers moi et dis que ma terre est la meilleure !

L’ENT-FEMME :
Lorsque l’Été chauffera le fruit suspendu et de son ardeur brunira la baie ;
Lorsque la paille sera d’or et l’auricule blanche, et qu’à la ville arrivera la moisson ;
Lorsque le miel coulera et la pomme gonflera malgré le vent à l’ouest,
Je m’attarderai ici sous le Soleil, parce que ma terre est la meilleure.

L’ENT :
Lorsque viendra l’Hiver, l’Hiver sauvage qui tuera colline et forêt ;
Lorsque les arbres tomberont et que la nuit sans étoiles dévorera le jour sans soleil ;
Lorsque le vent sera à l’est mort, alors dans la cinglante pluie,
Je te chercherai et je t’appellerai ; je reviendrai vers toi !

L’ENT-FEMME :
Lorsque viendra l’Hiver et que les chants finiront ; lorsque les ténèbres tomberont enfin ;
Lorsque sera brisé le rameau stérile, et que seront passés la lumière et le labeur ;
Je te chercherai, et je t’attendrai, jusqu’à ce que nous nous rencontrions de nouveau ;
Ensemble nous prendrons la route sous la cinglante pluie !

L’ENT :
Ensembles nous prendrons la route qui mène jusqu’à l’Ouest,
Et au loin nous trouverons une terre où nos deux cœurs pourront avoir le repos.

J.R.R Tolkien, Le Seigneurs des Anneaux, Les deux tours, page 516, Christian Bourgois. Traduction Francis Ledoux

Au diable Vauvert
ISBN: 978-284-626-2071
Titre original : Prime
Traduit de l’anglais par Morgane Saysana

Présentation de l’éditeur :
De La Nouvelle-Orléans, où triomphent leurs plats à base d’alcool, au Texas, où ils vont ouvrir un restaurant de viande, les péripéties épicées de Rickey et G-man, deux chefs qui attirent les ennuis aussi vite que les succès.

Mon avis :
La présentation de l’éditeur est plus que succincte et possède, à mon humble avis, deux gros défauts : premièrement elle tue une partie du suspens. Deuxièmement, elle occulte tout ce qui fait le charme de ce roman. Qui a envie de lire des histoires de cuisine où est question de temps de cuisson ou de pièces de bœuf ? Soyons honnête, peu de gens. Ceux qui connaissent un peu les précédents ouvrages de Poppy Z. Brite peuvent avoir une idée du style et du contenu réel du roman mais pas les autres. Passons sous silence la couverture qui n’est pas une franche réussite non plus. Sans jeu de mots, tous les goûts sont dans la nature, mais un morçeau de viande crue en photo, j’ai vu plus alléchant. *

Pour resituer rapidement, Poppy Z. Brite s’est fait connaître en écrivant un certain nombre de romans et de nouvelles dans des genres proches de l’horreur, du fantastique. Son style est généralement assez cru voir trash et contient de nombreuses scènes sexuellement très explicites. Ses personnages sont souvent de jeunes gens homosexuels au style darkos. C’est notamment le cas de Sang d’Encre, Le Corps Exquis (sans doute le plus violent) ou encore d’Âmes perdues.

Depuis une petite décennie, elle écrit des romans et des nouvelles plus réalistes, qui ont toujours pour cadre La Nouvelle-Orléans. Vivant avec un chef-cuisinier, une partie de ces histoires ont pour cadre les restaurants et le milieu de la gastronomie, comme c’est le cas pour La Belle Rouge. Il m’est impossible de vérifier si c’est vrai ou non, mais d’après le représentant qui nous l’a présenté, toutes les recettes citées au long du roman existent ! Certains personnages de son recueil de nouvelles Petite Cuisine du Diable se retrouvent dans ce roman.

Gary (G-man) et Rickey sont deux chefs cuisiniers qui ont ouvert, avec succès, leur propre restaurant, qui présente la particularité de ne servir que des plats contenant au moins une dose d’alcool. L’histoire commence sur l’article d’un critique culinaire qui a la dent particulièrement dure envers le restaurant. Il s’avère rapidement que cette diatribe n’est ni gratuite, ni objective, mais un coup monté destiné à faire tomber le protecteur financier de G-man et Rickey, un  homme par ailleurs assez peu recommandable.
Les actions et les intrigues s’enchaînent rapidement, l’adrénaline monde rapidement dans le petit monde mal connu des cuisines de grands restaurants. Le style est nerveux et sert parfaitement l’histoire, les personnages sont haut en couleurs  : un procureur fou et véreux, un rappeur fine-bouche, G-man et Rickey, vieux couple un peu routinier et toujours amoureux,  à des années-lumières des clichés habituels sur les homosexuels. On s’attache rapidement à ce duo hors-normes, aux caractères complémentaires et bien trempés.

La Belle Rouge n’est pas sans rappeler un “thriller” bien tourné, écrit avec une certaine verve, bien que l’éditeur l’ait classé en “littérature générale“. Un roman qui n’est pas un chef-d’œuvre d’écriture ou de style, mais qui détend agréablement, tout en nous mettant l’eau à la bouche au milieu du cadre dépaysant de La Nouvelle-Orléans et de Las Vegas.

Une présentation de  Poppy Z. Brite et de son œuvre

* Juste au moment de publier cette chronique, je me rends compte du jeu de mots avec le titre français. Au moins il y a de l’humour. =)

Mercure de France
ISBN : 978-271-522-9327
Parution le 20 août 2009

Quatrième de couverture :
Deborah est prisonnière. Prisonnière de l’institut “spécialisé” où ses parents l’ont placée. Prisonnière des histoires qu’elle s’invente – à moins qu’il ne s’agisse de souvenirs. Prisonnière du monde des adultes qui ne la comprend pas et à qui elle ne peut parler. Au fil des pages, articulées comme une mystérieuse mosaïque, la terrible vérité va se révéler…
Staccato de phrases brèves, notes prises sur le vif de l’âme : après Sans elle, son premier roman, Alma Brami, vingt-quatre ans, continue de tisser des miniatures qui nous pénètrent, nous effraient, nous bouleversent, et finalement nous illuminent.

Mon avis :
La quatrième de couverture était prometteuse : à vue de nez, un roman abordant des sujets durs, voir tabous. Une narration maîtrisée qui aurait dévoilée peu à peu l’abominable réalité, des personnages que l’on aurait pu accompagner, partageant leurs tensions, leurs secrets.
Seulement il n’en est rien. Staccato de phrases brèves ou notes prises sur le vif de l’âme, autant de termes enjôleurs pour désigner une syntaxe réduite au minimum syndical, un découpage brouillon que le lecteur peine à relier. L’alternance entre les pensées de Deborah et la réalité est difficilement distinguable, si bien que l’on finit par se perdre au milieu d’une narration sans passé, sans présent, sans futur. L’exercice est certes délicat mais sans faire des comparaisons extrêmes, (je pense, au hasard, à Ulysse, chef-d’œuvre pour les uns, exercice pédant et ennuyeux pour d’autres, toujours est-il qu’il faut s’accrocher et accepter de se perdre dans la narration) ce roman aurait certainement gagné à être un peu plus structuré.

Les personnages sont cruellement ordinaires. Aucune compassion pour Deborah ne vient nous perturber, elle est fermée au lecteur comme elle l’est aux médecins et à sa famille. La mère a quelque chose de répugnant, d’agaçant, une sorte de grosse bonne femme aux t-shirts de couleurs criardes et sentant le graillon, personnage envers lequel on devrait sans doute éprouver quelque chose, mais quoi ? Quant au père et à la sœur, ils viennent compléter ce tableau de la banalité, du quotidien abrutissant et grisâtre dans lequel on a envie de les laisser tous moisir. La grande difficulté avec des personnages ordinaires, c’est d’arriver à faire passer cette banalité sans qu’elle n’éclabousse tout le récit. Ces personnages n’étant pas des personnes (malheureusement il y sans aucun doute des familles vivant le même genre de situation) le ressenti est tout à fait différent.
Tout comme on ne compatit pas devant la petite Lolita, on reste de marbre devant la tragédie que cette famille traverse, mais pas pour les mêmes raisons. Le roman de Nabokov présente à notre “moi-lecteur” un schéma que ce “moi-lecteur” admet ou refuse, mais non sans réactions. Ce qu’Alma Brami nous présente ne parvient pas à réveiller ce même “moi”.
Réveiller les spectres de l’inceste et de l’enfance brisée ne suffit pas pour faire un bon roman et émouvoir un lectorat, il faut que le contenu suive, ce qui n’est pas le cas de ce livre que l’on a envie de laisser là.

Bien que n’étant pas une inconditionnelle des challenges et autres défis de lecture circulant sur les nombreux blogs de lecture de la toile, j’ai choisie de participer à celui-çi.

Le principe est on ne peut plus simple : il s’agit de lire 1% (éventuellement plus si affinités) des nouveautés publiées pour la rentrée littéraire 2009 (c’est-à-dire entre le 13 août et le 28 octobre). Ce qui correspond environ à sept romans ou recueils de nouvelles.

Travaillant en librairie, la lecture des parutions de la rentrée littéraire fait partie de mon travail. C’est toujours une expérience agréable, et j’ajouterai que partager ses impressions de lecture avec d’autres personnes est non seulement un plaisir, mais étant donné qu’il est impossible de tout lire, c’est un réel plus puisque cela me permet d’avoir une meilleur connaissance des très nombreux ouvrages qui paraissent chaque année à cette période. Les avis sont ceux de lecteurs et de lectrices, alternative intéressante aux critiques professionnelles et aux journaux spécialisés.

Pour ceux qui seraient intéressés, voici le blog de référence du Challenge : http://levraoueg.wordpress.com/category/challenge-du-1-litteraire-2009/

Vous trouverez ci-dessous la liste des ouvrages lus et rentrant dans le cadre de ce challenge ainsi qu’un lien vers la chronique correspondante.

- Pour une vie plus douce, Philippe Routier, Stock (19 août 2009)
- La Lumière et l’Oubli, Serge Mestre, Denoël (20 août 2009)
- Ils l’ont laissée là, Alma Brami, Mercure de France (20 août 2009)
- La Belle Rouge, Poppy Z. Brite, Au Diable Vauvert (3 septembre 2009)
- Quand j’étais nietzschéen, Alexandre Lacroix, Flammarion (24 août 2009)
- Meurtres entre soeurs, Willa Marsh, Autrement (9 septembre 2009)
- L’éternité, ou presque, Antonella Moscati, Arléa (28 septembre 2009)

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