Le Livraire

Carnet de lecture

Le jour, et la nuit, et le jour après la mort – Esther Gerritsen

Traduit du néerlandais par Monique Nagielkopf
Éditions Théâtrales
Titre original : De dag en de nacht en de dag na de dood
ISBN : 978-2842602956

jour_nuitRésumé (quatrième de couverture) :
Durant le jour, et la nuit, et le jour, après la mort de la mère, son fils, son mari et son frère se heurtent, s’épaulent, commencent à apprendre à vivre sans elle. De l’injustice de la situation à son fatalisme, ces trois hommes se confrontent à leurs émotions: sobriété et dignité pour l’un; perte de repères pour l’autre; et le frère, super-héros dans l’impossibilité de sauver sa propre famille. Une écriture pudique vers l’épure.

Mon avis :

Une seule façon de résumer cette pièce, de dire ce que j’en pense. Et cet avis tient en deux mots, deux tous petits mots posés sur une balance : « C’est vrai ». Tout sonne vrai. On y est. La perte de repère, le refus de cette mort qui prend corps non au moment où la personne meurt, mais deux ou trois jours après. Ce lendemain au goût de cendres que rien ne viendra jamais laver et ces sensations qui nous fracassent le cerveau. Une écriture pudique vers l’épure. En voilà de la périphrase aseptisée, calibrée, mesurée. Est-ce qu’il faut pleurer ou se rouler par terre pour qu’une douleur résonne ? Est-ce qu’on mesure un chagrin au cri que l’on pousse ? Personnellement j’en doute fort. Ce qui est délicat, c’est de trouver l’équilibre entre sa propre peine et ce que la société, les mœurs, l’entourage, les Autres -au sens large- attendent de nous comportementalement, socialement, humainement et psychologiquement parlant. Nous n’avons aujourd’hui plus de normes quand la mort nous frappe, quand nous vivons un deuil pour reprendre ce pudique vocabulaire si largement employé. C’est de cette perte de repère, de ce chagrin sans bornes que l’on vit tout en refusant ce droit à l’autre parce qu’il nous gêne, comme le père et le fils le vivent dans la pièce. Comme si certains devaient souffrir plus et d’autres moins. Absurde ? Oui, totalement. Et pourtant la complexité des relations humaines à l’heure actuelle rend cette question pertinente, palpable quand c’est le pivot d’une famille -ici la mère- qui disparaît.
La culpabilité des vivants et le sentiment de leur propre impuissance, leur maladresse entre eux, puisque privé de tout repères, l’avenir incertain et la question du comment vivre maintenant ? , c’est tout cela dont il est question ici.
La pièce de Gerritsen est terriblement actuelle dans le soulèvement de toutes ces questions, de tous ces problèmes, effleurant du bout de l’ongle, grattant doucement  la complexité de l’âme et des sentiments humains. Pas un mot de trop, pas de pathos. Rien que du vrai, tellement vibrant, tellement cru que le mot vécu rôde dans un coin de la marge pendant la lecture.

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